DOSSIER: affaire “pétrole contre nourriture”

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Affaire

« Pétrole contre nourriture »

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Extrait de l’ordonnance du juge Courroye :

« Trafic d’influence passif commis par un particulier :

d’avoir entre 1998 et 2003, depuis temps non couvert par la prescription, sur le territoire national, en sa qualité de responsable d’association (notamment l’association franco-irakienne), sollicité et agréé en violation des dispositions de l’ONU sur le programme Pétrole contre nourriture (notamment Résolution 986), des allocations de barils de pétrole irakien (estimés en l’état à 7,6 millions de barils) vendus à la société AREDIO, en contrepartie de son influence réelle ou supposée auprès des autorités françaises pour défendre les intérêts irakiens et obtenir la levée des sanctions contre l’Irak. »

« Corruption d’agents publics étrangers :

d’avoir, sur le territoire national, entre 1998 et 2003, depuis temps non couvert par la prescription, en violation de la Résolution 986, proposé sans droit, à des agents publics irakiens, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, présents ou des avantages quelconques, en l’espèce en leur rétrocédant sur des comptes à l’étranger une partie du produit des ventes de la société AREDIO d’allocations de barils octroyés par la SOMO, pour obtenir de ces fonctionnaires irakiens de nouvelles allocations de barils. »

(AFI-Flash n°51 – 14/11/05)

AFI-Flash n°70 (30 mars 2007)

UN AUTRE TYPE DE GUERRE :

le régime des sanctions des Nations unies contre l’Irak

Hans-Cristof von Sponeck, ancien secrétaire général adjoint de l’ONU a été coordinateur du Programme « Pétrole contre nourriture » en Irak de 1998 à 2000, date de sa démission en signe de protestation contre les sanctions internationales et leurs conséquences désastreuses sur le peuple irakien. Il vient de publier « A Different Kind of War – The UN sanctions regime in Iraq », un livre dont la lecture est fondamentale pour qui veut comprendre ce qui s’est réellement passé en Irak. Le traduire en français est urgent. Avis aux éditeurs…

clip_image006L’Irak, chambre d’expérimentation de sanctions économiques et sociales

Un programme en 10 points pour un autre type de guerre

1. Dans les années 1990, le Conseil de Sécurité de l’ONU a créé les conditions d’un génocide en Irak par la mise en place de sanctions inconnues jusqu’à alors. Ce régime de sanctions a duré 13 années de 1991 à 2003 mais le Programme Pétrole contre nourriture n’a été mis en place qu’en 1996, un an après l’accord donné par le Comité de Sanctions en 1995.

« La gravité de la misère humaine en Irak devint évidente au cours de 1990…. Le prix payé par la population irakienne était élevé. Aucun pays n’avait jamais été soumis par les Nations Unies à des sanctions économiques aussi étendues. Les années qui ont suivi la guerre du Golfe de 1991 ont donc été pour les Irakiens catastrophiques. Les documents de l’ONU et autres sources fournissent des preuves évidentes, crédibles et approfondies de l’augmentation rapide de la malnutrition et de la mortalité au cours de la première moitié des années 1990. Des maladies telles que la varicelle, la polio, le choléra, la typhoïde, le kwashiorkor, de faible intensité dans les années 80, refirent leur apparition à grande échelle (p.5)» «Les avertissements sur l’imminence d’une catastrophe humaine n’ont pas manqué dès les premières années des sanctions…. En fait, dans la conception, le financement et la mise en place du Programme, le Conseil de Sécurité a fait preuve d’une incomparable insensibilité ». (p.13)

2. Les Irakiens ont seuls payé la totalité d’un programme dénommé « humanitaire » par la vente de leur pétrole. Il n’y a eu aucune aide en tant que telle de la part des Nations Unies. Le Programme a fonctionné comme un voile pour la bonne conscience internationale derrière laquelle une catastrophe humanitaire se déroulait.

« A aucun moment, la communauté internationale n’a considéré la création d’un mécanisme pour compenser les chutes (du prix du pétrole) par des contributions volontaires. Tout au long de l’application du Programme, du 10 décembre 1996 au 21 novembre 2003, la source du financement a été uniquement irakienne. C’est un élément qui est très souvent ignoré. La référence à « une aide humanitaire » renforce cette fausse perception qu’un financement extérieur existait. Le fait que la source de financement ait été proprement irakienne me mettait mal à l’aise en tant que « Coordinateur humanitaire » désigné. (Et aussi) les Irakiens d’ailleurs qui voyaient les Nations Unies utiliser « leurs » ressources, d’autant que certains d’entre eux remarquaient … que s’ils avaient eu le contrôle de cette ressource, ils l’auraient utilisé à meilleur escient « (p. 11).

3. Des 64 milliards de dollars que l’Irak a retiré de la vente de son pétrole entre décembre 1996 et mars 2003, 17 milliards furent retenus par les Nations Unies pour payer les compensations principalement au Koweït à la suite de l’invasion de son territoire par l’Irak, fixées à 30% des revenus pétroliers sur la recommandation du secrétaire général de l’ONU! De plus, le « montant disponible dans le cadre du Programme était réduit de 4% par les Nations Unies pour les dépenses de fonctionnement de ce Programme (2,2%), les opérations de désarmement ( 8%) et un fonds de réserves pour des dépenses extraordinaires (1%) » Il s’ensuit que « la valeur en dollar de cette « inquiétude » (de la situation en Irak- Résolution 986 du 14 avril 1995) s’élevait à 2,6 milliards de dollars par an soit 118$ par habitant par an soit encore 32 cent.$ par jour pour la nourriture, la médecine, l’agriculture, l’électricité, l’eau, le traitement des eaux, et l’éducation » comparé à un revenu annuel par Irakien de 2340 dollars en 1980 selon le FMI et la Banque Mondiale. Encore aurait-il fallu que « les allocations permises par le Conseil de Sécurité fussent utilisées à 100% par la livraison des biens humanitaires achetés. … Ni au cours des trois premières phases (de 1996 à 1998) ni au cours des phases ultérieures (1998 à 2003), la valeur des biens livrés n’a atteint le niveau que le gouvernement irakien et l’ONU avaient budgété…. » « Les USA et la Grande-Bretagne ont toujours déclaré que la faute en revenait seulement au gouvernement irakien. C’est une sérieuse distorsion des faits car il n’y a jamais eu de délais délibérés apportés par celui-ci dans le passage des commandes de produits humanitaires » (p. 15) » « Le rapport concluait que 88% de tous les produits humanitaires, arrivés en Irak avaient été distribués aux destinataires…. » (p. 77). « Ce qui s’est révélé être la source essentielle des délais et de la sous-utilisation des ressources disponibles, était la procédure complexe (elle comprenait 23 étapes principales et pouvait prendre une année (p.72) et le blocage permanent ou temporaire des contrats.. » … «  délibérés par le Comité des Sanctions… étaient les ingrédients d’une politique internationale poursuivie au mépris du bien-être du peuple irakien ». « La procédure de passation des contrats devint pour certains une des armes occultes dans la gestion des sanctions » (p.70)

4. Le Conseil de sécurité a, au cours de 13 années de sanctions, constamment manifesté une violente opposition à toute réhabilitation de l’économie irakienne que ce soit les grands secteurs de l’économie (pétrole, industrie pharmaceutique, agriculture) que les petites et moyennes entreprises qui auraient permis d’économiser les fonds du Programme et générer de l’emploi. « Des ressources additionnelles auraient pu être obtenues par la réduction de cet exorbitant 30% détourné vers la Commission de Compensation de l’ONU ». Il est à remarquer que ce 30% fut réduit en novembre 2003 après l’invasion à 5% !!

« Des secteurs- clés, comme la santé, l’eau et le sanitaire, la production agricole, tous dépendaient de la fourniture d’électricité ». « Je ne comprenais pas pourquoi le Conseil de Sécurité, conscient de l’extrême vétusté du secteur électrique ne faisait pas un effort spécial pour s’atteler à ce problème. Pourquoi il ne s’était pas opposé plus vigoureusement aux représentants américains et britanniques qui, en choisissant le secteur électrique comme cible principale de la rétention des contrats, aggravaient les conditions précaires de la situation en Irak ? » La réponse est que « aider le peuple irakien à sortir de la misère pouvait être conçu comme une manière indirecte de renforcer le régime irakien et de le montrer comme une force ayant réussi à tenir tête aux puissances mondiales. Les gouvernements américains et britanniques ne voulaient absolument pas se conformer au droit international à ce prix » (p. 100).

5. « … En revanche, le Conseil de sécurité de l’ONU a choisi de politiser un programme humanitaire en faisant de l’Irak une véritable chambre d’expérimentation de sanctions économiques et sociales » (p.120) car les représentants des Etats-Unis et de la Grande Bretagne en son sein insistaient pour lier ensemble le désarmement de l’Irak et le régime des sanctions alors qu’ils savaient pertinemment que le désarmement dépendait du seul gouvernement irakien tandis que le poids de sanctions reposait sur le peuple irakien. Ou encore par l’ « installation en Irak de plusieurs milliers de Palestiniens en échange de la levée de sanctions (Démocrate US Amos Hichstein) » (P.124) Mais, « certains gouvernements cherchaient à punir et à déstabiliser, mettant ainsi des limites au programme humanitaire et consolidant, de la sorte, en toute connaissance de cause, une situation de misère dans l’espoir que cela conduirait le gouvernement de Saddam Hussein à changer d’attitude » (p.27). « Les représentants des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne furent exclusivement responsables de l’attitude inflexible du Comité de Sanctions des Nations Unies ». (p.44).

6. Le Gouvernement de l’Irak a obtenu de ses exportations « illégales » de pétrole et ses importations quelque 1 à 1,5 milliards de dollars en surcharges par an via la Jordanie, la Turquie, le Golfe et la Syrie. Etant donné la rigidité de la politique de sanctions et l’appauvrissement domestique, d’où pouvait provenir l’écart en besoins humanitaires si ce n’est du trafic de pétrole hors Programme puisque les revenus de l’Irak fluctuaient avec le prix du pétrole. Même ainsi, « ces montants n’auraient pas été suffisants (pour rétablir l’Irak dans sa normalité). Ces ressources, contrairement à une idée préconçue du public, et une désinformation américano-britannique, servaient dans une large mesure à la gestion du pays, à payer les fonctionnaires, à maintenir les restes d’une infrastructure physique de qualité à une époque. Les palais et les produits de luxe absorbaient une faible partie de ces revenus. » (p.130).

