L’emploi à Mila : entre programmes et perspectives

La problématique du chômage demeure une équation à plusieurs variables. Dans cette optique plusieurs acteurs sont sollicités, et en premier l’Etat. Toutefois, la panoplie des dispositifs instaurés afin de contribuer à la résorption du chômage, ne saurait prouver leur efficacité si les autres acteurs concernés ne jouent pas le jeu.

Dans cette catégorie, entendant les entreprises, les banques et les strates en quête d’emploi. La problématique se pose donc en tant que culture socio-économique tributaire de compétences, telles que le savoir être, le savoir faire et le savoir devenir. Le jeu des entreprises devant faire partie d’une dynamique de développement collectif ne devrait en aucun cas rester cloîtré dans un archaïsme défiant toute mise à niveau tant sur le plan qualitatif que quantitatif en matière de personnel. Quant aux jeunes diplômés, beaucoup de dispositifs leur offrent l’opportunité de développer leurs

activités par la création de projets à la mesure de leurs compétences et qui en fin de compte n’est qu’un aboutissement au développement de compétences axiologiques, en l’occurrence, l’autonomie et la responsabilité.

Dans ce contexte, nous avons essayé de cerner cette problématique au niveau de la wilaya de Mila à travers un état des lieux en matière d’emploi ; d’opportunité et de perspectives.

L’insertion, nouvelle orientation de l’emploi

La nouvelle politique de l’emploi vient de rendre à César ce qui appartient à César, et ce, par le transfert des tâches confiées précédemment à la direction de l’emploi qui était sous tutelle du ministère de la solidarité. Ces programmes tels que les CPE, ESIL, et TUP HIMO, ont désormais changé de nom et de direction. Gérés dorénavant par la DAS (Direction de l’action sociale) sous différentes appellations, ils sont prit la dimension de primes. Ainsi, l’ex . CPE est devenu PID (prime d’insertion des diplômés), l’ESIL converti en PAIS (prime de l’action d’insertion sociale) et le TUP HIMO en ABC (action des besoins collectifs) devenus PID. Dans ce cadre, les nouveaux diplômés doivent déposer leurs dossiers d’inscription auprès de la DAS. Au niveau de la wilaya de Mila, pas moins de 7700 dossiers ont été déposés depuis le 16 avril dernier ; alors qu’on prévoit, selon, M. Noureddine Dlih, DAS de Mila,

environ, le dépôt de 8200 dossiers d’ici la fin mai, si l’on se bse sur les statistiques en matière de demande, ces dernière années. Pour ce qui est du quota de la wilaya cette année il avoisine les 1170 postes à l’intention des universitaires et techniciens supérieur. Quant aux besoins exprimés par les différents secteurs administratifs et économiques, ils s’élèvent à 1300 postes dont la plupart sont exprimés au niveau des administrations telles que la santé, l’éducation et autres.

En matière de postes, l’octroi obéit à des critères tels que l’ancienneté du diplôme, la situation familiale, sociale, etc. Les études des dossiers seront effectuées par une commission composée de cinq membres dont deux faisant partie de l’ADS de Batna, deux autres de la direction de l’action sociale de Mila en sus du président de la commission en la personne du DAS. Ces opérations seront poursuivies par une informatisation des données afin de procéder à un suivi régulier, une justice sociale en toute transparence. Ainsi, selon le DAS, les nouveaux recruter pourront rejoindre leur travail d’ici la première semaine du mois de juin prochain.

Pour ce qui est du second programme PAIS, il a été centralisé au niveau de la DAS ; alors que dans l’ancien système la direction de l’emploi distribuait les quotas aux APC qui se chargeaient du recrutement. Cette nouvelle méthode obéit aux mêmes critère que ceux employés pour les PID ; c’est-à-dire, du dépôt de dossier en passant par l’étude et l’affectation. Ce programme, destinés aux tranches d’âges situées entre 18 et 30 ans, exige une qualification même si le candidat ne dispose d’aucun diplôme. Dans le contexte, le quota de la wilaya pour l’année 2008 s’élève à 1707 postes d’emploi.

Enfin, pour le troisième programme, ABC, l’objectif étant de faire travailler le maximum de main d’œuvre, n’exige aucune qualification. Dans ce cas, le nombre de postes offerts obéit aux nombres de projets locaux. Si l’année au cours de l’année 2007, 47 projets ont été réalisés dans le cadre du TUP HIMO ( dans les secteurs des travaux publics, hydrauliques, forêts, etc), cette année, l’ABC a reçu jusqu’à présent 25 projets.

Quelle tâche pour la direction de l’emploi ?

