Non au capitalisme et à la guerre !

Par Robert Bibeau, le 16 mai 2014

Les faux Amis

Les Amis de Karl Marx en France ont diffusé un tract intitulé : «Non à l’Europe du capital et de la guerre !». Le feuillet, issu de l’aile gauche de la tendance électoraliste bourgeoise, débute par ce sophisme : «Dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les pays capitalistes se sont attachés à mettre en place une machine supranationale pour assurer leur domination économique, politique et militaire sur le Monde» (1).

Cette assertion présente au moins trois erreurs politiques. Premièrement, les capitalistes ne cherchent pas assurer leur suprématie économique – ils détiennent déjà l’hégémonie sans partage sur les pays du monde entier (idéologique, politique, économique). Deuxièmement, ce mouvement n’a pas commencé après la Seconde Guerre mondiale, mais dès la première Grande Guerre (20 millions de morts). Troisièmement, ce n’est pas l’Union européenne qui en fut l’amorce, mais la Société des Nations suivit ensuite par l’ONU et de multiples autres organismes (UNESCO, BM, OIT, FMI, OACI, OCDE, OMC, UE, ALENA).

L’Union européenne est une superstructure de gouvernance qui s’inscrit dans cette mouvance impérialiste mondialisée et globalisée. L’Union européenne ne se distingue que par une originalité, elle implique un très haut niveau d’intégration (monétaire compris) de la part des bourgeoisies nationales, et pour les classes sociales laborieuses de chaque État bourgeois signataire.

L’Europe du capital va plus loin et plus vite que toutes les autres alliances supranationales (ALENA, CEI, Alliance Asie-Pacifique, Alliance de Shanghai) et marche à sa perte plus rapidement que les autres. Le capitalisme financier européen est plus ancien que les autres, plus mature et donc plus décadent que les autres alliances inter capitalistes concurrentes. Les autres alliances suivent la cadence et un jour ou l’autre elles aboutiront au même constat de décadence et de putréfaction obligée que l’UE.

Les Amis de Karl Marx comme toutes les organisations de la gauche bourgeoise se retrouvent donc dans la périlleuse position politique de chercher à défendre leurs capitalistes nationaux contre eux-mêmes. En effet, les capitalistes français savent mieux que quiconque que leur marche forcée vers l’externalisation et la délocalisation des fonctions de production, ainsi que la réalisation d’accords et de traités de libre-échange entre les empires financiers concurrents sont nécessaires et obligatoires en vertu des lois de l’économie politique impérialiste.

Les impérialistes français et leurs sous-traitants nationalistes territoriaux demandent la signature de ces accords internationaux alors que leur aile politique gauchiste voudrait les défendre contre leurs pulsions naturelles. Mais peine perdue, la gauche française ne sauvera pas l’impérialisme français malgré lui. Elle ne servira qu’à désarmer temporairement le prolétariat français.

La déclaration des amoureux de Karl (sic) se poursuit par ce grigri. Selon ces gauchistes le traité d’Union européenne viserait à : «Remettre en cause les conquêtes ouvrières en mettant en concurrence directe les travailleurs des pays aux lois sociales les plus avancées avec ceux des pays retardataires d’Europe et du reste du Monde» laissant entendre que pour les pays européens hors de l’espace de Schengen, ou de l’espace de l’Euro, il en serait autrement (2).

Ce qui ici est décrit comme un objectif de l’Union de Bruxelles est en fait une conséquence et un objectif de l’impérialisme globalisé, mondialisé, intégré et décadent. C’est une tactique développée dans tous les pays capitalistes à travers le monde, avec ou sans union monétaire.

Poursuivons l’analyse de ce pamphlet exigeant que les riches respectent la «démocratie» des riches (sic). Les renégats de Marx poursuivent d’un air compassé : «Voilà le véritable visage de la bourgeoisie capitaliste qui malgré sa référence constante à la «démocratie» et au suffrage universel, n’hésite pas à violer les résultats électoraux non conformes à ses désirs». Faute confessée n’est pas du tout pardonné chers Amis de Trotski. La charte démocratique des milliardaires capitalistes contient une clause secrète qu’un grand nombre d’ouvriers connaissent.

La clause secrète

La démocratie bourgeoise est assujettie au véto prépondérant de la classe dominante. La classe ouvrière qui ne sait pas bien voter – comme le lui indiquent les médias bourgeois et la classe bourgeoise, y compris ses amis de la cuisse gauche, se verra retirer le privilège de voter et ses votes seront non avenus. Si la fronde ouvrière et populaire persiste le fascisme malfaisant et autoritaire remplacera le pourvoir bourgeois complaisant. Vous connaissez l’histoire du bon flic et du mauvais flic ? L’un n’existe pas sans l’autre.

Les camarades de la gauche constellation ont raison de dénoncer l’aile droite de la gauche multicolore en ces termes : «Les forces politiques et syndicales qui se situent sur ce terrain [réformer l’Union européenne] couvrent en réalité les plans de la bourgeoisie ; elles accréditent le mythe d’une Europe qui se situerait en dehors des intérêts de classe». C’est que ces opposants à l’Europe du capital sont des partisans de l’exploitation capitaliste nationale indépendamment de l’Europe des impérialistes. La roue de l’histoire ne tourne jamais à contre sens.

Les pseudo Amis de Karl se compromettent à la fin de leur laïus en concluant : «Mais nous ne pouvons rejoindre tous ceux qui préconisent l’abstention au motif que le Parlement européen est antidémocratique et réactionnaire. Tous les parlements bourgeois le sont! Dans la situation présente, l’abstention ne nous semble pas un moyen de lutte pour imposer le changement».

«Imposer le changement» du mode de production (!) – imposer la révolution par les urnes  (!) – Karl Marx n’a jamais suggéré semblable panacée. Si tous les Parlements bourgeois sont bourgeois et réactionnaires qu’est-ce que des révolutionnaires marxistes vont y faire ? Les forces politiques de la petite-bourgeoise gauchiste sont à la traîne. Le prolétariat est de plus en plus massivement conscient de ces mascarades électorales et le prolétariat connaît la clause secrète que nous énoncions précédemment.

D’ailleurs, ces amis (que Marx renierait) n’ont-ils pas affiché au centre de leur missive ces lettres écarlates : «Notre but : la révolution» ? Mais de quelle révolution parle-t-on quand on appelle au «changement» en votant blanc à cette élection bourgeoise en attendant de trouver des bureaucrates de Parlement qui montrent patte blanche à  ces faux amis ?

Non au capitalisme, à la guerre impérialiste et aux mascarades électorales de la droite comme de la gauche internationale, continentale, nationale, régionale et municipale. Le pouvoir le prolétariat le prendra sur les barricades.

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(1) http://www.sudouest.fr/2014/02/25/les-amis-de-karl-marx-voteront-blanc-a-tarnos-1472233-3566.php

(2) http://lesamisdekarlmarx.over-blog.com/

(3) http://www.leuropecestpassorcier.eu/les-cartes/

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