7. Le régime des sanctions appliqué au Kurdistan relève d’une option politique du Conseil de Sécurité, préparant à une indépendance politique par rapport à Bagdad, préfigurant celle de maintenant. Le « paragraphe 18 de la Résolution de l’ONU 986 sur « l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Irak était oublié » (p.52). Au Kurdistan, l’ONU était l’autorité en charge en collaboration avec les autorités locales (UPK et DPK) et le budget était séparé de celui du reste de l’Irak. Les allocations visées ne correspondaient pas à la taille de la région puisque le Kurdistan recevait 19,7% pour 3,3 millions de personnes, calculé sur le revenu brut alors que l’allocation allouée aux régions du centre et du sud soit 19,2 millions de personnes était basé sur le revenu brut moins les compensations, les paiements des fonctionnaires de l’ONU et l’allocation pour le Kurdistan. « Le Conseil de sécurité ne peut échapper à l’accusation qu’il a fait des citoyens irakiens vivant dans le centre et dans le sud de l’Irak des victimes » que c’était «  une appropriation inéquitable des maigres ressources » (p. 18). De plus, « l’anomalie, avec ses implications négatives pour le budget sous le contrôle de Bagdad, était que les produits alimentaires et médicaux à destination du Kurdistan devaient d’abord être payés par Bagdad dans le cadre du Programme. Le remboursement par les autorités du Kurdistan s’éternisaient privant ainsi les régions du centre et du sud de ressources nécessaires » (p19). Le Conseil de sécurité ne se montrait pas aussi pointilleux en ce qui concerne les contrats pour le secteur électrique du Kurdistan.

8. L’inclusion de la Commission de Compensation de l’ONU (CCONU), sur proposition des Etats-Unis, dans le Programme Pétrole contre nourriture a retardé ce Programme, l’Irak objectant que cet organisme empiétait sur sa souveraineté et son droit à l’utilisation de ses ressources, tout en reconnaissant sa responsabilité. Le montant des compensations s’élevait à 348 milliards de dollars et le budget de fonctionnement de cette institution tournait autour de 50 millions de dollars pris sur le Programme. On peut alors se poser les questions suivantes : « Pourquoi la procédure de compensation ne prévoyait-elle pas de mécanisme de défense de l’Etat incriminé ? Pourquoi les réclamations des multinationales et des Etats ont-elles été reconnu (sans urgence) alors que les fonds étaient nécessaires pour alléger les souffrances du peuple irakien ? Pourquoi la CCONU a-t-elle entretenu des prétentions si peu justifiées ou illégales? Pourquoi les secrétaires généraux successifs de l’ONU (Boutros Boutros Ghali et Kofi Annan) n’ont-ils pas exigé une réduction du niveau des compensations ? Hans von Sponeck cite ainsi le cas d’Israël qui s’est vu attribuer 324 358 dollars au nom d’une agence de tourisme opérant dans le Golan, territoire syrien occupé depuis 1967. Malgré les protestations de la Syrie, l’avis contraire du Bureau des Affaires juridiques de l’ONU (violation de la 4ème Convention de Genève), la CCONU refusa de reconsidérer sa position (p. 183).

9. Les deux zones de non-survol dans le nord et le sud de l’Irak furent instituées en dehors de toute légalité par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France en 1991, prétendument pour protéger les Kurdes et les Chiites. Aucune résolution de l’ONU ne fait référence à son établissement. Ces deux zones devinrent, après l’  « Opération Renard du Désert » de décembre 1998, initiée par Bill Clinton, et au fil des ans, des zones d’engagement militaire, loin de tout objectif de simple protection puisque ces opérations concernaient « une armada d’appareils de brouillage électronique, d’avions de combats,… de F15 et F16, … le tout assisté par le système AWACS sur les régions frontalières » (p. 206). « … Le Kurdistan irakien était devenu le point de rencontre adéquat de toutes les agences de renseignements intéressées à jouer «  le grand jeu » dans cette région du monde (MI6, CIA, MOSSAD, MIT, SAVAMA, BND)… Il ne fait aucun doute que les agents clandestins des agences occidentales avaient infiltré une grande partie des ONG travaillant au Kurdistan » (p. 217)  « Jamais, le Conseil de Sécurité n’a prononcé l’illégalité de l’existence de ces zones ; ce n’était simplement pas un sujet de débat au sein du Conseil » « indépendamment du fait que de les frappes américano-britanniques ont fait de nombreuses victimes parmi les populations protégées. « La connivence du Conseil de sécurité constituait une culpabilité par omission » et « il était structurellement et normativement incapable de s’opposer à l’unilatéralisme et à un abus bilatéral au nom de la communauté internationale »

10. C’est sous la pression des Etats-Unis que les inspecteurs de l’UNSCOM quittèrent l’Irak en 1998. A aucun moment, l’Irak ne les a renvoyés. « Le dévoiement de l’UNSCOM par les Etats-Unis et la Grande Bretagne à des fins d’espionnage ont accentué la mauvaise volonté de l’Irak à coopérer avec les Nations Unies »

« Les droits inscrits dans les conventions internationales désavouent le gel des avoirs nationaux quand les fonds sont nécessaires à la survie. Refuser de remettre ces fonds déposés sur des comptes personnels et bloquer des millions de dollars nécessaires à l’achat de biens à destination humanitaire est un abus de ces droits, de la même manière que le sont la limitation de la vente du pétrole et la réhabilitation de l’industrie pétrolière…Ne pas inclure le « facteur sanction » dans un rapport sur les droits de l’homme constitue, pour l’ONU, un lourd passif. » (p. 26)

Extraits choisis par Xavière Jardez

AFI-Flash n°51 (14 novembre 2005)

GILLES MUNIER, SECRETAIRE GENERAL DES AMITIES FRANCO-IRAKIENNES

INCULPÉ ET EN LIBERTÉ SOUS CAUTION

POUR AVOIR AIDÉ LE PEUPLE IRAKIEN SOUS EMBARGO

APPEL DU COMITE DE SOUTIEN

Le 6 octobre 2005, après trois jours d’interrogatoire, menotté, en garde à vue et incarcéré avec des droits communs, Gilles Munier, secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, a été inculpé par le juge Philippe Courroye. Il est en liberté sous caution (80 000 euros à verser d’ici février). On lui a retiré son passeport et interdit de quitter la France. Et, il a appris que le compte bancaire finançant ses activités politiques était gelé.

Gilles Munier est accusé de…

Extrait de l’ordonnance du juge :

« Trafic d’influence passif commis par un particulier :

d’avoir entre 1998 et 2003, depuis temps non couvert par la prescription, sur le territoire national, en sa qualité de responsable d’association (notamment l’association franco-irakienne), sollicité et agréé en violation des dispositions de l’ONU sur le programme Pétrole contre nourriture (notamment Résolution 986), des allocations de barils de pétrole irakien (estimés en l’état à 7,6 millions de barils) vendus à la société AREDIO, en contrepartie de son influence réelle ou supposée auprès des autorités françaises pour défendre les intérêts irakiens et obtenir la levée des sanctions contre l’Irak. »

et de :

« Corruption d’agents publics étrangers :

d’avoir, sur le territoire national, entre 1998 et 2003, depuis temps non couvert par la prescription, en violation de la Résolution 986, proposé sans droit, à des agents publics irakiens, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, présents ou des avantages quelconques, en l’espèce en leur rétrocédant sur des comptes à l’étranger une partie du produit des ventes de la société AREDIO d’allocations de barils octroyés par la SOMO, pour obtenir de ces fonctionnaires irakiens de nouvelles allocations de barils. »

Gilles Munier est donc poursuivi pour avoir violé la Résolution 986 de l’ONU, en fait pour avoir tenté d’obtenir la levée des sanctions contre l’Irak, conformément aux décisions de l’Association des Amitiés franco-irakiennes. On lui tient rigueur rétrospectivement de s’être opposé à l’agression des Etats-Unis contre ce pays sans défense, privé de nourriture et de médicaments. En poursuivant Gilles Munier, c’est en réalité la politique arabe de la France que l’on met aussi en cause et ses défenseurs que l’on tente de bâillonner.

La tragédie du peuple irakien est sciemment travestie. On détourne l’attention de l’opinion publique en lançant des enquêtes de diversion et des procès- spectacles afin de camoufler plus d’un million et demi de morts victimes de l’embargo et le pillage par les occupants des trésors de l’Irak (banques, pétrole, archéologie). Plus que jamais, nous devons affirmer que ni la morale, ni le droit ne sont du côté de ceux qui ont déclenché une guerre à grand renfort de mensonges.

De plus, à notre connaissance, la loi française ne prévoit aucune sanction pénale à la contestation par des personnes privées de résolutions des Nations unies, lesquelles ne se justifiaient plus depuis l’évacuation du Koweït par l’Irak en 1991. Dans ces conditions, c’était un droit, et aux yeux de beaucoup un devoir, d’aider le peuple irakien à résister à l’oppression génocidaire à laquelle il a été soumis pendant plus d’une décennie.

Novembre 2005

APPEL

Aujourd’hui, pour avoir combattu l’embargo et condamné une agression désavouée par les Nations unies, des Français de bonne foi se voient humiliés et traînés devant les tribunaux.

Le comité que nous constituons pour soutenir Gilles Munier lance un appel à tous ceux qui en France, en Europe, dans les pays arabes et dans le monde, militent pour la justice et soutiennent la résistance du peuple irakien. Il leur demande de faire de son procès celui de l’embargo, celui de l’agression contre l’Irak, et celui du dangereux projet américain de « Grand Moyen-Orient ».

Gilles Munier a servi la cause des Droits de l’Homme en Irak. Il sert maintenant celle du Droit, et le respect de la légalité dans sa soumission à la loi morale.

