Par Chérif Abdedaïm, le 2 janvier 2013
La scène syrienne se présente désormais comme un échiquier où chacun joue son rôle. Des grandes puissances à leurs pions, les bras de fer n’en manque pas.
Alors ? Commençons par ces hordes qui s’entredéchirent pour un éventuel leadership ne constituant, en fait, qu’un feu de paille dans les stratégies des maîtres du jeu.
Les récentes infos nous apprennent que ce n’est pas le gouvernement qui a tué le chef rebelle syrien Abou Djamel. Ce fut la bagarre pour son butin. Le motif de son meurtre repose dans un grand entrepôt d’Alep, que son unité avait saisi une semaine auparavant. Ce bâtiment était rempli d’acier laminé, saisi par les combattants comme butin de guerre.
Mais des disputes se sont développées pour savoir qui prendrait la plus grosse part du butin et s’est ensuivie une querelle de chefs, avec menaces et contre-menaces les jours suivants.
Dans ce méli-mélo, on avait propulsé le cheikh Moaz Al Khatib à la tête de la présidence de la Coalition nationale syrienne, principal représentant de l’opposition pro-occidentale au gouvernement de Damas. Cet homme qui était jusque là totalement inconnu du public international est décrit par une intense campagne de relations publiques comme une haute personnalité morale sans attaches partisanes ou économiques. Toutefois, ce que les média mainstream feignent de signaler, c’est que le bonhomme est en réalité membre des Frères musulmans et cadre de la compagnie pétrolière Shell. Cherchez l’erreur !
« Les butins » sont devenus donc la principale motivation pour beaucoup d’unités alors que les chefs des bataillons cherchent à accroître leur pouvoir.
Ainsi, dans cette tragédie qui décime tout un peuple, on se retrouve dans une situation où les brigades de tueurs à gages « internationaux », adeptes de la décapitation et des attentats-suicides à la voiture piégée font le jeu du club des criminels de guerre, en l’occurrence, l’OTAN et ses marionnettes du Conseil de Coopération du Golfe.
Dans cet échiquier, la toute nouvelle Coalition Nationale des Forces Syriennes d’Opposition et Révolutionnaires semble gâtée par ses pourvoyeurs d’armes létales pour en finir avec le gouvernement Assad.
Ainsi, dans la guerre libyenne, le Qatar avait déchargé des tonnes d’armes « comme des bonbons » aux mercenaires libyens, et les conséquences anarchiques sont là. Des règlements de comptes et une anarchie qui a plongé le pays dans le chaos ; alors qu’au même moment, les rapaces continuent de pomper le pétrole au détriment du sang libyen. Qu’en serait-il pour la Syrie si demain le gouvernement Bachar tombait ? Apparemment, même si le Pentagone semble « mesurer » les risques, le Qatar continuera à décharger des tonnes d’armes en Syrie sans se soucier des massacres sectaires abominables qui pourraient être perpétrés. Pour l’instant, Washington continue de déplacer ses pions en attendant des jours meilleurs.
Cela dit, faudrait-il compter avec une Russie décidée à soutenir le gouvernement de Damas en dépit de la campagne médiatique dont elle fait l’objet de la part des « Amis de la Syrie ».
Dans ce contexte, avec sa puissance en déclin, Washington n’a pas pu conserver la Russie en dehors de l’OMC. Le congrès a montré son impotence en ferrant la normalisation du commerce avec la Russie avec ce qui est appelé « la règle de Magnitsky ». Pour rappel, Sergeï Magnitsky était un avocat russe qui représentait une firme d’investissement britannique accusée de fraude fiscale en Russie. Apparemment, la firme britannique a donné des informations aux médias supputant une malversation du gouvernement et une corruption active au sein des entreprises d’état russes.
Toutefois, ce dernier avait plaidé qu’elle n’avait pas commis de fraude fiscale, mais qu’elle était en fait la victime d’une fraude. Arrêté par les Russes, Magnitsky décède en prison. Et voilà qui va permettre au Congrès américain, agissant sur la supposition infondée que Magnitsky fut torturé et assassiné, d’épingler la loi sur la normalisation du commerce avec une provision qui requiert le gouvernement américain de diffuser une liste d’officiels du gouvernement russe qu’on croit ou imagine être impliqués dans la violation des droits de l’Homme de Magnitsky et de geler les avoirs de ces membres du gouvernement russe ainsi que de leur refuser tout visa pour voyager aux Etats-Unis.
Considérant la croyance abusive de Washington de ce que sa loi est la loi universelle de l’humanité, Washington s’attend, plus que probablement, à ce que chaque pays mette en pratique ses édits ou soit sanctionné à son tour.
Le gouvernement russe trouve « la règle Magnitsky » amusante. Voilà le gouvernement russe accusé sans l’ombre d’une preuve, d’une mort par torture, tandis que Washington baigne dans les morts par torture d’Abu Graïb à Guantanamo Bay en passant par les centres de torture secrets de la CIA et les attaques par drones et sans relâche, d’enfants jouant au football, de cérémonies de mariage, d’enterrements, de cliniques médicales, d’écoles, de fermes et de travailleurs sociaux. La preuve a été faite que Washington a torturé à mort un nombre d’individus et à fait faire de fausses confessions, ainsi que d’avoir fait exploser des milliers d’innocents décrits dans les rapports comme des « dégâts collatéraux ». Personne, sauf Washington et ses laquais, ne nie ceci. Mais un seul faux pas présumé russe contre les droits de l’Homme, amène un acte sérieux du congrès, le tout sur la supposition de la violation des droits d’un avocat russe.
Ainsi, pour reprendre l’expression d’un analyste : « Washington est comme le poivrot dans un bar qui cherche la bagarre ». Washington crâne, mais la Russie et la Chine ne vont plus s’embarrasser avec un freluquet financièrement exsangue et militairement complètement étiré.
Les dernières nouvelles de l’échiquier nous informent sur l’envoi du destroyer américain Mahan doté de système de défense antimissile vers les côtes syriennes ; alors qu’en contrepartie, le grand navire russe « Novotcherkassk » a quitté la base navale à Novorossiïsk et se dirige vers le port syrien de Tartous.
Et la partie continue…
Chérif Abdedaïm