Une question qui apparemment revient souvent chez nos jeunes universitaires. Certaines rumeurs font même état de primes octroyées aux universitaires à l’image d’un assistanat social. IL n’en est rien de cela, répond M. Brahim Guesmia, directeur de l’emploi à Mila. La nouvelle tâche de cette direction, obéit à l’instar de celle de la DAS à des critères presque similaires, toutefois classés dans un autre type de programme d’insertion des jeunes. Dans cette optique, le décret exécutif relatif au dispositif d’Aide à l’insertion professionnelle, vise à favoriser l’insertion professionnelle des jeunes primo demandeurs d’emploi, à encourager toutes autres formes d’actions et de mesures tendant à promouvoir l’emploi des jeunes à travers notamment les programmes de formation emploi et de recrutement. Ce dispositif est destiné à trois catégories de primo demandeurs :

En premier lieu, les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur et techniciens supérieurs issus des établissements nationaux des formations professionnelles. En second lieu, les jeunes sortant de l’enseignement secondaire de l’éducation nationale, des centres de formations professionnelle ou ayant suivi un stage d’apprentissage. Et, enfin, les jeunes sans formation, ni qualification.

Cela dit, l’insertion de ces catégories est soumise à un contrat d’insertion entre les services relevant de l’administration chargée de l’emploi et l’employeur ou l’organisme formateur et le bénéficiaire. Dans ce contexte, on relève le, contrat d’insertion des diplômés (CID) pour la première catégorie, le contrat d’insertion professionnelle (CIP) pour la seconde ; alors que la troisième est concernée par le contrat Formation insertion (CFI). En matière de placements, les bénéficiaires des CID et des CIP sont orientés vers des entreprises publiques et privées et des institutions et administration publiques. Quant à la 3ème catégorie CFI, elle est placée soit dans des chantiers de travaux divers initiés par les collectivités locales ou par différents secteurs d’activité, soit en formation auprès des maîtres artisans.

Quant à la durée du contrat d’insertion, elle est fixée à une année renouvelable dans le secteur économique, une année renouvelable une seule fois à la demande de l’employeur dans le secteur des institutions et administrations publiques ; et, selon la durée du chantier, une année renouvelable auprès des maîtres artisans.

Pour ce qui est du nombre de bénéficiaires de contrats d’insertion des diplômés et de contrats d’insertion professionnelle par employeur, il ne doit pas dépasser les 15% de l’effectif en activité au sein de l’organisme concerné. Toutefois, les micro-entreprises, créées dans le cadre des dispositifs de soutien à la création d’activités, peuvent bénéficier, durant la phase de démarrage de leur activité, de l’affectation de deux primo-demandeurs d’emploi en contrat d’insertion des diplômés ou en contrat d’insertion professionnelle.

Enfin, pour les employeurs qui n’auront pas procédé au recrutement d’au moins 25% des bénéficiaires de contrats d’insertion qui leur ont été affectés, ils ne peuvent prétendre à de nouvelles affectations de jeunes primo-demandeurs d’emploi dans le cadre de ce dispositif. Quant aux employeurs ayant réalisé un taux de recrutement supérieur à 25%, ils peuvent bénéficier d’une affectation supplémentaire dans la limite de 30% de leur effectif total.

Pour rappel, entre 1999 et 2007, les anciens programmes relatifs à l’emploi au niveau de la wilaya de Mila, ont enregistré 336 projets dans le cadre du TUP HIMO, avec la création de 7910 postes d’emploi pour un montant de 449,6 millions de DA. Entre 1999 et 2008, le programme CPE a permis l’octroi de 5428 postes d’emploi pour un montant de 353,6 millions de DA placements dans les établissements publics, administration et dans le secteur économique public et privé. Parmi ces employés on relève 3355 universitaires et 2073 techniciens supérieurs. Alors que dans le cadre du programme ESIL, entre 1999 et 2008, on a enregistré 28838 placements pour un montant de 514,6 millions de DA.

Pour ce qui est des besoins des nouveaux programmes (CID, CIP et CFI) les besoins de la wilaya de Mila, recensés par l’AEM, avoisine les 3600 postes administratifs.

Entre autres dispositifs

Parmi les dispositifs pouvant générer des postes d’emploi, citons en première instance celui de l’ANGEM. L’aide apportée par cet instrument porte sur deux types de programmes. D’une part le PNR achat de matière première dont le montant avoisine les 30 mille DA et d’autre part le financement triangulaire qui s’élève à 400 mille DA.