PREMIERS SIGNATAIRES (12 novembre 2005) :

Georges Labica (Philosophe) – Philippe de Saint Robert (Ecrivain) – Jacques Gaillot (Evêque) -Claude Gaucherand (Contre-Amiral en 2ème Section) – Marc Bourreau d’Argonne (Cinéaste) – Sliman Doggui (Neurologue) – Pierre Gallois (Général – cr) – Père Michel Lelong – Yves Vargas (Philosophe – Fondateur de l’Appel franco-arabe) – Michel Debray (Amiral en 2ème Section, ancien président de l’Institut Charles de Gaulle) – Amaury Couderc (ex élu régional) – Maurice Cannet (Général – cr) – Roshdi Rashed (Directeur de recherche émérite au CNRS, professeur honoraire à l’Université de Tokyo, vice-Président de l’Académie Internationale d’Histoire des Sciences) – Alain Corvez (Colonel – e.r) – Nico Perrone (Professeur à la Faculté de Science Politique de Bari –Italie)

Extrait de l’interview de Gilles Munier

(Le Quotidien d’Oran – 2 novembre 2005)

Q.O : Depuis quelques mois, encore plus depuis quelques semaines, vous êtes sur le devant de la scène irakienne. La commission onusienne Volcker vous a entendu au sujet du scandale dit pétrole contre nourriture. La police française vous a placé en garde à vue pendant près de 60 heures ? Est-il vrai que vous avez détourné des fonds du programme « Pétrole contre nourriture » ?

G.M : Je n’ai rien détourné du tout. Une entreprise pétrolière française que j’ai introduit en Irak a apporté en échange une aide financière à mes activités. Cette contribution a été ponctionnée sur ses bénéfices. D’ailleurs, elle ne pouvait pas faire autrement : le prix du pétrole irakien était fixé par les Américains, et le montant de sa vente était gelé sur un compte bancaire de la BNP à New York auquel le gouvernement irakien ne pouvait pas touché. Les seuls « détournements de fonds », ont été effectués par l’ONU pour payer les salaires des agents de la CIA et du MI6 britannique qui espionnaient l’Irak sous couvert de recherche d’armes de destruction massive, la surveillance aérienne et ses bombardements soi disant ciblés incessants, et aussi les dettes de guerre réclamées par le Koweït. Ce sont eux qui « suçaient le sang des Irakiens ».

Pour financer la lutte pour la levée de l’embargo, pour empêcher la guerre, les dirigeants irakiens avaient décidé de « taxer » plus de 4000 sociétés qui commerçaient avec leur pays. Une sorte d’impôt révolutionnaire que les chefs d’entreprises n’acceptaient pas gaîté de cœur, car c’était autant de moins dans leur poche !

Après une audition par des enquêteurs de la Commission Volcker venus de New York, j’ai été placé en garde à vue, interrogé pendant 3 jours, jeté au dépôt avec des droits communs et transbahuté dans Paris menotté dans le dos comme un vulgaire bandit… Je me plains, mais mon sort n’est rien en comparaison avec les témoignages des Irakiens sortis des camps américains. J’ai été mis en examen et suis en liberté sous caution. J’ai 80 000 euros à payer, sinon c’est la prison. Ce n’est pas rien ! Au fond, il s’agit d’une double peine. Je suis condamné avant d’être jugé pour avoir violé l’embargo imposé à l’Irak. Comme pour moi ces sanctions étaient illégales et génocidaires, comme les spécialistes savaient depuis longtemps qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, il n’y avait pas d’autre solution que de contourner l’embargo pour alléger les souffrances du peuple irakien. Je suis fier d’y avoir contribué.

Q.O : Comment expliquez vous la survenue de ce scandale ? Par quels moyens les informations vous concernant, ainsi que d’autres personnes sont-elles apparues publiquement ?

GM : A l’origine de ce « scandale », il y a le renseignement militaire israélien, Ahmed Chalabi et ses supporters néo-conservateurs. La liste des 270 personnalités qui auraient reçu des « coupons de pétrole de Saddam » a été fabriquée sur la base de ragots, de faux et de documents plus ou moins bien reconstitués. Ils ont repris la liste des participants à la Conférence de Bagdad que présidait Tarek Aziz tous les 6 mois. Le journal Al Mada qui a publié le « scoop » a pour propriétaire l’homme qui avait lancé l’affaire des bébés-éprouvettes en 1991, un mensonge fabriqué par la CIA pour faire voter la guerre par le Congrès US.

Certaines personnes ou organisations n’ont rien à voir avec le scandale du programme « pétrole contre nourriture ». Elles sont dans la liste. D’autres pourraient y être et n’y sont pas. C’est du terrorisme intellectuel, on veut faire taire tous ceux qui ont milité contre l’embargo ou contre la guerre et qui pourraient soutenir la résistance. Pour leur enfoncer la tête sous l’eau, on tente de les diffamer, on leur intente des procès pour les ruiner.

AFI-Flash n°53 (21 décembre 2005)

EMBARGO ET CONTREBANDE US

L’AFFAIRE MILLENNIUM

UN SCANDALE DANS LE SCANDALE

« PÉTROLE CONTRE NOURRITURE »

Qui osera inculper Donald Rumsfeld et George Tenet ?

« Les ventes illégales de pétrole à partir de Khor al Amaya ont eu un coût faramineux pour le Programme en termes de revenus potentiels prévus. Millennium a enlevé 7,7 millions de barils de pétrole pour lequel elle a payé 54 millions de dollars. Si ce pétrole avait été vendu dans le cadre du Programme au prix du marché, il aurait rapporté approximativement la somme de 200 millions de dollars au compte séquestre pour la fourniture de biens humanitaires additionnels ». Telle est la conclusion du chapitre IV du Rapport de la Commission d’enquête indépendante des Nations Unies sur le Programme « Pétrole contre nourriture » dit Rapport Volcker (page 215 à 259). Voyons les faits :

Les Etats-Unis se sont toujours opposés à la remise en état d’un deuxième terminal pétrolier en Irak, Khor al Amaya , face à Mina al Bakr par où transitaient les flots de pétrole achetés dans le cadre du Programme « Pétrole contre nourriture ». Ils avaient, en mars 2000, informé le Conseil de Sécurité qu’ils avaient interdit la conclusion de 14 contrats pour l’exportation de pièces d’équipement prohibées à cet effet. La Grande-Bretagne avait elle aussi déclaré en mars 2001 « qu’avant toute légalisation de ce débouché, l’exportation de pétrole irakien par ce port sera considérée comme une violation du régime de sanctions ».

Le Pentagone dans une poche, la CIA dans l’autre

Cependant il ne fait aucun doute que dès le début de 2003, Khor al Amaya fonctionnait puisqu’un certain M. Shaheen, homme d’affaires jordanien, fit connaître au gouvernement irakien qu’il désirait acheter du pétrole irakien qui serait enlevé de ce port-là. Pour le nouveau ministre du pétrole irakien, M. al Nejm, qui avait remplacé Amer Rashid, cette solution était discutable dans la mesure où toute contrebande de pétrole à partir de cette source serait facilement détectable et le brut saisi dans le golfe Persique par les forces militaires de surveillance, américaines en particulier.

M. Shaheen balaya les préoccupations du ministre disant qu’il avait le Pentagone dans une poche et la CIA dans l’autre et qu’il avait pris des mesures pour que tout se passe tranquillement. Amer Rashid conseilla à al Nejm de ne pas donner suite car cela ressemblait à une opération de la CIA d’autant que le fait que les bâtiments qui descendaient le Golfe sans être inquiétés ne fit que renforcer sa conviction.

7 dollars le baril

La transaction suivit son cours et 7 chargements de pétrole eurent lieu entre le 18 février et le 19 mars 2003 par le biais d’une société des frères Shaheen, la Millennium for the Trade of Raw Materials and Mineral Oils. Cette société privée agissait en qualité d’agent de la Jordanie selon un pouvoir signé par le ministre jordanien de l’Energie, Mohammed Batayneh. Il était convenu qu’il n’y aurait aucun contrat écrit avec les Irakiens et que le pétrole serait vendu à un prix extrêmement bas soit 7 dollars le baril. Les paiements seraient effectués par avance sur les comptes de la SOMO en Jordanie.

Millennium affréta ses 4 cargos auprès d’un courtier, Odin Marine, aux Etats-Unis. Le 7 février 2003, Odin Marine informa Millennium qu’il avait expliqué aux propriétaires des bâtiments qu’aux points de contrôle de la Coalition, un bateau de cette dernière les escorterait vers l’Irak et retour. Une totale discrétion sur le port de chargement devait être de mise.

La Navy complice

Le 13 février 2003, le capitaine du navire Argosea accosta au port de Khor al Amaya pour la première fois depuis 1980 et emplit ses cuves. Le 16 février, la SOMO recevait sur ses comptes en Jordanie la somme de 6.979.991 dollars et d’autres dépôts se succédèrent par la suite. Argosea enleva un million de barils de brut et poursuivit sa route vers Fujrairah dans les Emirats Arabes Unis sans encombre puisque, selon Millennium, «  La marine américaine vous interpellera pour une inspection, mais ils sont déjà au courant de votre passage et de votre itinéraire ».

Du fait que Khor al Amaya partageait le même pipeline avec Mina al Bakr, le port légal, le chargement de l’Argosea entraîna une chute du volume de pétrole pour les cargos de l’ONU dans le cadre du Programme en cours de chargement. Ce qui inquiéta Peter Boks, le directeur de Saybolt, la société chargée par les Nations Unies du contrôle du pétrole. Informés, les forces de surveillance, le « Marlo » (office de liaison US), annoncèrent ne faire « aucune objection » au chargement à Khor al Amaya.

Benon Sevan, le directeur exécutif du Programme, les représentants des Etats-Unis et de la Grande- Bretagne au sein du Comité 661 furent alertés des pratiques à Khor al Amaya, en vain. Cependant, un certain nombre de sociétés se plaignit de la concurrence déloyale qui leur était faite par des sociétés qui ne respectaient pas les règles de l’ONU ou la structure de prix.

