La Nouvelle République du 10/06/09
En fouinant dans mes archives, j’ai retrouvé ce cocktail que j’ai publié dans La Nouvelle République en juin 2009. Le sujet traitait du fameux discours d’Obama au Caire.
Petit rafraîchissement des mémoires qui expliquerait peut-être, ce coup de “foudre” américain pour les islamistes…
Impulsion lyrique, lieu symbolique
La semaine écoulée a été marquée par le discours d’Obama à l’université Al-Azhar du Caire. L’heure n’est pas à la préparation du discours, ni à se demander par qui, comment, pourquoi et dans quel intention a-t-il été rédigé ; du moment que les services de la communication de la Maison-Blanche nous ont «rassurés» dès le départ qu’Obama serait «le fondateur d’une nouvelle ère». Tant mieux. Mais à scruter de près ce discours, qui a ébahi beaucoup de gens, dont certains ont même jubilé, l’entre-ligne nous révélerait beaucoup d’indices d’un show habilement filé à l’image d’une campagne promotionnelle. La synthèse à retenir pour les mémoires défaillantes serait que les États-Unis ne considèrent plus l’islam comme l’ennemi et souhaitent établir des relations d’intérêt mutuel avec les Etats musulmans. Un discours à tendance «théologique» comme l’atteste le choix du lieu qui n’est pas aléatoire.
Carence affective ?
Belle et longue introduction. Préambule hollywoodien par son impact émotionnel ; marqué par l’histoire paternelle. Féru d’histoire, surtout en relatant l’apport de la civilisation musulmane au monde, il avait donné l’impression du grand amour retrouvé. Identiquement aux scènes hollywoodiennes sur la diversité culturelle.
Reconsidérer cette image étatsunienne que son prédécesseur avait terni au cours de ses deux mandats, telle serait l’intention avec son appel «amoureux». A cet effet, certains observateurs pensent que l’establishment washingtonien a soutenu la candidature de Barack Hussein Obama pour des raisons stratégiques. «Le prénom musulman du président, comme sa couleur de peau, sont des arguments pour convaincre les peuples de l’Empire que le pouvoir qui les domine leur ressemble. Lorsqu’elle avait étendu son empire, la Rome antique avait fait de même en choisissant ses empereurs dans des contrées lointaines, tel Philippe l’Arabe qui était un Syrien. Il fut empereur de Rome de 244 à 249, la sauvagerie des légions n’en avait pas été changée».
Adversaire du jour, adversaire de toujours
Maintenir ce courant de lutte contre le terrorisme faisait partie également de cette symphonie magistrale sous le son d’un violon qui semblait bien accordé. Evidemment, toutes les oreilles n’ont pas la même perception auditive. Mais comme l’assemblée semble apprécier, ne gâchons pas la fête. Qu’est ce que «la guerre globale au terrorisme» ? Depuis une éternité, le monde peine à entendre cette composition sous le même son de cloche, et voilà qu’Obama qui reprend imprudemment la même rhétorique. Si l’on se base sur le raisonnement de ses prédécesseurs, sa pensée reste dyadique, mais l’index s’est déplacé ; car l’islam n’est pas mauvais, mais ceux qui s’en réclament, à tort, le sont.
Mais monsieur le président, l’histoire récente nous rappelle que depuis huit ans, Washington s’efforce de construire un adversaire à sa taille. Après le bloc communiste, c’est l’islam. A contrario, si ni les communistes, ni les musulmans ne sont les ennemis, contre qui les États-Unis sont-ils en guerre ? Réponse du président : «Al-Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd’hui encore sa détermination à commettre d’autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d’élargir son rayon d’action. Il ne s’agit pas là d’opinions à débattre – ce sont des faits à combattre». Et si l’on posait le problème d’une autre façon en disant que ce ne sont pas là des faits incontestables, mais des diatribes qui doivent être débattues.
Méli-mélo
Mais monsieur le président persiste et signe : «Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu’au dernier, si nous avions l’assurance que l’Afghanistan et maintenant le Pakistan n’abritaient pas d’éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d’Américains. Mais ce n’est pas encore le cas.» Une simple références aux statistiques des civils afghans et pakistanais assassinés par les troupes US et leurs alliés aurait évité au président de se mêler les jambes dans un cercle aussi vicieux. Il avance que les ennemis ne sont pas les musulmans en général, mais une poignée d’individus non représentatifs, puis il revient à la charge en affirmant que cette poignée d’individus doit être combattue en livrant des guerres contre des peuples musulmans. C’est tout le problème : Washington voudrait être l’ami des musulmans, mais a besoin d’un ennemi pour justifier ses actions miliaires, et pour le moment, il n’a pas trouvé de bouc-émissaire de remplacement.
Mais au fait qui a marqué l’histoire par ses actes belliqueux, cette poignée d’individus où les forces étatsuniennes ?
Voila donc quelques points d’un discours chaud en émotions, en amour, et nécessitant… de la clarté.
Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République du 11-06-2009