Concernant le premier programme, M.Hakim Hamdi, coordinateur de wilaya du micro-crédit, estime que les résultats obtenus jusqu’à présent sont satisfaisants à bien des égards. D’abord, vu l’adhésion massive et la réalisation de plusieurs projets ; ensuite, par rapport aux populations touchées dans les régions démunies. « Ces résultats ont été le couronnement de plusieurs campagnes de sensibilisation au niveau des 32 communes que compte la wilaya de Mila », tient-il à expliquer. Depuis 2005, 1202 bénéficiaires ont été enregistrés dans le cadre de ce programme, et ce, pour un montant de 32,2 millions de DA. Programme réservé généralement à la famille productive, les différentes activités ont touché la poterie, la fabrication du cousous, l’apiculture, le petit élevage, etc. Parmi les communes défavorisées regroupant le plus grand nombre de bénéficiaires, notons celles de Ouled Khlouf, Hamala, Chigara, Terraï

Beïnane, Tassala, etc.

En ce qui concerne le second programme, il faudrait notamment signaler l’adhésion des banques, chose remarquable ; qui jusqu’à présent se sont distinguées par 118 accords, à hauteur de 43,1 millions de DA, dont 29 chèques déjà remis à leurs bénéficiaires. Au niveau de la wilaya de Mila, les quatre institutions bancaires existantes (BDL, CPA, NA, BADR), ont adhéré aux projets. Récemment la BADR a donné 20 accords au niveau de la wilaya de Mila pour des projets agro-pastoral.

Dans ce registre, notons également la diversification des projets proposés ce qui présage également d’une évolution progressive des mentalités. Si par le passé la plupart des projets étaient centrés sur les cybercafés et l’outil informatique, à l’heure actuelle, les adhérents font preuve de plus de créativité. C’est ainsi, que l’on relève des projets pour bureau d’avocat, cabinet de médecin, pharmacie, bijouterie, transformation de déchets, prothèse dentaire, élevage bovin, etc. Pour rappel, dans le cadre du financement triangulaire, l’apport personnel du porteur de projet se situe entre 3% et 5%.

Par ailleurs, et suite au décret exécutif 366/06 du 19 oct.2006, les localités de Oued Endja, Mila, Ferdjioua, Chélghoum Laïd, Zeghaïa, Teleghma et Grarem ont bénéficié de 102 de locaux à usage professionnel. Un apport supplémentaire à même d’encourager les jeunes diplômés, artisans et autres catégories à adhérer à ce dispositif.

Le second dispositif, également connu, celui de l’ANSEJ est consacré aux grands projets. Dans ce contexte, depuis sa création jusqu’à fin février 2008, 5520 dossiers ont été déposés au niveau de l’ANSEJ à Mila. Ce qui a permis la création de 952 entreprises dont 116 micro-entreprises féminines. Chose encourageante, selon M. Rabah Cherbal, directeur de l’ANSEJ à Mila, vu le nombre de postes d’emploi estimé à 2460 postes permanents, sans compter l’apprentissage et les postes à contrats déterminés. Sur un autre plan, 4730 dossiers ont bénéficié de l’éligibilité du comité d’étude de financement des projets. Dans ce registre également, les banques semblent moins réticentes au vu des projets financés comme tient à l’affirmer le directeur de l’ANSEJ : « Actuellement, 10 dossiers sur 15 sont financés. Rien qu’en avril dernier, on a reçu 30 accords bancaires ; ce qui signifie que les banques

commencent à jouer le jeu. »

Chose remarquable notamment en matière de projets, les créneaux sont diversifiés : pêche, agriculture, création de pépinières, hygiène, environnement, artisanat, forêts, etc. Une évolution qui va, doucement mais sûrement, vers le développement de PME qui, selon M. Yazid Gouah, directeur de la PME/Artisanat, à Mila, fait remarquer que la pêche, comme nouveau créneau d’investissement, pourrait générer beaucoup de petites entreprises avec l’avènement du barrage Beni Haroun : « Actuellement nous avons des projets inscrits auprès de la CNAC, l’ANGEM pour exploiter ce barrage. La pêche proprement dite, qui permet de créer beaucoup de petits projets tels que la fabrication de filets, d’aliments de poissons, la création de conserveries traditionnelles du poisson d’eau douce qui se vend en quantité importante. Raison pour laquelle, nous sommes en train de sensibiliser les jeunes et de canaliser les projets des jeunes vers

cette richesse qui est une potentialité réelle au niveau de la wilaya de Mila. »

Comme l’affirme ce dernier, et après diagnostic, la wilaya de Mila renferme actuellement 4952 PME avec un total de 20 mille postes d’emploi ; alors que dans le secteur de l’artisanat, on relève 3458 artisans, avec environ 7000 postes d’emploi permanents. Des estimations qui pourraient, selon le directeur de la PME s’accroître de 20% avec la réalisation du centre de facilitation,de la pépinière d’entreprise et des deux maisons de l’artisanat programmés au niveau de la wilaya. Ces projets seront lancés prochainement pour un délai de réalisation de 18 mois. Cela dit, la formation demeure également le cheval de bataille de ce secteur dans la mesure où il a été procédé à une première mise à niveau avec l’achèvement du programme MEDA 1 ; alors que le programme MEDA 2 sera lancé en fin 2008. A cet effet, un séminaire de vulgarisation sera organisé en juin prochain avec le concours de l’agence nationale de

développement des PME (AND/PME).