Plus tard, le pétrole enlevé illégalement fit son apparition sur le marché et Exxon, Shell entre autres furent l’objet d’incitation à l’achat mais elles furent averties que l’achat de ce pétrole hors Programme Pétrole contre nourriture était interdit.

Certains observateurs de l’ONU en place trouvèrent étrange que les forces de surveillance dans le Golfe Persique, si promptes d’habitude à réagir à toute contrebande de pétrole, gardaient le silence sur cette affaire. Aucune réponse ne leur fut apportée à la non-intervention des forces militaires.

53 689 232 dollars sur un compte irakien en Jordanie

Le 21 février 2003, le Wall Street Journal publia un article très détaillé sur la question, et fut suivi par une série de papiers de journaux spécialisés. M. Shaheen assura al Njem qu’il ne devait pas se soucier car le gouvernement US était au courant et qu’il n’y aurait pas d’autre publicité sur ce sujet. Millennium continua d’enlever du brut sans aucune intervention des forces militaires au grand étonnement de la Middle East Economy Survey : « en dépit de la publicité, (les bâtiments ) ont pu descendre le Golfe sans être appréhendés par l’immense flotte de bateaux appartenant aux Marines des Etats-Unis et de leur alliés qui s’est assemblée en prévision de la guerre en Irak ? ».

En raison des risques encourus, le gouvernement de Jordanie accorda sa garantie pour tous les dommages qui pourraient être causés aux cargos affrétés pour enlever le pétrole à Khor al Amaya. Et alla même jusqu’à signer une lettre d’indemnité au propriétaire de l’un des cargos selon laquelle «  nous confirmons que cette cargaison est une marchandise légitime, légale et autorisée en vertu des résolutions de l’ONU et du droit international ».

Selon la SOMO, Millennium paya un total de 53 689 232 dollars au gouvernement irakien qui fut transféré sur un autre compte de la Banque de Jordanie au nom de la Banque Centrale d’Irak.

Le Pentagone refuse de s’expliquer

Une partie du pétrole fut vendue en Egypte, peut-être au Yémen. Un courtier essaya de vendre le pétrole pendant des mois, mais sans l’approbation de l’ONU et la documentation adéquate, les banques refusèrent de fournir des lettres de crédit et les autorités douanières en refusèrent l’entrée.

Les gouvernements de Jordanie et des Etats-Unis ont nié toute conduite frauduleuse et – malgré le degré avec lequel ces transactions ont directement affecté le pétrole retenu pour le Programme – ont déclaré que ces transactions à Khor al Amaya n’entraient pas dans le champ d’investigation de la Commission. «Ces chargements ont précédé de peu l’Opération Liberté pour l’Irak.  Nous ne ferons aucun commentaire sur des opérations militaires spécifiques, mais nos actions sont cohérentes avec notre politique générale » (Lettre à la Commission du 29 avril 2005 ; interviews avec des officiels jordaniens, le 8 juin 2005).

G.M

« Business as usual ! » :

Comment les Etats-Unis violaient les résolutions de l’ONU

A l’époque où ces transactions illicites ont été effectuées, le prix du baril était d’environ 24 $. On estime que le pétrole, acheté au noir à 7$ le baril par Millenium, a été revendu autour de 18$. On aimerait connaître les noms de tous les intermédiaires américains, jordaniens ou irakiens impliqués dans cette affaire, et le montant des commissions et rétro-commissions faramineuses qui leur ont été versées. Une enquête sur ce scandale confirmerait – preuves à l’appui – que la Navy a violé les résolutions de l’ONU, et notamment la 986, en achetant du pétrole irakien au marché noir pendant les 13 ans d’embargo, via des sociétés écrans contrôlées par la CIA, et que de hauts responsables américains en ont tiré profit.

G.M

REVUE DE PRESSE

· "Pétrole contre nourriture" :

Un scandale peut en cacher d’autres

par Alain Gresh (Le Monde diplomatique – 10/8/05)

(…) Une énorme documentation publique sur le programme « pétrole contre nourriture » existe depuis 1996. On y trouve tous les renseignements nécessaires, notamment la liste de tous les articles fournis à l’Irak chaque semestre. Cette liste, comme toutes les transactions irakiennes, était soigneusement établie par le comité du Conseil de sécurité chargé de la mise en œuvre des sanctions, composé de représentants du Conseil de sécurité et fonctionnant par consensus. Aucune décision n’était possible sans l’aval des Etats-Unis qui, avec le Royaume-Uni, ont bloqué des contrats pour des centaines de millions de dollars, sous prétexte que certains produits risquaient d’être utilisés pour un programme d’armes de destruction massive — dont on sait maintenant qu’il n’avait d’existence que dans l’imagination des stratèges de Washington. Le programme était donc sous contrôle étroit et si des failles ont existé, les Etats-Unis portent au moins une responsabilité équivalent à celle des Nations unies (1).

On pourrait aussi parler du détournement, par la communauté internationale, de dizaines de milliards de dollars, à travers le fonctionnement de l’United Nations Compensation Committee (UNCC), installée à Genève (2). Sous prétexte de dédommager ceux qui avaient souffert de l’invasion irakienne, cette commission, largement manipulée par Washington, a prélevé jusqu’à 30% des recettes pétrolières de l’Irak pour « rembourser » des sociétés aussi pauvres que la Kuwaiti Oil Company. Un déboursement de 200 millions de dollars a été effectué en… avril 2005, deux ans après la chute de Saddam Hussein et alors que le gouvernement irakien mendie désespérément des crédits.

Mais le scandale le plus criant n’a suscité la création d’aucune commission d’enquête. L’adoption de sanctions contre l’Irak en août 1990 et surtout leur maintien après la libération du Koweït en 1991, ont eu des effets dévastateurs dont l’Irak payera encore très longtemps le prix. Si les médias ont mis souvent en avant les difficultés du pays à se procurer de la nourriture et des médicaments — y compris après le début du programme « pétrole contre nourriture » en 1996 —, ils ont sous-estimé les conséquences destructrices des sanctions sur la société irakienne elle-même. (…)

Une autre dimension concerne les conséquences des sanctions sur la population elle-même. L’émigration d’une partie des couches moyennes — qui avait déjà commencé avant 1991, les gens fuyant la brutalité de la dictature —, s’est accélérée. Le pays s’est vidé de ses cadres. Le système d’enseignement, qui couvrait jusqu’alors la totalité des jeunes, a vu ses élèves déserter : il fallait travailler pour subvenir aux besoins de la famille. Ainsi a grandi une génération de quasi analphabètes… Le système universitaire a été coupé de tout lien avec l’étranger ; le simple envoi d’une revue scientifique était interdit par le Comité des sanctions. Le pays a pris un retard de quinze ans qu’il n’est pas prêt de rattraper.

(…) Même s’il ne faut pas sous-estimer, dans cette faillite, la volonté des Etats-Unis de truster tous les contrats de reconstruction. Remettre en route l’électricité aurait nécessité de faire appel aux firmes allemande (Siemens) et suédoise (ABB), qui avaient mis en place le réseau moderne électrique de l’Irak ; pour le téléphone, il aurait fallu se tourner vers Alcatel (France), qui avait installé les réseaux et connaissait le terrain. Mais Washington voulait punir les gouvernements de la Vieille Europe. Et aussi assurer des contrats juteux à quelques sociétés qui financent le Parti républicain.

Notes : (1) Lire Joy Gordon, « La droite américaine diffame les Nations unies », Le Monde diplomatique, février 2005. (2) Lire « L’Irak paiera ! », Le Monde diplomatique, octobre 2000.

Texte intégral : http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/petrole/

AFI-Flash n°0 (23 août 2003)

Menace de mort contre le Secrétaire général

des Amitiés franco – irakiennes

Dépôt d’une plainte contre X à Rennes

et courrier à Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur

Déclaration:

A mon retour de vacances, j’ai trouvé dans ma boite aux lettres une enveloppe à mon nom contenant une balle de 22 LR. Elle était accompagnée du message suivant: « La prochaine n’arrivera pas par la poste ». Le courrier avait été posté le 21 juillet à Rosny sous Bois, en Seine- Saint Denis.

En 30 ans de militantisme en faveur de la politique arabe du Général de Gaulle, on m’a parfois insulté ou diffamé, voir agressé, mais c’est la première fois qu’on me menace de mort.

Cette lettre a été rédigée, selon moi, dans les milieux extrémistes pro israéliens ou néo-nazis qui collaborent maintenant avec eux, et qui ne s’en prenaient jusqu’ici qu’aux militants de la cause palestinienne. Les perspectives nouvelles qu’offre à Israël le renversement du gouvernement baassiste à Bagdad ont placés ceux qui s’opposent aux Etats-Unis dans leur ligne de mire.

Le lancement le 19 mai par les Amitiés franco- irakiennes d’un « Appel pour la libération des Irakiens séquestrés par les troupes d’occupation américaines en Irak » les a rendu très agressifs: piratage du site Internet de l’association, campagne de diffamation sur le Web montée par un auteur de romans policiers, envois répétés de virus à mon adresse courriel, chantage par téléphone à l’encontre de certains signataires de l’appel … Et enfin: menace de mort.

Impressionnées par les coups de téléphone qu’elles recevaient, des personnalités nous ont demandé de retirer leur signature de l’appel. Nous l’avons fait sans commentaire. Mais rien n’empêchera l’Association des Amitiés franco- irakiennes de poursuivre sa campagne pour exiger la libération des Irakiens détenus illégalement, de soutenir les divers mouvements de résistance, de réclamer – comme le demande le Président Chirac – le départ des troupes américaines d’Irak et leur remplacement par une force de paix de l’ONU, ainsi que l’instauration d’un Etat irakien indépendant et démocratique.

Pour ma part, j’ai porté plainte contre X pour « Menace de mort » le lundi 11 août au commissariat de mon quartier à Rennes, et adressé le 12 août un courrier au sujet cette affaire à Monsieur Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur.

