Par Chérif Abdedaïm, Mardi 13 août 2013
Dans une récente interview le philosioniste BHL pense que les choses se passent assez bien en Lybie. Pour lui, « C’est le seul pays arabe qui a élu un musulman éclairé, démocrate et qui casse, dans les faits et dans les mots, la rhétorique anti-occidentale qui est le carburant de l’islamofascisme. »
« Donc, rien à regretter dans cette guerre ? », lui rétorque le journaliste. « Rien, bien entendu ! D’abord parce que les Libyens vivent infiniment mieux sous Zeidan que sous Kadhafi. Mais aussi parce que cette guerre a mis en œuvre un principe dont ma génération a rêvé : l’ingérence démocratique. »
Voilà, donc, le « philosophe du siècle » qui jubile au moment où les libyens souffrent le martyrs entre une piteuse gestion et une nouvelle menace impériale.
Selon certaines indiscrétions Washington a déployé ces derniers jours, de nombreux avions dans le ciel libyen, notamment ses drones, en vue de localiser de supposés sites hébergeant leur ex. allié sur place, Al-Qaïda.
« Le nouveau pouvoir libyen semble-t-il, est choqué, et accuse les Etats-Unis de violer son espace aérien. Les Etats-Unis n’en ont cure, et auraient déjà localisé les sites d’Al-Qaïda qu’ils veulent bombarder dans les prochains jours. », commente Allain Jules.
Une perte d’indépendance prévue, sauf cas de cécité, dirions-nous dans la mesure où dès le début de la déstabilisation de la début, les Occidentaux sous la coupe américaine ont porté leur intérêt sur Benghazi. Région pétrolifère qu’ils avaient prévue de pomper. A cet effet, près de 1200 marines avaient débarqué de Malte pour soi-disant veiller solennellement sur les intérêts de leurs multinationales.
Maintenant, on passe à la vitesse supérieure. A l’instar des assassinats quotidiens menés au Yémen à coups de drones, les sbires de l’Empire entendent mener la même stratégie en Lybie. Et gars, à celui qui sort des rangs. Ce serait un terroriste d’Al-Qaïda.
Cela dit, Le marché fait la loi. L’expression nous est maintenant familière, pourtant elle reste relativement faible. Nous devrions dire : le marché fait le crime.
Combien se leurrent toujours à frapper les mauvaises personnes, au mauvais endroit !
Cette « ingérence démocratique » qui fait jubiler BHL, n’est autre que cette politique du serinée par les instigateurs du Nouveau Désordre Mondial, alias états-uniens. Dans ce sens, on ne cesse de nous tarauder avec le concept de « mondialistation » pour stigmatiser un fléau finalement vague qui nourrit les discours politiciens, les indignations carnavalesques et les doctrines consensuelles. Cette face abstraite de la mondialisation nous dissimule, de fait, la face réelle d’un empire. Un empire analysé, décortiqué, cartographié par une intelligentsia variée : parfois académique, parfois dissidente, mais unanime sur sa nature oligarchique et économico-financière.
A l’exemple d’Hannah Arendt qui écrivait, au début des années 50, que l’impérialisme devait être compris : «comme la première phase de la domination politique de la bourgeoisie, et qu’elle naquit lorsque la classe dirigeante détentrice des instruments de production capitaliste s’insurgea contre les limitations nationalistes imposées à son expansion économique ». Pour la philosophe allemande la notion d’expansion illimitée était désormais seule capable de répondre à l’espérance d’une accumulation illimitée de capital.
« L’argent pouvait engendrer l’argent parce que le pouvoir, au total mépris de toute loi – économique aussi bien que morale – pouvait s’approprier la richesse ». La richesse devenue un moyen illimitée de s’enrichir, se substituant de la sorte à l’action politique. Ainsi constituée, la puissance impériale pouvait «balayer toutes les protections politiques qui accompagnaient les autres peuples et englober la terre entière dans sa tyrannie».
De même, Alain Soral constate aujourd’hui une évolution de même nature : « L’oligarchie mondialiste, pas plus que le principe bancaire dont elle tire sa dynamique et son pouvoir, n’a de territoire ou de lieu. Cette aristocratie nomade et sans noblesse se niche partout où il y a de la richesse à capter et du profit à faire ».
Encore mieux dit ailleurs : «La banque, intrinsèquement fondée sur l’abstraction du chiffre au détriment de l’humain, libérée de tout frein politique et social, et protégée de surcroît par son invisibilité politique et médiatique devenant progressivement – compte tenu de sa logique même – pure prédation et pure violence ».
Enfin revenons à Hannah Arendt soulignant qu’un pouvoir « ne peut garantir le statu quo, seulement en gagnant plus de… pouvoir. C’est uniquement en étendant constamment son autorité par le biais du processus d’accumulation du pouvoir qu’elle peut demeurer stable ».
Pour légitimer leur ambition impériale les américains donnent l’illusion qu’ils sont le centre du monde par la protection qu’ils lui offrent en attaquant des adversaires faibles présentés comme « l’axe du mal ».
Emmanuel Todd écrit à propos, dans son livre Après l’Empire, que «pour maintenir sa centralité financière l’Amérique se bat, mettant en scène son activité guerrière symbolique au cœur de l’Eurasie, tentant ainsi d’oublier et de faire oublier sa faiblesse industrielle, ses besoins d’argent frais, son caractère prédateur».
Rajoutons que cette soif de profit coïncide opportunément avec un pillage systématique des terres impérialisées : c’est l’obsession pétrolière du complexe militaro-industriel américain qui dicte toute la stratégie prétorienne au Proche Orient, et ce depuis plus de 50 ans, et aujourd’hui en libye. La survie et le développement de ces sociétés industrielles dépendent de leur accès à cette région, dont l’Irak est le pays d’intersection. Ainsi les Etats-Unis, insiste le célèbre démographe français, « mettent sous embargo des pays incapables de se défendre et bombardent des armées insignifiantes. Ils conçoivent et produisent des armements de plus en plus sophistiqués et appliquent en pratique à des populations civiles désarmées, des bombardements lourds digne de la Seconde Guerre Mondiale ».
Chérif Abdedaïm
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