Les Espions de l’or noir. De Napoléon aux révolutions arabes : la grande saga du pétrole. Tel est le titre de cet ouvrage de 356 pages, signé Gilles Munier. Un document de première main. Nouvelle édition revue et complétée après une première en 2009.
L’auteur ayant suivi sur place le conflit irako-iranien, les deux guerres du Golfe avec leur cortège de victimes par centaine de milliers, y lit-on. Des tragédies qui n’ont rien à voir avec la propagation de la démocratie, de la liberté et des droits de l’homme. Point d’orgue de son inspiration, ce constat fut donc le déclic pour l’auteur afin de remonter au début des fièvres du pétrole. Ainsi, nous dévoile-t-il l’étonnante saga des espions de l’or noir. Rivalités internationales pour le contrôle de la route de l’Inde, émergence des Etats-Unis en puissance mondiale, et l’entrée en scène des espions dont les portraits sont brossés habilement par l’auteur. Des espions de Napoléon et l’Intelligence Service du Kaiser Guillaume II et d’Adolphe Hitler, du groupe Stern, de la CIA et du Mossad, dont les activités ont précédé ou accompagné les grands carnages humains des XIXe et XXe siècles. Une galerie sulfureuse où le lecteur croise des personnages célèbres, mais insoupçonnés, dont Lawrence d’Arabie, Gertrud Bell, Sir John Philby ou Kermit Roosvelt ; mais aussi d’autres figures moins connues et tout aussi inquiétante, tels que Sidey Reilly, William Shakespeare ; Marguerite d’Andurain ou encore Conrad Kilian. Ainsi, avant d’entamer cette saga, Munier prend le soin d’éclairer son lecteur sur ces figures dans un bref rappel intitulé Qui est qui ? Des pistes, des informations liminaires pour faciliter la compréhension au lecteur. «On dit que l’argent n’a pas d’odeur, le pétrole est là pour le démentir» (Pierre Mac Orlan). Une odeur sans doute sentie dans ces révoltes arabes, sur lesquelles l’auteur revient dans son introduction à cette deuxième édition, et leur corrélation avec les manipulations secrètes de l’Occident. «La politique de la canonnière, abolie en 1907, a été remplacée par celle du porte-avion, les espions classiques par des journalistes complaisants et d’organisations humanitaires pervertis», souligne l’auteur. Un ordre des choses changeant dans sa forme alors que son fond demeure toujours cette «croisade occidentale» pour le pétrole. Une «croisade» qui ne date pas d’aujourd’hui, puisqu’elle débute avec la période napoléonienne et le «Grand Jeu». «Des espions de Napoléon, précurseurs du «Grand Jeu» , une partie où sont mis en évidence les enjeux et la rivalité franco-britannique pour la conquête de l’Inde. «Le rêve inabouti de Bonaparte a été, pour l’auteur, l’amorce de ce «Grand Jeu» qui opposa la Grande-Bretagne à la Russie durant la seconde moitié du XIXe siècle puis les Alliés à l’Allemagne au cours des deux guerres mondiales». Période présentant ses similitudes avec les dernières guerres du pétrole en Irak et dans le Caucase. Dans cette ruée macabre, «des jeux de vilains» accompagneront cette armée d’espions dans le Caucase, en Asie Centrale, au Proche et Moyen-Orient ; sans pour autant oublier le jeu politique et les hostilités ouvertement déclarées pour la spoliation des ressources pétrolières. De l’invention du Moyen-Orient à la marche allemande vers l’Orient pétrolier, aux éternelles rivalités franco-britanniques et l’armada des tueurs à gages économiques, le lecteur ne risque pas de s’ennuyer, tant l’ouvrage est écrit dans un style clair, simple, où déferle un flot d’informations historiques, dont les personnages principaux, dignes des romans d’espionnage, nous rappellent ces thrillers avec leurs intrigues surprenantes, mais aussi leur «charisme» et leurs complots sur un fond de toile «top secret» Enfin, un livre qui nous dévoile, les soubassements de ces luttes secrètes aux sources de cette tragédie humaine provoquée par la convoitise de l’or noir. Pour rappel, Gilles Munier est écrivain, journaliste indépendant, collaborateur du magazine Afrique Asie. Outre Les espions de l’or noir, il a également publié Guide de l’Irak et dirigé la traduction de Zabiba et le roi, roman de Saddam Hussein.
Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République du lundi 30janvier 2012
http://www.lnr-dz.com/pdf/journal/journal_du_2012-01-30/lnr.pdf