(Ce communiqué a été notamment repris par l’AFP, l’Associated Press, Ouest-France,

Le Télégramme, 20 minutes)

AFI-Flash n°54 (27 janvier 2006)

MENACES DE MORT PRO – ISRAELIENNES

Raphaël Schoemann sera jugé le 11 mai 2006

En 2002 et 2003, douze personnes connues pour leur engagement « pro-palestinien » ou pour avoir critiqué la politique israélienne (1), ont reçu des menaces de mort sous la forme de coups de téléphone anonymes ou d’une lettre contenant une balle de 22 Long Riffle assortie d’un message inquiétant : « La prochaine n’arrivera pas par la poste ».

Coup de couteau au ventre

Bien qu’étant considéré plutôt comme « pro-irakien » en raison de mon combat contre l’embargo, contre l’agression puis l’occupation de l’Irak, je me suis retrouvé fin juillet 2003 parmi les destinataires du courrier. Je me suis dit que désormais tout ce qui était lié à l’Irak devenait une priorité d’Israël. J’ai porté plainte contre X, bien que pensant à l’époque que la police n’arrêterait jamais l’auteur des menaces.

Je me trompais. Le coupable, un certain Raphaël Schoemann, a été appréhendé en février 2004 et est passé aux aveux. Le procès aura lieu le 11 mai prochain. On dit que l’agression le 7 avril 2002 à Paris d’un commissaire des Renseignements généraux – un coup de couteau au ventre donné par un extrémiste de la Ligue de Défense Juive (LDJ) lors d’une manifestation pro-israélienne « contre le terrorisme et l’antisémitisme » – est à l’origine de l’intérêt porté par la police à cette affaire.

« Sanayim » ou « chemise jaune » ?

Selon une source proche du dossier (2), Raphaël Schoemann est « un homme froid et décidémarqué par l’expérience de ses parents, internés à l’arrivée des nazis en Allemagne ». Les enquêteurs ont trouvé chez lui un nombre considérable d’armes – carabine, pistolet, revolver, fusil d’assaut – des cartouches de différents calibres, un réducteur de son et une lunette de visée laser de nuit. De quoi assassiner à titre d’exemple, et discrètement, les intellectuels qu’il accuse de propager « des thèses négationnistes et antisémites », sous couvert de critiques de l’armée israélienne. Malgré la gravité des faits, il a été laissé en liberté provisoire. Heureusement pour lui qu’il ne s’appelle pas Mohamed, sinon il était bon pour le quartier de haute sécurité !

Raphaël Schoemann, âgé alors de 64 ans, serait retraité d’une société d’import-export. Toute la question est de savoir – mais je doute qu’on veuille y parvenir – s’il a agi seul ou dans le cadre d’un plan d’intimidation israélien, si c’est un « sanayim », nom donné aux supplétifs recrutés par le Mossad dans la diaspora (3), ou pire une « chemise jaune » de la LDJ. Cette organisation internationale raciste fondée par le Rabbin fanatique Meir Kahane – assassiné en 1990 – a perpétré plusieurs attentats et meurtres aux Etats-Unis et en Israël avec des 22 LR, son arme de prédilection (4). Elle est dénoncée partout – y compris en Israël – comme terroriste… sauf en France où elle a pignon sur rue sous des noms d’emprunt.

19/1/06 Gilles Munier

Texte paru dans le courrier des lecteurs d’ « Afrique Asie » de janvier 2006

(1) Eyal Sivan, Isabelle Coutant-Peyre, Ginette Hess-Skandrani, Maria Poumier, Lucien Bitterlin, Monique Chemiller-Gendreau, Alain Lipietz, Gilles Munier, José Bové, Annie Coussemant, Mondher Sfar, Jean-Claude Willem. – (2) Le Parisien Libéré (24/5/04) – (3) Mossad ; un agent des services secrets israéliens parle, par Victor Ostrovsky (Presses de la Cité) – (4) Les chemises jaunes , par Simon Epstein (Calmann-Lévy).

Sur la Ligue de Défense Juive: http://fr.wikipedia.org/wiki/Ligue_de_d%C3%A9fense_juive

Dans la ligne de mire !

Quelle n’a pas été la surprise du rennais Gilles Munier, secrétaire général des Amitiés franco- irakiennes, de découvrir dans son courrier, à son retour de vacances, une enveloppe contenant une balle de 22 LR accompagnée du message : « La prochaine n’arrivera pas par la poste » ! Le courrier avait été posté le 21 juillet à Rosny-sous-Bois, en Seine- Saint-Denis.

Il a porté plainte contre X pour « Menace de mort » le 11 août, et demandé à Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, d’intervenir « avec fermeté » contre les expéditeurs de la lettre qui, selon lui, n’en sont pas à leur coup d’essai. En effet, depuis un an, une dizaine de personnalités intervenant sur le problème palestinien aurait reçu le même message, notamment José Bové et Lucien Bitterlin, président de l’Association de Solidarité franco- arabe. « En 30 ans de militantisme pour la politique arabe du général de Gaulle, j’ai été parfois insulté ou diffamé, voir agressé, dit-il, mais c’est la première fois qu’on me menace de cette façon. C’est sans doute parce que je dénonce l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis et que je soutiens la résistance ». Les auteurs, ajoute-t-il, sont à rechercher parmi les pro- israéliens les plus extrémistes, ceux qui coopèrent avec des néo-nazis.

Parallèlement aux investigations policières qui peuvent aboutir à un non-lieu, il compte mener sa propre enquête. « Il faut démasquer ces gens là avant qu’ils ne passent à l’action, sinon cela finira mal », et de remarquer : « La balle tirée sur le président Jacques Chirac lors du 14 juillet 2002 était aussi une 22 LR et le déséquilibré qui s’apprêtait à recommencer évoluait au sein de la nouvelle extrême droite française, aujourd’hui proche des néo-conservateurs américains ».

Article paru dans « 7 Jours » (Rennes, le 22/8/03) – AFI- Flash n°0 (23/8/03)

AFI-Flash n°55 (15 février 2006)

PETROLE

LE PILLAGE DU PETROLE IRAKIEN EST PRET

par Comaguer (extrait)

(…) … le jour même de l’arrivée de l’armée d’invasion US à Bagdad en mars 2003, le premier soin de l’envahisseur sera de prendre le contrôle du Ministère du pétrole et de s’approprier toute la documentation et l’information qu’il recèle. Ayant un mandat très précis, l’armée d’invasion laissera piller sans sourciller les autres ministères- tout comme les musées – mais celui du pétrole deviendra une forteresse imprenable et ses trésors ne tomberont pas entre « de mauvaises mains ».

Au nombre de ces trésors, les résultats des recherches géologiques, des forages effectués sur tout le territoire irakien constituent un véritable inventaire du potentiel pétrolier du pays. Potentiel énorme quand on sait que sur 80 champs pétroliers identifiés, seuls 17 étaient en exploitation avant l’invasion.
Il est donc possible de mettre en exploitation 63 nouveaux gisements et de hisser l’Irak à la première place des producteurs mondiaux.

Les compagnies pétrolières qui n’ignorent pas cette réalité ne dédaignent pas dans le même temps de semer l’inquiétude en parlant d’absence de nouveaux grands gisements dans le monde, d’une demande croissante bientôt impossible à satisfaire, des énormes appétits de la Chine et de l’Inde etc, etc…, discours connu qui a l’immense et immédiat avantage de faire monter les prix et les bénéfices.
La question qui se pose à la Maison Blanche, comme dans les états-majors des multinationales pétrolières, est donc de savoir qui va mettre la main sur la manne irakienne. Elle ne se pose d’ailleurs plus guère dans un pays gouverné par un pouvoir fantoche et occupé par une armée de plus de 200 000 hommes (militaires et mercenaires de tous poils) et les solutions mises au point dans la discrétion, avant d’être validées par le nouveau gouvernement irakien (qui sortira le 15 décembre des urnes comme un lapin d’un chapeau de magicien) sont très bien décrites dans le rapport.

La stratégie consiste à donner l’illusion que l’Irak n’est pas spolié et en même temps de s’assurer qu’aucun gouvernement irakien pour les décennies à venir ne pourra mette la main sur ce pactole. Une première mesure consiste à laisser la propriété et l’exploitation des 17 champs actuels aux nouveaux gouvernements régionaux institués par la nouvelle constitution. En pratique le pétrole de la zone Nord sera exploité par une société contrôlée par le gouvernement régional, gouvernement à dominante ou exclusivement kurde, et le pétrole de la zone Sud à une société contrôlée par le gouvernement à dominante chiite de cette région. La région du centre, autour de Bagdad, n’aura rien et les divisions ethnico-religieuses soigneusement entretenues par l’occupant et entérinées par la nouvelle constitution rendent très improbable un partage national de la richesse pétrolière existante ( sans oublier que la guerre, les destructions, les sabotages, n’ont pas permis à l’Irak de retrouver les niveaux de production d’avant l’invasion, loin s’en faut). Est donc ainsi mise en place un formidable outil de sécession économique.

La seconde mesure consiste à mettre en place un nouveau dispositif pour l’exploitation des 63 gisements nouveaux. Ce dispositif existe, est bien connu de l’industrie pétrolière internationale qui l’utilise en général pur l’exploitation de petits gisements dans des régions difficiles et dans des pays où le pouvoir politique central est trop faible et trop pauvre pour imposer autre chose que l’obtention d’un modeste bakchich. Il est souvent pratiqué par des « outsiders », sociétés pétrolières petites ou moyennes qui tentent leurs chances dans des zones à risque où les grandes hésitent à se lancer. Il est connu dans le monde pétrolier sous le nom de Production Sharing Agrement (PSA). Il s’agit d’un accord passé entre l’Etat, propriétaire du sous-sol et de ses ressources, et une société étrangère spécialisée à qui il confie pour des périodes longues (de 25 à 50 ans) l’exclusivité de l’activité productive et de ses revenus. Cette société de gérance investit, embauche, extrait, transporte, vend. Elle fait apparaître les réserves pétrolières qu’elle découvre dans son bilan alors qu’elle n’en est pas propriétaire mais ça fait monter le cours de ses actions en bourse. Elle fonctionne dans un cadre fixé pour toute la durée du contrat et intangible. Il est en effet stipulé que si jamais l’Etat venait à modifier des règles qui pénaliseraient le gérant, il en supporterait le coût. Exemple : si dix ans après la signature du PSA, l’Etat prend des mesures de protection de l’environnement qui entraînent des dépenses nouvelles pour le gérant, il doit compenser financièrement cette mesure nouvelle et rembourser au gérant les dépenses anti-pollution ainsi occasionnées ! Le fameux principe pollueur-payeur passe à la trappe ! Même chose en matière de nouveaux droits sociaux ! (…)

(*) Document présenté par Greg Muttit, le 26 mai 2005, à une réunion du syndicat des employés du pétrole à Bassora.

http://www.michelcollon.info/articles.php?dateaccess=2005-12-12%2012:54:43&log=invites

AFI-Flash n°56 (20 mars 2006)

Le Juge d’instruction Philippe Courroye

maintient l’interdiction faite à Gilles Munier

de se rendre à l’étranger, et notamment en Syrie

Le 21 février, Maître Jacques Vergès a transmis une lettre de Gilles Munier au Juge Courroye demandant la restitution de son passeport afin de pouvoir se rendre à Damas. Cette demande était justifiée par :

– son souhait de rencontrer diverses personnalités et obtenir des documents lui permettant de finaliser la rédaction d’un livre portant sur la situation au Proche-Orient,

– la poursuite de ses activités associatives – politiques et humanitaires – en faveur du peuple irakien,

– le besoin de trouver une activité rémunérée compatible avec son expérience, c’est-à-dire liée aux échanges internationaux franco-arabes.

