Chronique : L’autre guerre

Par Chérif Abdedaïm, 16 décembre 2013

Créer des Etats-Unis d’Afrique (EUA), un Fond Monétaire Africain(FMA), une Banque Centrale Africaine (BCA) et une Monnaie commune Africaine (MCA), une Défense Commune Africaine (DCA) tels étaient les objectifs qui ont valu à Kadhafi un assassinat concerté.

Visionnaire quant au danger qui guette l’Afrique, le Guide Libyen aurait voulu mettre un terme à la spoliation des richesses africaines, naturelles (pétrole, gaz, diamant, or, uranium, cuivre, fer, coltan, forêt, eau, soleil, …) et humaines (plus de 60% de la population est jeune alors qu’en occident c’est l’inverse).

La vraie guerre déclenchée par le trio criminel Sarkozy-Obama-Cameron n’était nullement pour la démocratie ; pour preuve l’état chaotique de la Libye version 2013 est assez révélateur. La vérité réside ailleurs : c’est l’autre guerre secrète. Les réserves financières de la Libye étant très importantes il s’agissait de casser le rôle de la Libye comme financier alternatif pour une série de pays africains qui sont soumis à des chantages de la part des multinationales de l’Europe et des Etats-Unis qui prennent les matières premières au prix le plus bas, qui refusent d’investir pour qu’une vraie économie de transformation et de service se développe en Afrique, et en fait, donc, le financement alternatif aidait l’Afrique à reconquérir son indépendance, à voler de ses propres ailes. C’est clair que c’était donc une guerre contre l’Afrique et, justement depuis que la bataille économique pour les ressources mondiales fait rage, les Etats-Unis s’intéressent au contrôle militaire. Considérant que tout leur appartient, les Etats-Unis divisent la planète en série de zones, ils organisent leurs armées et leurs opérations sur toutes ces zones. Il n’ y avait pas de base pour l’Afrique, car elle était jugée moins intéressante que d’autres, mais là, depuis quelques années les Etats-Unis savent qu’on est en train de trouver de plus en plus de pétrole en Afrique, qu’on est en train de se battre pour les matières premières et les minerais et autres de l’Afrique, qu’il s’agit d’empêcher la Chine d’avoir des relations économiques normales avec les pays africains, se fournir en matière première et en énergie ; alors, ils ont décidé de militariser le problème et d’installer une force militaire pour empêcher ces pays d’avoir un développement autonome et empêcher la Chine d’avoir des relations commerciales avec les pays africains.

Cela dit, il serait utile de faire une brève rétrospective de la crise financière et économique mondiale afin d’établir sa corrélation avec les expéditions guerrières coloniales et punitives en Afrique, principalement en Libye.

La crise systémique du capitalisme est un fait indéniable. Les économistes ultra libéraux l’avouent publiquement. La crise financière mondiale qui a commencé en 2007 est avant tout une crise financière marquée par une crise de liquidité et parfois par des crises de solvabilité tant au niveau des banques que des Etats, et une raréfaction du crédit au niveau des entreprises. En automne 2008 cette crise financière s’est aggravée provoquant une chute des cours des marchés boursiers et la faillite de plusieurs établissements financiers. Pour éviter une crise systémique, les Etats doivent intervenir et sauver de nombreuses banques ce qui provoquera une crise des dettes publiques de plusieurs états impérialistes. Selon le rapport du FMI 2011, certaines de ces dettes publiques par rapport aux Pib atteignent des pourcentages vertigineux : Italie 120%, Usa 100%, Belgique 97%, France 87%, Espagne 63.40%, etc.

Aussi, l’occupation de la Libye ne permettrait-elle pas de donner en urgence une bouffée d’oxygène à la crise financière ? Ne permettrait-elle pas d’atténuer l’aggravation des dettes publiques des puissances occidentales? Les prédateurs impérialistes feraient main basse sur plus de 200 milliards de dollars de fonds souverains libyens dans les banques occidentales, une solution idoine pour résoudre les problèmes de liquidés. A cela il faudrait ajouter le vol (pompage du brut et raffinerie) du pétrole libyen désormais sous leur contrôle. Les réserves de pétrole libyennes estimées à 46,4 milliards de barils serviraient se soupape de sécurité et de prévention à la crise économique.

Enfin, cette prédation de la Libye ne serait-elle pas aussi renforcée par la mise en circulation d’une nouvelle monnaie que la France s’était déjà empressée de proposer l’émission ? Cette monnaie ne serait-elle pas une monnaie de singe qui permettrait à la France de payer à volonté le pétrole libyen et de contrôler la politique monétaire et économique du nouvel état fantoche ? Est-ce un hasard si l’organisation terroriste, le CNT de Benghazi fut crée par les services secrets français en novembre 2010 à Paris? Selon le journaliste italien Franco Bechis, la France préparait depuis novembre 2010 le renversement de Kadhafi. Les détails de ce complot furent rapportés par le journal en ligne « voltaire » du 24 mars 2011.

Le CNT installé à Benghazi depuis la contre-révolution de 16 février 2011 a aussitôt crée quelques jours plus tard sa propre banque centrale contre celle de Tripoli. La précipitation de cette importante décision monétaire ne pourrait émaner d’une poignée des insurgés sans l’aval incontestable de leurs maîtres impérialistes. La France fut d’ailleurs le premier pays à reconnaître moins d’un mois après, le 10 mars 2011 l’organisation terroriste, le CNT.

Sur un autre plan, le FMI, bras économique des puissances impérialistes capitalistes, s’est spécialisé depuis les années 80-90 en Afrique par son plan d’ajustement structurel (PAS). Ces conditionnalités d’aide financière aux états sont iniques et criminelles. En effet, la réduction du nombre des agents de la fonction publique et des budgets dans les secteurs sociaux importants (éducation, santé, agriculture), a causé des drames sociaux et aura des dangereuses répercussions sur l’avenir et le développement des états africains. Les prêts financiers accordés par le FMI aux états africains, permettent aux créanciers impérialistes de contrôler les politiques économiques, monétaires, sociales, militaires et diplomatiques de ces Etats qui à coup sûr perdront leur souveraineté, la colonisation perdure.

Il ne faut pas être sorcier pour le deviner. A voir la précipitation avec laquelle le FMI avait voulu intervenir en Libye pour « aider » le nouvel état fantoche, on ne peut que déduire que cela constitue incontestablement le volet principal du projet de sa recolonisation par les puissances occidentales.

La Grande Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire et Socialiste, naguère riche, prospère, fière, indépendante, développée et respectée, est désormais une « nouvelle Libye » asservie par les puissances occidentales, pillée, pauvre et humiliée. Le peuple libyen a perdu tous ses acquis sociaux, sa souveraineté, son indépendance et son honneur instaurés par le Guide Kadhafi. L’heure est au désenchantement, car le peuple libyen découvre enfin les mensonges et le visage hideux des colonisateurs.

Chérif Abdedaïm, http://lnr-dz.com/index.php?page=details&id=30054

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