Par Chérif Abdedaïm, lundi 17 février 2014
La « belle démocratie » américaine exportée à coup de bombes afin de déstabiliser les pays arabes et y instaurer une nouvelle « vision du monde » semble faire ses preuves à travers le liberticide caractérisé au sein même de ce pays.
Chaque jour qui passe nous dévoile cette chasse aux sorcières au nom de la soi-disant lutte anti-terroriste. Depuis l’instauration du Patriot Act au temps de Bush rien n’a évolué. Au contraire sous Obama, les américains vivent dans un monde orwellien, et, gars à celui qui ose remettre en question le nouvel ordre établi. Ni liberté d’expression, ni liberté de pensée ; c’est cela la « démocratie » américaine. Dans ce contexte les exemples abondent. Dans son édition de jeudi dernier, la Voix de la Russie rapporte: « Les États-Unis on reculé de 13 points dans l’indice de liberté de la presse publié aujourd’hui par l’organisation indépendante Reporters sans Frontières. »
Ils se sont retrouvés à la 46e place sur une échelle qui en compte 180, après la Roumanie et le Salvador. Jamais encore, les démocrates américains n’avaient été accusés d’une offensive aussi vaste contre les libertés des journalistes. Le rapport de 2013 fait ressortir que le retour aux temps des persécutions des journalistes pour la vérité, est directement lié à la surveillance globale pratiquée par les États-Unis.
« L’administration d’Obama est l’administration anti-journalistes la plus agressive de l’histoire contemporaine», a déclaré le journaliste du New York Times James Risen en présentant à Washington le rapport de Reporters Sans Frontières. « 2013 entrera dans l’histoire comme la pire des années pour la liberté de la presse aux États-Unis », a fait ressortir Risen :
« Si je le dis, c’est parce que l’administration ne ménage aucun effort pour museler les reporters et les lanceurs d’alerte, parce que le gouvernement et les services spéciaux prennent des mesures sans précédent pour limiter l’accès de la société à leurs activités. »
Selon le témoignage de Jeremy Scahill, un autre reporter américain connu, producteur d’un nouveau magazine électronique, l’opinion doit savoir ce que font le gouvernement et ses services spéciaux, a répliqué :
« Nous constatons depuis quelques mois une véritable escalade des menaces contre les reporters et les lanceurs d’alerte de la part de l’administration d’Obama et du Congrès. C’est ainsi que James Clapper, directeur du renseignement national US, affirme ouvertement que les reporters qui diffusent les documents de Snowden, sont ses complices, coupables de haute trahison. A son tour Mike Rogers (vice-amiral et nouveau directeur de la NSA) part frénétiquement en guerre contre les journalistes. Il est en train de lancer des accusations absolument infondées selon lesquelles Snowden serait un agent des services de renseignement russes ou collaborerait avec eux. »
Cela dit, depuis l’époque Bush, les médias, déjà passablement conformistes du fait de leur dépendance vis-à-vis des grands groupes financiers, étaient tenus de s’aligner plus encore sur le point de vue officiel, faute de quoi ils risquaient d’être accusés de « complicité avec le terrorisme ». L’administration Bush, notamment Ari Fleischer, secrétaire de presse du président, faisait pression sur les médias afin qu’ils ne laissent passer aucune déclaration ou image gênante pour le gouvernement. Cette censure sournoise était « justifiée » par le fait que le pays serait « en guerre ». Les réseaux de télévision, la radio et les journaux se pliaient sans rechigner à ces nouvelles mesures et édictaient par voie de circulaire interne des règles de conduite à l’usage de leurs collaborateurs. Violer ou même simplement égratigner ces règles conduisait au licenciement immédiat. Dans le cas de la société Space Imaging, qui diffuse des photos prises par le satellite Ikonos, le gouvernement américain avait donné un tour commercial à la censure. Il avait tout simplement acheté l’exclusivité de toutes les clichés montrant l’Afghanistan – pour la somme de 2 millions de dollars par mois – et ne diffusait que ceux qui lui semblaient dignes d’être vus par le commun des mortels.
Ainsi, la presse américaine, entièrement aux mains de la finance, a depuis longtemps abdiqué toute indépendance. Les « dévoileurs » de Watergate n’existent plus qu’au niveau de la mythologie. Si de temps à autre la vérité pointe encore son nez, ce n’est jamais dans un grand titre, mais dans telle ou telle feuille de chou de province – du moins était-ce le cas avant le 11 septembre. Depuis, jusqu’au fin fond du Kansas, le moindre petit rédacteur en chef sait comment remplir son devoir patriotique.