Gilles Munier précisait, pour conclure, qu’il n’avait évidement «aucunement l’intention de trouver refuge en Syrie, ou ailleurs… ».

La réponse du Juge Courroye, datée du 27 février, a été la suivante :

(…) « Attendu que le placement sous contrôle judiciaire est toujours nécessaire au maintien de la personne mise en examen à la disposition de la justice ; qu’en l’espèce aucun élément n’est fourni permettant de justifier d’un déplacement impératif à l’étranger et notamment en Syrie…. Par ces motifs… Rejetons la demande de mainlevée partielle du contrôle judiciaire de la personne mise en examen, M. Gilles Munier ».

Sans commentaire, n’est ce pas !

Gilles Munier a fait appel de cette décision.

Comité de soutien (3 mars 2006)

AFI-Flash n°57 (11 avril 2006)

COMITE DE SOUTIEN A GILLES MUNIER

Interdiction d’aller en Syrie confirmée… pour l’instant

Communiqué :

Le 24 mars 2006, la Cour d’appel de Paris a confirmé l’ordonnance du Juge Philippe Courroye interdisant à Gilles Munier de sortir du « territoire national métropolitain »…

… « Considérant bien qu’il minimise son rôle, qu’il résulte de l’information des indices graves et concordants laissant présumer l’implication de l’appelant dans les faits correctionnels qui lui sont reprochés ;

Considérant que les obligations du contrôle judiciaire auquel a été assujetti Gilles Munier répondent à titre de mesure de sûreté et pour les besoins de l’information aux exigences de l’article 137 du code de procédure pénale ;

Que la Cour statue au regard des éléments de droit et de fait relatifs à l’appelant ;

Considérant que les investigations nationales et internationales se poursuivent notamment sur le degré d’implication de chacun des mis en examen et il est nécessaire d’éviter toute concertation avec les co-auteurs ou complices à identifier ainsi que toute pression sur les témoins qui sont susceptibles d’être entendus notamment dans les pays du Proche Orient dont la Syrie ; qu’il est également nécessaire d’éviter toute destruction de preuves ainsi dans le cadre bancaire ;

Considérant en outre que Gilles Munier ne déclare aucun emploi en France et sa représentation en justice doit être assurée alors que ses activités associatives sont orientées vers les pays du Proche Orient où il conserve de nombreuses attaches ; que la copie de la lettre du 17 mars 2006 d’un éditeur révèle que cet écrit a été établi postérieurement à l’ordonnance déférée et ne fait aucune référence à la nécessité d’un déplacement en Syrie ;

Que dès lors, la demande de l’appelant doit être rejetée et l’ordonnance confirmée… »

Gilles Munier adressera à la Justice une nouvelle demande motivant mieux qu’il ne l’a fait la nécessité pour lui de se rendre en Syrie pour effectuer des recherches lui permettant d’étoffer un ouvrage en cours de rédaction.

Par ailleurs, il a adressé au Juge Courroye une demande l’autorisant à se rendre en Italie en vacances avec son épouse.

(8/4/06)

AFI-Flash n°58 (9 mai 2006)

Comité de soutien à Gilles Munier

L’étau judiciaire se desserre-t-il ? Après avoir refusé que Gilles Munier se rende à Damas pour recueillir la documentation nécessaire à la rédaction d’un ouvrage sur les bouleversements politiques en cours au Proche-Orient, le juge Philippe Courroye l’a autorisé à sortir du territoire français – pour la première fois depuis octobre 2005 – pour prendre des vacances en Italie avec son épouse entre le 15 et le 31 mai.

Une nouvelle demande de voyage en Syrie sera déposée prochainement, si l’éditeur est toujours intéressé pour le projet présenté par Gilles Munier. En effet, l’interdiction du juge et sa confirmation en appel ont repoussé la parution éventuelle du livre de plusieurs mois… et par conséquent le versement d’une avance sur droits d’auteur sur laquelle il comptait pour lui apporter des revenus financiers.

Menaces de mort : procès le 11 mai

Le procès de Raphaël Schoemann qui a adressé des menaces de mort à des personnalités et de militants dits pro palestiniens ou pro arabes  – parmi lesquels Gilles Munier – se tiendra au Palais de Justice de Paris le jeudi 11 mai à partir de 13h30.

L’individu, qui reconnaît les faits, les accuse d’être des « antisémites » sous prétexte qu’ils critiquent la politique israélienne. Il ne s’agirait que de divagations d’extrémistes si la police n’avait pas découvert à son domicile un arsenal de guerre : armes avec réducteur de son et visée laser, caisses de munitions.

L’instruction n’a pas été menée sérieusement. La plupart des victimes n’a pas été entendue par le Juge. Certaines lui auraient sans doute fait part de leurs soupçons concernant l’appartenance de Raphaël Schoemann à la « Ligue de Défense juive » et demandé de vérifier que l’arsenal découvert chez lui n’était pas un des dépôts clandestins de cette organisation terroriste et raciste.

Notons que malgré la dangerosité du personnage, la Justice n’a pas jugé bon de l’incarcérer. Il n’a même pas été placé en garde à vue. Il a simplement été mis en examen… et laissé en liberté provisoire.

Personnes ayant reçu des menaces de mort : Eyal Sivan, Isabelle Coutant-Peyre, Ginette Hess-Skandrani, Maria Poumier, Lucien Bitterlin, Monique Chemiller-Gendreau, Alain Lipietz, Gilles Munier, José Bové, Annie Coussemant, Mondher Sfar, Jean-Claude Willem.

(1/5/06)

Revue de presse

AFFAIRE SCHOEMANN (AFP)

PO-Israël-France-justice-menaces
Prison avec sursis pour avoir posté des balles à des personnalités


PARIS, 22 juin 2006 (AFP) – Un homme de 65 ans, Raphaël Schoemann, a été condamné à 10 mois de prison avec sursis jeudi par le tribunal correctionnel de Paris pour avoir envoyé des lettres de menaces accompagnées de balles de 22 Long Rifle à des personnalités réputées proches de la cause palestinienne.

Parmi les personnalités destinataires de ces courriers figuraient notamment José Bové, Alain Lipietz (Verts), l’avocate du terroriste Carlos, Me Isabelle Coutant-Peyre ou le cinéaste israélien Eyal Sivan.

M. Schoemann a également été condamné à verser un euro de dommages-intérêts aux dix personnes visées qui s’étaient constituées partie civile et à rembourser 5.000 euros de frais d’avocats. Sa condamnation est assortie d’un sursis avec mise à l’épreuve de trois ans.

Au cours de l’année 2003, M. Schoemann, qui affirme avoir été déporté à l’âge de deux ans, avait envoyé une quinzaine de balles, accompagnées de fiches bristol sur lesquelles on pouvait lire "la prochaine n’arrivera pas par la poste".

Lors de l’audience du 11 mai, il avait affirmé avoir voulu pousser les personnalités visées à "au moins à assagir leurs propos" sur Israël.  "J’ai été exaspéré de l’hypocrisie de ces gens qui prennent soi-disant position pour le peuple palestinien alors que c’est nous qu’ils visent ici", avait-il affirmé, qualifiant les parties civiles d’"antisémites".

Me Coutant-Peyre, présente à la lecture du jugement, a dénoncé "l’absence d’indemnité des victimes qui ont été menacées de mort".

Autre partie civile, Gilles Munier, secrétaire des amitiés franco-irakiennes, a dénoncé une décision "deux poids, deux mesures" ajoutant que "lorsque vous être Breton, Corse ou musulman, vous allez en taule".

Me Coutant-Peyre et Gilles Munier ont l’intention de faire appel sur le montant des dommages-intérêts.

fmi/lbx/spi

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Les balles et lettres de menace d’un retraité obsédé par l’antisémitisme

LE MONDE | 12.05.06 | 15h53  •  Mis à jour le 12.05.06 | 15h53

Douze balles envoyées par courrier, accompagnées d’un bristol anonyme portant cette phrase : "La prochaine n’arrivera pas par la poste." Douze parties civiles étaient présentes au procès de Raphaël Schoemann, qui comparaissait devant le tribunal correctionnel de Paris, jeudi 11 mai. Les propalestiniens radicaux voisinaient avec quelques figures des réseaux franco arabes, notamment Gilles Munier, secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes. Les personnalités, parmi lesquelles le député européen (Verts) Alain Lipietz, le dirigeant altermondialiste José Bové ou le cinéaste israélien Eyal Sivan, s’étaient fait représenter.

C’est un mail envoyé à l’une des parties civiles qui a permis de remonter jusqu’à ce retraité de 65 ans, marié et père de deux enfants, au casier judiciaire vierge, qui voulait s’en prendre à des personnes qu’il estimait "antisémites" en raison de leurs écrits sur le conflit israélo-palestinien. Raphaël Schoemann signait ses mails "Nadine Mouk", une formule qui signifie en arabe dialectal : "Maudite soit la religion de ta mère."

