Entretien Saïd Bouabdallah producteur théâtral à La Nouvelle République : « Il faut canaliser les forces théâtrales »

Comédien, régisseur, responsable de la programmation, directeur du TRO pour enfin parachever sa carrière comme président d’une coopérative théâtrale, doublée de producteur ; tel est le parcours de Saïd Bouabdallah. A l’occasion de la tournée effectuée par la troupe théâtrale du TRO Abdelkader Alloula, à l’est du pays, La Nouvelle République s’est rapprochée de cet artiste pour un court entretien écoutons-le :

LNR/ Monsieur Bouabdallah, vous avez une riche expérience en matière théâtrale, quelles sont vos productions dans ce domaine ?

En tant que producteur, « Dari Ouahdi » est ma quatrième production après « Leîla et Salah », « Aboud laoual » « Sanaoud ». Quand j’étais directeur du TRO  pendant la décennie noire nous sommes arrivés à la production de 14 pièces dont deux pour enfants avec une moyenne deux pièces par an.

LNR/ Quel est votre avis sur le théâtre algérien, à l’heure actuelle ?

Aujourd’hui le théâtre algérien a fait énormément de progrès, tant sur le plan quantitatif que sur le plan qualitatif. N’oublions pas également les moyens engagés par l’Etat. Pour preuve, au cours de l’année « Alger, capitale de la Culture arabe », 47 pièces théâtrales ont été montées. Chose exceptionnelle et qu’il faut applaudir. Toutefois, il faut canaliser les forces théâtrales car le potentiel humain existe en abondance. Ce qu’il faudrait, c’est la prise en charge de la formation, l’organisation ; ce qui équivaudrait en quelque sorte à une mise à niveau à l’instar des autres secteurs.

LNR/ Qui dit formation, dit création d’écoles des arts dramatiques ; qu’en pensez-vous ?

Je partage amplement votre avis sur la question, car sans multiplication des écoles on ne peut parler de formation. Nous constatons que ce milieu connaît parfois une certaine anarchie, les troupes se font et se défont, il en est de même pour certains comédiens. D’où la création de ces écoles, avec une parfaite organisation, des promotions régulières et, bien sûr, la création de postes d’emplois pour les comédiens. La gestion d’un théâtre n’est pas une gestion administrative et bureaucratique. A mon avis, un directeur de théâtre doit être d’abord le premier animateur ; il doit avoir une expérience dans le domaine. C’est là l’avenir du théâtre algérien et notamment une marque de développement dans ce secteur. N’oublions aussi que nous sommes en retard par rapport aux autres secteurs de développement, la culture doit être à un niveau parallèle si ce n’est un niveau d’avant-garde.

LNR/Puisque nous parlons d’une mise à niveau, qu’en est-il du statut du comédien ?

A mon avis, le statut du comédien n’est pas très important ; car, quand on est artiste dans la vie, on dispose d’un statut de fait. Lorsqu’on marche dans la rue, les gens vous saluent vous reconnaissent.. Donc, le statut du comédien ne peut être comparé à celui d’un journaliste par exemple ou celui d’un autre fonctionnaire. Le statut c’est le nom, c’est l’apport de l’artiste dans la société et non un statut administratif. A titre d’exemple je cite le SGT qui a complètement cassé l’avancée du théâtre en considérant les comédiens comme des fonctionnaires ; et puis aujourd’hui, le ministère accorde plus d’importance à la culture que par le passé. Il paye des tournées pour les troupes d’Etat, seulement ; mais c’est quand même encourageant pour la production et la diffusion. Néanmoins, il ne faut pas envoyer des troupes pour jouer gratuitement, c’est cette gratuité du spectacle qui diminue de l’importance du développement de cet art. Donc, si on arrive à remettre de l’ordre dans ce secteur, je crois qu’on réalisera dans 60 à 70 % des cas, le pari de l’avancée culturelle du pays.

LNR/ Vous avez parlez tout à l’heure de moyens mis en oeuvre pour le développement du théâtre, pouvez-vous nous citer quelques exemples ?

Je reviens un peu sur l’aspect infrastructurel qui constitue à mon sens une chose très importante. Quand on a des équipements dans les normes la qualité du travail artistique est mise en valeur, ce n’est pas le cas quand on joue dans des wilayas où l’on ne dispose même pas de salles de théâtre. Dans ce cas, on tue l’aspect artistique et esthétique. Une pièce de théâtre nécessite une salle de théâtre, et c’est là où il va y avoir du théâtre. Et c’est pour cela que j’apprécie l’ouverture 10 théâtres programmés pour 2008, et celle d’autres théâtres en 2009. Dans ce sens, il paraît qu’il y aura un théâtre par wilaya. Donc, c’est de cette manière que l’on pourrait faire du théâtre de qualité.

LNR/ Un dernier mot…

En conclusion à cet entretien, je voudrais préciser, contrairement à certains, que la décennie noire ne nous a pas empêché de continuer notre travail en dépit des sacrifices consentis en vie humaines. Pour preuve, au cours de cette période, au niveau du TRO, nous avons organisé deux festivals avec pas moins de 500 comédiens et une quinzaine de nouvelles productions. Rien que pour monterer que le théâtre algérien est resté debout.

Entretien réalisé par Chérif Abdedaïm

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