-Votre cœur est asphyxié de graisse, déclare le médecin à son patient.
Un archéoptéryx gavé à coups de tartes et de chips périmées. La mousse au chocolat ça enflamme la sphère calorifique. Lui, ruminant de premier ordre, avait un corps en parfaite harmonie. Il avait opté pour la voie de la panse. Combien de ceux qui ont gravi les échelons de l’ambition mal lotie se sont étouffés à coups de méchoui, à l’image d’un babouin du désert qui, il y a quelques années, s’est étouffé en tentant d’avaler un morceau de viande plus gros que son gosier. C’est ce qui arrive aux imprudents. Ce qui nous rappelle, le fameux vers du cheïckh Lakhdar Benkhlouf : « Je ne cavalerai pas, même si je suis poursuivis ». Une sagesse, hélas, trop chère pour ce type de baveux dont les tentacules aspirent le sang des pauvres gens pour exhiber avec grandiloquence leurs tas de chair pourrie. Bon, s’ils ne s’étouffent pas à l’image de notre babouin du désert, ils traîneront leurs pastèques diabétiques, leurs singeries à la saucisse biliaires et autres maladies dues à l’engraissement.
Supposons que chacun de ces gros tas de chair partage son yaourt avec les « souffres- famine », son corps irait à merveille et sa conscience serait apaisée. Alors, avant de s’empiffrer, faudrait-il peut-être réfléchir en tournant la langue sept fois dans la bouche ; car, trop de bouffe, ça étouffe.
Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République (juin 2077)