Quelques exemples édifiants : A Price (Utah), une journaliste du Sun Advocate l’avait appris à ses dépens. Elle avait osé écrire: « La guerre n’est pas la seule forme d’action qui s’offre à nous. Rechercher la justice et préserver la paix sont des alternatives dignes de considération. » Résultat: licenciée sans préavis.
Deux autres journalistes, le premier du Texas City Sun, l’autre du Daily Courier de Grants Pass (Oregon), avaient mis en doute le courage du président cherchant refuge au Nebraska. « Leader ou marionnette ? » demandait l’un deux. Résultat: licenciés sans préavis.
Et ce n’est pas seulement la liberté d’expression qui est réprimée ouvertement. Dans ce registre, même la liberté de penser est écrasée sans aucun scrupule. Elle n’est garantie dans les universités américaines que dans la mesure où chacun pense comme le gouvernement.
Quelques exemples : un professeur de l’Université du Texas à Austin avait déclaré, à propos des attentats terroristes, que les Etats-Unis n’étaient pas moins coupables, ayant eux-mêmes commis des actes de violence. Ses propos furent accueillis par un tollé général et des demandes de sanction. Les tenants de la pensée unique veillent.
A Albuquerque, ils ont failli s’étouffer en apprenant ce qu’un professeur de l’Université du Nouveau-Mexique, avait osé dire à ses étudiants: « Celui qui fout en l’air le Pentagone est sûr d’avoir ma voix… » Réaction intolérable pour le totalitarisme bien-pensant. Menacé de toute part, le prof a dû faire marche arrière et présenter des « excuses ». Dans les pays de l’Est, cela s’appelait « faire son autocritique ».
La chasse aux sorcières n’est sans doute pas aussi efficace en tous lieux. Car il existe quelques poches de résistance en milieu universitaire, à Berkeley, par exemple, ou autour de certains professeurs de renommée internationale, comme Noam Chomsky. Mais la prudence est de mise partout au cœur du monde « libre ».
Si les professeurs d’université n’ont guère le loisir de quitter les sentiers battus, on imagine aisément que les étudiants, eux, sont suspects avant même d’avoir ouvert la bouche. Ainsi une étudiante de Raleigh (Caroline du Nord) a reçu la visite du Secret Service, informé par un mouchard bénévole que la suspecte avait chez elle un poster subversif. L’affiche incriminée rappelait les 152 exécutions capitales avalisées par Bush lorsqu’il était gouverneur du Texas. La « délinquante » n’étant pas d’origine arabe, on l’a laissée en liberté. Mais elle restera fichée.
Presque aussi louches que l’enseignement: les arts et les lettres. Le cas du propriétaire d’une galerie de Houston, responsable d’une exposition intitulée « Secret Wars », dénoncée comme activité antiaméricaine, a dû se soumettre à un interrogatoire du FBI sur ses idées politiques et celles des artistes exposés. Ailleurs, des libraires ont été contraints, en vertu de la nouvelle loi, de remettre aux autorités une copie de leur fichier clientèle comprenant noms, adresses et titres achetés.
Par ailleurs, les récents scandales survenus suite à la découverte des opérations d’espionnage menées par la NASA, continuent d’eclabousser la scène américaine. Dans ce sens, le sénateur américain, Rand Paul, a déposé mercredi dernier une plainte en nom collectif contre le président des Etats-Unis, Barack Obama, en raison du programme de surveillance téléphonique de la NSA. Le républicain est un prétendant officieux à la Maison blanche en 2016.
« Il y a une vague énorme et grandissante de protestations dans le pays de la part de personnes scandalisées que leurs relevés soient saisis sans soupçon, sans mandat d’un juge et sans individualisation », a déclaré Rand Paul devant un tribunal fédéral de Washington.
De par cette action, les plaignants estiment qu’il s’agit d’une violation du quatrième amendement de la constitution, qui protège les Américains contre les fouilles excessives sans mandat de justice. Le programme est autorisé par une cour secrète, qui donne un feu vert général tous les 90 jours à la saisie des métadonnées. Aussi, « une telle action en justice, de la part d’une personnalité avec la notoriété de Rand Paul, est rare. Il n’est pas certain qu’elle soit considérée valable par la justice, et encore moins qu’elle aille jusqu’à la Cour suprême, comme l’espère l’élu », estiment certains observateurs. Outre Barack Obama, l’action vise les directeurs de la NSA, du FBI et du renseignement américain. Plusieurs autres actions en justice sont en cours dans le pays, notamment à l’initiative d’associations. Va-t-on assister à un nouveau sursaut populaire face à cette répression déguisée ? L’effet boomerang existe bel et bien…
Chérif Abdedaïm