Par Chérif Abdedaïm, le 16 décembre 2014
Les discours et commentaires officiels déversés depuis le 11 septembre 2001 rappellent étrangement certains dialogues de navets « patriotiques » produits ces dernières années par les propangandistes des studios hollywoodiens (par exemple Air Force One, etc…). Les a-t-on copiés par manque d’imagination ou par souci d’économie ?
Au niveau de la brutalité et du sang versé, le Pentagone peut en remontrer aux Californiens; la réalité dépasse en effet largement la fiction. Pour ce qui est de la personnalité et du caractère des protagonistes, en revanche, le pouvoir est encore très, très loin de l’idéal cinématographique. Pour gommer la mauvaise impression laissée par certaines scènes, on devrait peut-être, à la prochaine occasion, engager à la Maison Blanche des scénaristes et des cascadeurs professionnels.
Cela dit, la coopération entre le ministère de la « Défense » et les grands studios hollywoodiens fonctionne à merveille depuis de nombreuses années. Par le biais d’un bureau de liaison installé sur place, le Pentagone supervise les scénarios des innombrables films et séries télévisées qui glorifient l’armée. Officiellement, il s’agit d’améliorer la plausibilité et le réalisme des scènes présentées au public. En fait, on veut avant tout s’assurer que rien de véritablement négatif ne passe sur les écrans (les petites égratignures sont permises, elles soulignent le « caractère humain » de l’institution militaire). En contrepartie de leur docilité, les studios se pliant au « militairement correct » se voient offrir toutes les facilités de tournage et tout le « matériel » dont ils ont besoin : véritables chars de combat, hélicoptères, porte-avions s’il le faut, et tous les figurants nécessaires. Chacun y trouve son avantage : ce qui sort des studios paraît plus « authentique », donc plus attrayant pour la masse des spectateurs (excellent pour la rentabilité) ; en retour, chaque nouvelle production suscite des vocations dans le public, ce qui facilite le recrutement militaire (devenu assez laborieux depuis que l’armée patauge dans les bourbiers irakien et afghan).
Mais Hollywood n’a pas toujours fait dans la propagande politique de bas étage. Michael Moore dans Canadian Bacon avait démoli par l’absurde le mécanisme de diabolisation de « l’ennemi ».
Depuis septembre 2001, on ne produit plus ce genre de films. A la télévision, sous l’étiquette « information politique », on passe et repasse sans arrêt le même remake de cour d’assises : le procureur, voulant à tout prix obtenir une condamnation à mort, s’étend longuement sur l’horreur du crime tout en se gardant bien de fournir la moindre preuve de la culpabilité de l’accusé. Et pour cause, puisque c’est lui-même, le procureur, qui a fait le coup avec la complicité du juge. Mais ces braves jurés n’y voient que du feu ; les horribles détails suffisent à les émouvoir. Défendu mollement par un avocat minable, l’accusé n’a aucune chance de s’en sortir ; il est de toute façon condamné d’avance. Dans cette version, on ne voit pas de journaliste courageux mener sa propre enquête pour faire éclater la vérité ; le producteur a fait rayer cette scène du scénario.