Chronique : « Silence, on tue ! »

Par Chérif Abdedaïm, lundi 28 avril 2014)

« Une fillette de 11 ans terrifiée, tapie dans un coin d’une maison mise à sac, trois jours après que son village eut été attaqué lors d’une abominable opération de nettoyage ethnique. Ses parents avaient été tués et dans les rues autour de chez elle, des chiens se nourrissaient des corps en décomposition de ses voisins. »  Cette scène, dont des délégués d’Amnesty International ont été témoins, pourrait rappeler le génocide rwandais. Mais la fillette était musulmane, pas tutsi. Le village en question se trouve en République centrafricaine, pas au Rwanda. Et cela s’est passé en février dernier, pas il y a 20 ans.

Ils sont noirs, ils sont musulmans et ils vivent dans un pays dont on en a rien à foutre… c’est ce qui se dégage de la position affichées par les « droit-de-l’hommistes » occidentaux qui, pour une simple présomption pourraient détruire un pays.(Irak)

En 2004, à l’occasion du 10e anniversaire du génocide rwandais, Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, avait déploré l’échec collectif de la soi-disant communauté internationale, qui avait manqué à son devoir de protéger les 800 000 personnes ayant péri. « De tels crimes sont irréversibles. De telles erreurs ne peuvent être réparées. Les morts ne peuvent être ramenés à la vie. Alors que pouvons-nous faire? » Cela n’avait rien d’une question rhétorique ; Kofi Annan soulevait le principal problème auquel sont confrontés tous ceux qui essaient de prévenir les génocides, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Depuis le génocide rwandais, les instances régionales et internationales ont « élaboré » de nouveaux mécanismes et normes visant à apporter des réponses à la question de Kofi Annan. La Cour pénale internationale et d’autres tribunaux bénéficiant de l’assistance des Nations unies, notamment le Tribunal pénal international pour le Rwanda, font semblant de veiller à ce que ceux qui commettent des atrocités soient amenés à rendre des comptes. (exception faite  des Sharon, Bush, Blair, Sarkozy et Consorts…) En vertu du principe de la « responsabilité de protéger », les États sont par ailleurs tenus de protéger leurs populations des crimes contre l’humanité. Des propos qui font sourire les victimes des génocides…

« La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples est habilitée à enquêter sur les violations des droits humains de grande ampleur, tandis que l’Union africaine a le droit d’intervenir dans les États membres lorsque des génocides, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre sont commis », fait remarquer Amnesty International.

Et pourtant, malgré ces changements institutionnels, l’engagement renouvelé en faveur des principes de « justice internationale » n’a pas suffisamment été suivi d’actes concrets sur le terrain. Les événements récents en République centrafricaine et au Soudan du Sud soulignent l’échec persistant des organes régionaux et internationaux, qui n’ont pas agi de manière assez ferme, décisive et rapide pour prévenir les atrocités.

Depuis décembre 2013, la République centrafricaine est le théâtre d’opérations massives de nettoyage ethnique visant la population musulmane du pays. Des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été perpétrés contre des civils, et beaucoup ont été pris au piège des combats opposant la Séléka, majoritairement musulmane, et les milices anti-balaka, dont la plupart des membres sont chrétiens.

Ce n’est que tout récemment que les Nations unies se sont réveillées pour finalement décider de renforcer la mission de maintien de la paix en République centrafricaine, en portant ses effectifs à 12 000 personnes. Mais cette force ne sera pas au complet avant le mois de septembre.

Au Soudan du Sud, des milliers de civils ont été tués depuis le début du conflit en décembre 2013. Les forces gouvernementales et celles de l’opposition ont pris des civils pour cible du fait de leur appartenance ethnique, violé des femmes et des jeunes filles, incendié des maisons et pillé des fournitures humanitaires dont la population avait grand besoin.

Des armes lourdes ont été utilisées dans des zones civiles ; des églises et des hôpitaux où des civils s’étaient réfugiés ont été attaqués ; et plus d’un million de personnes ont fui leur domicile.

En réaction aux violences que connaît le Soudan du Sud, le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé à l’unanimité d’augmenter le nombre de soldats de maintien de la paix, mais leur déploiement se fait au compte-gouttes.

Le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine a demandé la création d’une commission d’enquête en décembre 2013, mais celle-ci n’a été établie que le mois dernier et ses membres ne se sont pas encore rendus au Soudan du Sud. Faute de moyens de transport, sans doute !!! Parallèlement, les négociations de paix supervisées par l’Autorité intergouvernementale pour le développement sont au point mort.

Et pourtant, dès octobre 2013, Amnesty internationale a publié un rapport qui contenait une mise en garde sur l’escalade de la violence. Elle a également rendu publiques des images satellites montrant notamment 485 maisons en flammes à Bouca, ainsi que des personnes déplacées à l’intérieur du pays se rassemblant près de la ville de Bossangoa après avoir fui la violence.

Le temps presse pour des millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont désespérément besoin d’aide en République centrafricaine et au Soudan du Sud.

Si la soi-disant « communauté internationale » est réellement déterminée à mettre fin aux atrocités de masse, elle doit s’assurer que ses mécanismes soient efficaces. Les États comme les individus doivent savoir qu’ils ne peuvent pas agir en toute impunité.

Si l’on ne peut ramener les défunts à la vie, on peut par contre s’efforcer de protéger les vivants en adoptant les mesures adéquates.

Chérif Abdedaïm, www.lnr-dz.com

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