Chronique : Rebuffades

Par Chérif Abdedaïm, le 30 octobre 2013

Après le Mexique et la France, c’est l’Allemagne par le biais de son ministre des Affaires étrangères qui vient convoquer l’ambassadeur américain pour qu’il s’explique sur les informations laissant entendre que les services secrets américains avaient espionné le téléphone de la chancelière Angela Merkel.

Voilà qui réchauffe davantage la marmite de la basse-cour politique « alliée » des Etats-Unis. Décidément l’arroseur Obama est arrosé. Il semble dans une mauvaise posture diplomatique.

De toutes parts, on se plaint contre les agissements de la politique américaine. Et pourtant, dans ce jeu hypocrite, tout le monde sait que les Etats-Unis n’ont pas d’ « amis », mais des « cibles ou des vassaux » comme vient de le déclarer Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois à l’Assemblée nationale Française dans une récente interview.

Face à cette situation, quelle riposte adopter ? Jean-Jacques Urvoas pense qu’il faut une réponse extrêmement ferme, à l’instar de la position défendue par le premier ministre et le ministre des affaires étrangères (Laurent Fabius).

Encore faut-il s’entendre sur la teneur de cette« fermeté ». A scruter les derniers rebondissements diplomatiques sur la scène internationale, les nains de Washington semblent se rebiffer contre leur Mentor. Sommes-nous dans le monde de blanche neige et les sept nains ? A en croire également les derniers échos, le prince saoudien Bandar ben Sultan ne veut plus coopérer avec les Etats-Unis, en signe de protestation contre leur politique au Moyen-Orient. Et pour cause ? Le refus d’Obama d’attaquer la Syrie et le redémarrage des relations USA-Iran.

La manœuvre n’est pas anodine, dit-on. Les Saoudiens ont même refusé leur place au Conseil de sécurité des Nations unies alors qu’ils venaient de l’obtenir. Ce conflit avec l’Arabie saoudite pourrait marquer une grande défaite géopolitique de la Maison blanche, écrit le jeudi 24 octobre le quotidien Kommersant. Le prince Bandar ben Sultan a fait part de ses intentions au port de Djeddah face à un groupe de diplomates européens. « Un tournant décisif nous attend : les Saoudiens ne veulent plus être dépendants des USA », a déclaré le prince Bandar, qui fut ambassadeur à Washington pendant 22 ans. Il était, jusque là, l’un des politiques saoudiens les plus appréciés par l’Occident.

D’après une source diplomatique, cette distanciation avec les USA s’accompagnerait d’une réorientation vers les alliés régionaux et la France, qui adopte une position plus ferme que Washington sur la question syrienne. (les deux « victimes » vont devoir se consoler).

Enfin, pour expliquer son refus inattendu de siéger au Conseil de sécurité des Nations unies, où l’Arabie saoudite a été admise pour la première fois la semaine dernière, le prince a déclaré : « Ce signal ne s’adresse pas à l’Onu mais aux USA ».

D’autres politiciens saoudiens influents ont aussi durci leur discours à l’égard des USA, confirmant que les propos du prince n’étaient pas une improvisation.

« Toute cette pitrerie sur le contrôle international de l’arsenal chimique d’Assad n’aurait été qu’un épisode ridicule si elle n’avait pas été aussi une flagrante trahison », a déclaré le prince Turki al-Fayçal.

Avec ce « divorce », l’avenir des relations américano-saoudiennes s’annonce sous de mauvais auspices. Sait-on jamais ce que pourrait encore dévoiler la fameuse boîte de Pandore.

Chérif Abdedaïm

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