Le prévenu ne conteste pas les faits. "J’ai choisi mes victimes en raison de leurs liens avec l’extrême droite, déclare-t-il. Ils se sont tous livrés à des déclarations à caractère antisémite. J’ai essayé de saisir la Licra. Sans résultat. Je ne voyais pas d’autre issue. Mais cela n’a pas suffi. Ils n’ont pas assagi leur propos."

"Je n’avais aucune intention de passer aux voies de fait, surtout avec des armes", assure-t-il. Pourtant, des armes à feu, les enquêteurs en ont trouvé chez Raphaël Schoemann : un véritable arsenal, et notamment un fusil à répétition SIG et un revolver Smith et Wesson, deux armes interdites à la vente en France et acquises illégalement en Suisse, en décembre 2003, quelques mois après l’envoi des courriers. "J’utilisais ces armes pour tuer des nuisibles dans la propriété de mes parents, ou dans mon club de tir", se défend le prévenu.

"Nous avons frôlé un massacre, du genre de la tuerie de Nanterre", estime Me Mylène Stambouli, avocate d’Alain Lipietz. "A partir du moment où l’on prend des positions aussi tranchées sur le conflit israélo-palestinien, on prend le risque de recevoir des menaces de cet ordre", avance l’avocat de la défense, Me David Sellam.

Le parquet a requis douze mois de prison avec sursis, avec obligation d’indemnisation des victimes. Jugement le 22 juin.

Xavier Ternisien

AMITIES FRANCO-IRAKIENNES

AFFAIRE DES 12 PERSONNALITÉS MENACÉES DE MORT

PAR UN FANATIQUE PRO-ISRAÉLIEN

Raphaël Schoemann n’est condamné qu’à 1 euro

pour ses menaces et la possession d’armes de guerre !

La justice française est-elle à géométrie variable ?

Déclaration de Gilles Munier, Secrétaire général:

Le 22 juin, Raphaël Schoemann, 65 ans, coupable de « menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, détention sans autorisation d’arme ou munition de catégorie 1 ou 4 » a été condamné par la 10ème Chambre correctionnelle de Paris à 10 mois de prison avec sursis et à verser … 1 euro symbolique de dommages et intérêts à ses « cibles ». Il avait adressé à douze personnalités (*) une balle de 22 Long Rifle accompagnée d’un bristol portant la mention : « La prochaine n’arrivera pas par la poste ». Lors de son arrestation, la police avait découvert à son domicile un véritable arsenal.

Ce verdict est scandaleux. Il fait douter du sens des responsabilités de la justice française et de son indépendance à l’égard de certains lobbies, en l’occurrence du lobby israélien.

La sentence est humiliante pour les victimes et leurs familles : 1 euro symbolique, ce n’est pas cher payé pour la vie d’une personne, et c’est vraiment faire peu de cas de l’anxiété causée par ces menaces.

La détention d’armes de guerre non déclarées et introduites clandestinement en France par Raphaël Schoemann n’a pas été jugée comme elle l’aurait été si le prévenu était Breton, Corse, Basque, musulman… ou s’il s’était tout simplement appelé M. Dupont.

La justice française est-elle à géométrie variable ? Comment expliquer un tel verdict ? Suffit-il d’exciper de sa religion, d’un traumatisme causé – étant bébé – par un séjour dans un « camp de concentration nazi », pour que soit absout l’envoi de menaces de mort à des intellectuels ou des militants accusés d’« antisémitisme» ?

Pourquoi le juge de Thévenard a-t-il bâclé l’instruction ? Si des menaces de mort et des balles de 22 LR avaient été adressées à des membres de la communauté juive, il n’aurait pas hésité à qualifier le délit d’acte terroriste. Or, dans cette affaire, il n’a même pas entendu les victimes pour éviter, semble-t-il, que des questions gênantes le contraignent à enquêter sur des dossiers sensibles. Raphaël Schoemann a été simplement mis en examen et laissé en liberté sans caution, malgré les armes de guerre non déclarées et les munitions trouvées chez lui.

Qui protège Raphaël Schoemann ? Qui a décidé d’étouffer l’affaire ? Il faut craindre que ce verdict fasse des émules. Dans un courriel adressé le 11 février dernier, Schoemann me faisait comprendre que les extrémistes juifs étaient intouchables et que le pire pouvait m’arriver. La cour n’en a pas tenu compte. Si un jour des terroristes « obsédés par l’antisémitisme » passent à l’acte – ne serait-ce que pour être pris au sérieux, comme ils l’ont fait aux Etats-Unis et en Israël lors d’assassinats signés par la Ligue de Défense Juive (LDJ) – la justice française en portera une part de responsabilité.

Dans l’espoir que les questions posées par ce verdict ne demeurent pas sans réponse – et par principe – j’ai fait appel à l’encontre des dispositions du jugement rendu le 22 juin.

Rennes, le 26 juin 2006

(*) Eyal Sivan, Isabelle Coutant-Peyre, Ginette Hess-Skandrani, Maria Poumier, Lucien Bitterlin, Monique Chemiller-Gendreau, Alain Lipietz, Gilles Munier, José Bové, Annie Coussemant, Mondher Sfar, Jean-Claude Willem.

AFI-Flash n°60 (17 juillet 2006)

Procès Schormann

La justice française est-elle à géométrie variable ?

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Raphaël Schoemann n’est condamné qu’à 1 euro

pour ses menaces de mort

et la possession d’armes de guerre !

Le 22 juin, Raphaël Schoemann, 65 ans, coupable de « menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, détention sans autorisation d’arme ou munition de catégorie 1 ou 4 » a été condamné par la 10ème Chambre correctionnelle de Paris à 10 mois de prison avec sursis et à verser … 1 euro symbolique de dommages et intérêts à ses « cibles ». Il avait adressé à douze personnalités (*) une balle de 22 Long Rifle accompagnée d’un bristol portant la mention : « La prochaine n’arrivera pas par la poste ». Lors de son arrestation, la police avait découvert à son domicile un véritable arsenal.

Ce verdict est scandaleux. Il fait douter du sens des responsabilités de la justice française et de son indépendance à l’égard de certains lobbies, en l’occurrence du lobby israélien.

La sentence est humiliante pour les victimes et leurs familles : 1 euro symbolique, ce n’est pas cher payé pour la vie d’une personne, et c’est vraiment faire peu de cas de l’anxiété causée par ces menaces.

La détention d’armes de guerre non déclarées et introduites clandestinement en France par Raphaël Schoemann n’a pas été jugée comme elle l’aurait été si le prévenu était Breton, Corse, Basque, musulman… ou s’il s’était tout simplement appelé M. Dupont.

La justice française est-elle à géométrie variable ? Comment expliquer un tel verdict ? Suffit-il d’exciper de sa religion, d’un traumatisme causé – étant bébé – par un séjour dans un « camp de concentration nazi », pour que soit absout l’envoi de menaces de mort à des intellectuels ou des militants accusés d’« antisémitisme» ?

Pourquoi le juge de Thévenard a-t-il bâclé l’instruction ? Si des menaces de mort et des balles de 22 LR avaient été adressées à des membres de la communauté juive, il n’aurait pas hésité à qualifier le délit d’acte terroriste. Or, dans cette affaire, il n’a même pas entendu les victimes pour éviter, semble-t-il, que des questions gênantes le contraignent à enquêter sur des dossiers sensibles. Raphaël Schoemann a été simplement mis en examen et laissé en liberté sans caution, malgré les armes de guerre non déclarées et les munitions trouvées chez lui.

Qui protège Raphaël Schoemann ? Qui a décidé d’étouffer l’affaire ? Il faut craindre que ce verdict fasse des émules. Dans un courriel adressé le 11 février dernier, Schoemann me faisait comprendre que les extrémistes juifs étaient intouchables et que le pire pouvait m’arriver. La Cour n’en a pas tenu compte. Si un jour des terroristes « obsédés par l’antisémitisme » passent à l’acte – ne serait-ce que pour être pris au sérieux, comme ils l’ont fait aux Etats-Unis et en Israël lors d’assassinats signés par la Ligue de Défense Juive (LDJ) – la justice française en portera une part de responsabilité.

Dans l’espoir que les questions posées par ce verdict ne demeurent pas sans réponse – et par principe – j’ai fait appel à l’encontre des dispositions du jugement rendu le 22 juin.

26 juin 2006 Gilles Munier

(*) Eyal Sivan, Isabelle Coutant-Peyre, Ginette Hess-Skandrani, Maria Poumier, Lucien Bitterlin, Monique Chemiller-Gendreau, Alain Lipietz, Gilles Munier, José Bové, Annie Coussemant, Mondher Sfar, Jean-Claude Willem.

AFI-Flash n°63 (29 août 2006)

REVUE DE PRESSE

« Pétrole contre nourriture » :

un vrai faux scandale planétaire ?

par René Guyon (Afrique Asie – juin 2006)

La révélation, en octobre 2004, de « détournements » par des pays, entreprises et personnalités de la résolution 986 du Conseil de sécurité de l’ONU, dite « Pétrole contre nourriture », a peut être servi d’écran à un autre scandale autrement plus important : près de la moitié du pétrole irakien vendu sous l’embargo n’était pas destiné à soulager les misères du pays mais à payer des dommages de guerre, en compensations de préjudices plus ou moins fictifs. Mais le vrai scandale est là : un embargo meurtrier et illégal, institué en 1991 en dépit de la libération du Koweït. Les dénonciations tous azimuts posent une question : par-delà la volonté d’escamoter les vraies responsabilités de la tragédie irakienne, le but n’est-il pas, en dernier ressort, d’éliminer un certain nombre de concurrents des Etats-Unis ?

