Par Chérif Abdedaïm, le 19 mars 2014
Alors que l’OTAN et ses marionnettes accusent la Russie d’envahir la Crimée, John Brennan, directeur de la CIA depuis 2013, déclare qu’il n’en est rien. En effet, un traité conclu en 1997 entre la Russie et l’Ukraine autorise la présence de 25.000 militaires russes. Or, le nombre de soldats russes déployés dans la péninsule est bien inférieur – le « gouvernement » de Kiev parle de 16.000. Donc, même si Moscou a envoyé des troupes en Crimée ces derniers jours pour renforcer un contingent jugé trop faible, il ne s’agit pas d’une « invasion » aussi longtemps que le plafond de 25.000 n’est pas dépassé.
D’ailleurs, Russia Today confirme ce fait… et quelques autres. La présence russe en Crimée remonte à 1783 (Catherine II), Sébastopol a été fondé par le prince Potemkine (ministre et amant de la tsarine) ; la Crimée a fait partie de la Russie jusqu’en 1954 (transfert administratif de la Russie soviétique à l’Ukraine soviétique) ; après la disparition de l’URSS, la Russie a récupéré 81,7 % de la flotte soviétique ; le traité russo-ukrainien est valable jusqu’en 2042 ; outre les 25.000 militaires, l’armée russe a le droit de stationner en Crimée 132 véhicules blindés, 22 avions, 24 batteries d’artillerie d’un calibre de 100 mm ; elle dispose également de cinq unités navales et de deux bases aériennes.
Le 7 mars dernier, les Occidentaux réagissent de manière hystérique à l’annonce du référendum de Crimée. Il serait paraît-il « illégal » – le coup d’Etat, lui, ne l’était pas. Comme toujours, on confond à dessein causes et conséquences. On impose des « sanctions » à la Russie, quitte à crier au scandale lorsque ce pays adoptera des mesures de rétorsion. Washington et Bruxelles ont le droit de « punir », Moscou a seulement le droit de se soumettre…
Mais c’est sur place que tout va se décider. Les commandos pro-putsch, impuissants en Crimée, débordent d’activité dans les autres régions russophones du sud et de l’est, à Odessa et même à Donetsk, où ils ont pour mission de reproduire l’effet Maïdan. Face à cela, Poutine est revenu à sa tactique favorite : l’attentisme. Toutefois, la suite des événements lui a donné raison. Les experts des Instituts occidentaux paniquent. Non seulement Poutine a joué et gagné en Crimée et mit KO les occidentaux et la junte de Kiev. Mais les analystes proches de Washington et Bruxelles jugent que les sanctions vont renforcer Poutine et même son économie !
Dans ce sens, à Simféropol, la capitale de la République libre, dans la foulée de la proclamation d’indépendance et de la demande de rattachement à la Russie, tous les 85 députés se sont prononcés pour la nationalisation par la Crimée de tous les biens de l’Etat ukrainien qui s’y trouvent.
L’une des premières « nationalisations » décidées lundi par le parlement de la Crimée indépendante a visé les actifs situés dans la péninsule de la société pétrolière publique ukrainienne Tchernomorneftegaz.
La décision votée dans la foulée de la déclaration d’indépendance de la péninsule ukrainienne qui demande son rattachement à la Russie, porte également sur « le plateau continental et la zone économique exclusive en mer ».
Principale entreprise du secteur de la région, Tchernomorneftegaz s’occupe de l’exploration et de l’exploitation de gisements d’hydrocarbures dans la zone ukrainienne de la mer d’Azov et de la mer Noire, selon le site de la société. L’entreprise y exploite dix-sept gisements, onze de gaz naturel, deux de pétrole et quatre de condensat de gaz. Elle assure aussi la production, le transport et le stockage de carburants employant plus de 4.000 personnes et disposant de 13 plateformes off shore et de 1.300 km de gazoducs, dont 370 km en mer, elle a extrait en 2012 1,2 milliard de mètres cubes de gaz.
Le parlement de la Crimée a nationalisé aussi les biens de deux autres entreprises du secteur des hydrocarbures, Oukrtransgaz et l’Entreprise d’approvisionnement en hydrocarbures de Feodossia dans le sud-est de la Crimée.
Ainsi, proclamation d’indépendance, demande de rattachement adressée à Moscou, dissolution annoncée des unités militaires ukrainiennes, introduction du rouble: les autorités réunionistes de la nouvelle Crimée ont brûlé les étapes lundi au lendemain du plébiscite pour leur rattachement à la Russie.
Et les sanctions occidentales n’ont pas tardé. En vain … Le président russe Vladimir Poutine sort dans l’immédiat renforcé du référendum qui a largement approuvé dimanche le rattachement de la Crimée à la Russie et ne se laissera nullement impressionner par les sanctions occidentales, estiment les analystes.
Voilà donc, un boomerang en bonne et due forme.
Chérif Abdedaïm