Enfin, en matière d’investissement, il y a lieu de remarquer d’autres instruments générateurs d’emploi au niveau du CALPI et de l’ANDI avec les demandeurs qui aspirent déjà à la création de nouvelles entreprises.

Promotion de l’emploi et protection des salariés

Si dans le secteur public, la mesure incitative au recrutement se compte en pourcentage, en revanche, dans le secteur privé, la loi n° 06-21 du 11 décembre 2006, relative à l’appui à la promotion de l’emploi vise à encourager les employeurs, recruteurs de primo- demandeurs dans le secteur privés. Tout nouveau recrutement sera touché par ces dispositions lorsque le recrutement sera pour une durée minimale à 12 mois. Dans ce cas, ces employeurs bénéficient d’un abattement de la part patronale de la cotisation de sécurité sociale, au titre de chaque demandeur d’emploi. Une mesure incitative qui pourra perdurer tant que la relation de travail est maintenue dans la limite de trois ans. En revanche, tout recrutement effectué suite à une compression d’effectif illégal ne donne droit à aucun des avantages prévus par la présente loi. Dans le cas où la durée de travail est rompue avant la durée minimale, il sera procédé

au remboursement des avantages ayant fait l’objet d’un bénéfice préalable, exception faite, quand la rupture de la relation de travail est imputable à l’employé et que l’employeur procède à son remplacement.

Outre ces abattements prévus, il y a une subvention mensuelle à l’emploi. A chaque recrutement lorsque le contrat de travail est conclu pour une durée indéterminée.

Tout employeur, qui engage des actions de formation ou de perfectionnement de ses travailleurs, est exonéré de la cotisation globale (part patronale et part ouvrière). Cette cotisation globale de sécurité sociale sera, alors, prise en charge par La caisse nationale d’assurance chômage (CNAC) pendant une période pouvant aller jusqu’à trois mois. Passé ce délai, les cotisations retrouveront leur cours normal. En plus de cette disposition, l’employeur bénéficiera d’un versement mensuel de 1000 DA par travailleur s’il œuvre à la formation et au perfectionnement de ses employés. Une fois la convention signée avec un établissement public ou privé, document légal justifiant le contrat de formation, ce sera au tour de la CNAC de lui verser cette subvention. Un dispositif bien encadré vu que toutes les démarches feront l’objet d’un suivi par une commission et de brigades mixtes (CNAC, CNAS, Caisse de recouvrement qui

disposent toutes de contrôleurs).

Par ailleurs, cette loi, dont l’objectif est de combattre le travail informel et d’apporter une couverture sociale, donc, une protection du salarié ne saurait trouver échos auprès des employeurs privés qui persistent à exploiter de jeunes travailleurs au mépris de la loi. Dans ce contexte, les statistiques qui nous ont été fournies par M. Achour Gharbi, Inspecteur de wilaya au niveau de l’inspection du travail ne sauraient que confirmer nos propos. Ainsi, pour les années 2006-2007 et les quatre premiers mois l’année en cours,

En matière de placement sur les 788 entreprises contrôlées pour un effectif de 3838 employés, 674 ne sont pas en situation régulière (infraction). 158 PV ont été dressés, alors que le taux d’infractions, par rapport aux effectifs recrutés, avoisine les 39,73%.

Pour ce qui est des travailleurs non déclarés pour la même période, sur: 2108 entreprises contrôlées, avec un effectif global de 7547 employés, 1224 étaient non déclarés; soit un taux de 48,15% des travailleurs non déclarés. Pour rappel, outre le contrôle des infractions en matière de non déclaration des employés, cette inspection a également pour missions, le contrôle des procédures de placement, celui des permis de travail ou autorisation temporaire, ainsi que celui de la main d’œuvre étrangère.

En conclusion : « Avec tous ce instruments, peut-on réellement résorber la crise du chômage ? La réponse avancée par un responsable à propos de son secteur : « Nous sommes une partie de l’équation.» Une réponse, sagement réfléchie, et qui à notre sens, mobilise tous les secteurs à commencer par l’Etat, les entreprises, en passant par les banques et les concernés eux-mêmes par cette crise. Sans conjugaison de tous les efforts, les initiatives des uns seraient noyées dans l’indifférence des autres.

Chérif Abdedaïm

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