On reproche aux personnalités impliquées d’avoir usé de leurs relations avec des responsables irakiens, dont Tarek Aziz, l’ancien chef de la diplomatie en Irak, pour faciliter la signature de contrats – vente de produits alimentaires ou achats de pétrole – avec l’Irak. En contrepartie, elles auraient reçu des bons de pétrole à leur profit. Or, en France, ces rétributions relèvent du délit de corruption « active et passive » de personnalités étrangères, depuis une loi de 2002 qui aligne le droit français sur des normes américaines, paradoxalement soucieuses de « moraliser » le commerce international…

De leur côté des entreprises sont poursuivies pour avoir versé des rétro-commissions au gouvernement irakien en échange de contrats. Jusqu’à l’invasion de 2003, ce système imposé ouvertement par Bagdad n’a visiblement gêné personne. Chaque contrat était minutieusement épluché et agréé par le Comité des sanctions. C’est donc au vu et au su de tous qu’il a fonctionné, bénéficiant en particulier aux majors américaines qui achetaient le pétrole de Saddam sous couvert de société de courtage russes, françaises, anglo-américaines…

Curieusement, seules les opérations effectuées sous le contrôle draconien du Comité des sanctions sont aujourd’hui suspectées, tandis que la partie immergée de l’iceberg – marché noir et contrebande – pourtant largement documentée dans le rapport Volcker, ne fait l’objet d’aucune investigation. Mieux : toute velléité d’enquête se heurte à un mur de la part de l’administration américaine ou de l’US Nayy, impliquée dans l’affaire « Millennium » (1).

(…)

La machine juridique lancée par les Etats-Unis, à travers l’ONU, dont le secrétaire général Kofi Annan, est personnellement impliqué dans le scandale – par le biais de son fils et au moins deux de ses conseillers – , pourrait demain s’attaquer à Dominique de Villepin, voire Jacques Chirac. Ils pourraient être accusés, au même titre que l’Australien Howard, d’avoir couvert les « détournements ». (…)

(1) NDLR : Lire « Affaire Millennium : Qui osera inculper Donald Rumsfeld et George Tenet ? », AFI-Flash n°53 du 21/12/05.

AFI-Flash n°85 (17 avril 2008)

Où en est l’«Affaire Pétrole contre nourriture » ?

« Depuis 3 ans, la « justice » m’ interdit de sortir de France

et de travailler normalement… »

Il y a longtemps que l’« Affaire Pétrole contre nourriture » ne fait plus parler d’elle. Certains pensent même qu’elle est enterrée, que ma « mise en examen » est un vieux et mauvais souvenir. Il n’en est rien.

Depuis 3 ans, je suis assigné à résidence en France pour avoir « violé une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU ». Il m’est toujours interdit de sortir du territoire français métropolitain, sauf autorisation d’un juge qui ne l’accorde que si la demande lui semble justifiée. Encore faut-il que je dise où je veux aller, pourquoi, et que je précise mes dates de départ et de retour. Je circule avec un « Avis de mise en liberté » à présenter en cas de contrôle de police.

Le juge ne m’a autorisé qu’à aller en vacances à l’étranger avec mon épouse – à deux reprises en trois ans – mais refusé les déplacements à caractère politique ou dans un but professionnel. Je n’ai pas pu aller en Syrie, au Liban ou au Yémen pour les besoins d’un ouvrage que je voulais consacrer au jeu américain dans la région (Plan Grand Moyen-Orient), malgré l’attestation fournie par un éditeur. J’aurais pu, selon la « justice », en profiter pour me « concerter avec des complices », « détruire de documents »… Comme si, de nos jours, les moyens de communication : téléphone (pas sur ma ligne, bien sûr), Internet (dans un cyber-café), webcam, ne permettaient pas de s’entretenir avec un maximum de discrétion au-delà des frontières.

Depuis que le juge Courroye a clôt son instruction en juin dernier, cet argument – fallacieux – ne tient plus. Je ne serai jugé que sur les documents contenus dans mon dossier. Alors, pourquoi ne me restitue-t-on pas mon passeport ? Pourquoi suis-je un des seuls – parmi la vingtaine de personnes impliquées dans cette affaire – à qui la « justice » refuse le droit de circuler, y compris dans l’espace Schengen ? Pourquoi m’empêche-t-elle de travailler normalement ?

Dans les démocraties occidentales – autoproclamées exemplaires – on n’emprisonne généralement pas pour des idées. S’inspirant de pratiques anglo-saxonnes, la « justice » s’en prend – quand c’est possible – aux moyens de subsistance de ceux dont les idées et les activités politiques déplaisent. Ainsi, mon épouse a dû verser – à grand mal – 50 000 euros de caution pour que je reste en liberté … surveillée.

En m’assignant à résidence en France, la « justice » m’interdit d’écrire de façon plus documentée, et plus objective à mon sens, sur des sujets que je connais bien : la résistance irakienne, la situation des réfugiés irakiens, les manoeuvres occidentales de déstabilisation de la Syrie et du Liban. Cela équivaut à m’interdire de gagner ma vie de ma plume. Comme en temps de guerre – mais ne sommes nous pas en guerre contre le « terrorisme » ? – les activités rédactionnelles et associatives engagées non contrôlées sont assimilées à de la déviance politique, voire à de l’intelligence avec l’ennemi.

Je souhaite évidement que la date du procès de l’« Affaire Pétrole contre nourriture » soit fixée au plus vite et qu’il n’ait pas lieu dans dix ans comme c’est souvent le cas pour les affaires dites sensibles. Si l’objectif était de réduire au silence les partisans de la politique arabe de la France, de faire chanter des hommes politiques des chefs d’entreprises, ce jour là – avec Jacques Vergès, mon avocat – nous ne nous tairons pas. Le procès sera celui de la politique américaine au Proche-Orient, de la veulerie de certains hommes politiques occidentaux, ce sera celui du génocide du peuple irakien.

Gilles Munier

AFI-Flash n°94 (juillet-août 2008)

Gilles Munier enfin autorisé à se rendre à l’étranger…

Mi- juin, après une nouvelle démarche effectuée par Maître Vergès, la juge Xavière Siméoni, qui gère le dossier de l’affaire « Pétrole contre nourriture », a restitué son passeport à Gilles Munier, secrétaire général des Amitiés franco-irakiennes, et a levé l’interdiction qui lui était faite de voyager à l’étranger (y compris dans l’espace Schengen!).

Depuis plus de 4 ans, et bien que l’instruction de cette affaire – instruite par le juge Philippe Courroye – soit terminée depuis deux ans, il lui était en effet interdit – pour des motifs politiques inavoués – de sortir du territoire métropolitain. Deux poids – deux mesures : les personnalités impliquées dans cette affaires avaient, pour la plupart, récupérées leur passeport depuis longtemps, notamment le patron de Total qui s’est rendu en Angola et en Syrie avec Nicolas Sarkozy.

Gilles Munier remercie tous ceux qui lui ont apporté un soutien moral ou financier, lui permettant de poursuivre ses activités. Reste le procès… sa date n’est toujours pas fixée. Le plus tôt sera le mieux. Il devrait permettre de dénoncer la manipulation montée par la CIA contre la politique arabe de la France et de désigner les responsables de l’embargo criminel dont a été victime le peuple irakien.

AFI-Flash n°106 (août-septembre 2010)

Affaire « Pétrole… sans nourriture »

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a annoncé le 19 juillet 2010 (1) que de « nombreux besoins » en nourriture, et en abris pour les « personnes déplacées »euphémisme utilisé pour désigner les Irakiens victimes des opérations de nettoyage ethnique organisées par les milices pro-iraniennes – prévus par son Plan d’action 2010 ne pourront pas être assurés, faute de moyens financiers. Extraits du communiqué :

– Les distributions de nourriture à 800.000 femmes enceintes et allaitantes et à des enfants mal-nourris ont dû être suspendues,

Les distributions de nourriture à 960.000 enfants allant à l’école ont également été suspendues,

Les conditions d’existence de 500 000 personnes affectées par la sécheresse dans les gouvernorats de Soulimaniya et Dohouk sont menacées,

Le plan d’action pour aider 22.500 familles déplacées vulnérables avec des abris d’urgence va devoir être suspendu. Des milliers de ménages vont devoir continuer à vivre dans des abris de fortune, sans pouvoir se protéger des conditions climatiques extrêmes.

Où passe l’argent du pétrole ?

Sept ans après l’invasion de l’Irak et le renversement du Président Saddam Hussein, le régime de Bagdad rongé par la corruption (2) quémande toujours des fonds à des pays donateurs, mais avec de moins en moins de résultat. Cette année, sur 187,7 millions de dollars requis pour la mise en œuvre du plan humanitaire de l’ONU, seulement 12% des promesses de financement ont été honorés. Et pour cause : selon Hussein al-Sharistani, ministre du Pétrole, les revenus pétroliers irakiens se montent à 171 milliards de dollars pour la période 2006 /2009. L’Irak produit aujourd’hui 2,5 millions de barils de brut par jour. Question : où passe l’argent du pétrole ?

A Bagdad et à Erbil (Région autonome du Kurdistan), les contrats dits de reconstruction sont signés avec des entreprises étrangères en fonction des avances sur commissions qu’ils génèrent. Tant pis si les travaux ne sont pas réalisés, pour des raisons de sécurité ou pour engagements non tenus (3). L’inculpation récente de Tarek Aziz pour « dilapidation des deniers publics »décision prise sans doute pour relancer l’affaire « Pétrole contre nourriture » et faire chanter des personnalités étrangères – ne trompe pas les Irakiens qui savent que l’argent du pétrole engraisse les comptes bancaires ouverts dans des paradis fiscaux par les politiciens et les chefs de milices parvenus au pouvoir en 2003.

Paru le 21 juillet sur le blog « France-Irak Actualité » – http://www.france-irak-actualite.com

Notes :

(1) Iraq : le manque de fonds menace la distribution de l’aide alimentaire

http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=22456&Cr=Iraq&Cr1=

(2) L’Irak est un pays les plus corrompus au monde, selon l’ONG Transparency International (rapport 2009).

(3) Lire : Sarkozy et le commerce franco-irakien / Arnaques et pièges en tous genres

http://www.france-irak-actualite.com/pages/Sarkozy_et_le_commerce_francoirakien_avril_2009-1982461.html

(4) Irak : quand le pétrole assure des revenus juteux

http://www.leblogfinance.com/2010/07/irak-quand-le-petrole-assure-des-revenus-juteux.html

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