Du feed-back sur les «révoltes » tunisienne et égyptienne, aux mouvements sociaux européens, à la situation actuelle en Syrie, avec l’implication directe ou indirecte de la Russie et de l’Iran et des puissances occidentales, La Nouvelle République à fait le point avec Serge Charbonneau ex. réalisateur-monteur à Radio-Canada et passionné par la politique internationale.
La NR/ D’après vos informations, comment l’opinion canadienne perçoit-elle les événements qui secouent le monde arabe ?
Serge Charbonneau/ Votre question précise mériterait une réponse précise. Malheureusement, je n’ai aucun outil scientifique à ma disposition pour me permettre de répondre adéquatement. Je ne peux que vous livrer certaines observations pouvant indiquer un peu le pouls de la population canadienne.
Tout d’abord, le Canada n’a jamais aussi clairement été divisé. Ce Pays est en réalité composé de deux Pays franchement distincts. Le dernier résultat des élections fédérales canadiennes nous l’a clairement démontré. Le Canada anglais (surtout l’Ouest canadien [1]) a voté massivement pour le gouvernement réactionnaire et militariste de Stephen Harper tandis que le Québec a voté avec une unité rarement démontrée contre ce même gouvernement.
Il est clair que le Québec français ne partage pas du tout les attitudes belliqueuses faisant honte à l’ancien premier ministre canadien Lester B. Pearson fondateur des casques bleus. Les casques bleus, cette armée qui jadis avait pour mission de sauvegarder la PAIX [2].
Concernant les guerres de la très réduite et autoproclamée «communauté « internationale» qui a pris le contrôle de l’ONU, guerres qui sont réalisées, entre autres, par l’OTAN dans le monde arabe et auxquelles emboîte le pas notre (sic) Premier ministre Harper, l’opinion canadienne paraît divisée.
Cependant, il est évident que l’opinion canadienne et québécoise est tout à fait semblable à l’opinion occidentale dont les bases reposent sur cette information (sic) convergente et homogène relayée par les médias de masse.
L’opinion se construit en fonction de l’information. Peu de gens ont le temps et l’opportunité de pouvoir approfondir l’actualité. Le rapide bulletin de soirée ou les Unes des journaux de masse sont pour la majorité, les uniques sources d’information sur lesquelles ils et elles peuvent construire leur opinion.
Je constate que l’opinion québécoise est représentative des deux mondes médiatiques qui s’offrent à nous. Ces deux mondes si différents qu’on a l’impression qu’ils ne nous livrent pas l’information de la même planète.
Les personnes visitant les médias alternatifs ont plus d’éléments d’analyse que ceux victimes des caricatures simplistes (et efficaces) offertes de façon soutenue et répétée par les médias de masse.
[1] http://elections.radio-canada.ca/elections/federales2011/les_resultats/index.shtml
http://www.elections.ca/res/cir/maps/images/parlimap_41_f.pdf
[2] http://www.cerium.ca/L-annee-Pearson,2657
La NR/ Dans l’un de vos articles, vous dites que tous les citoyens conscients de la qualité de l’information doivent demander des comptes à leurs médias de masse, que ce soit en Amérique ou en Europe et partout au monde. En ont-ils les moyens et comment ?
Oui, j’invite les gens à dénoncer vertement la piètre qualité de l’information et surtout les manquements flagrants à la plus élémentaire des éthiques journalistiques.
Demander des comptes à nos médias de masse ! En avons-nous les moyens ? C’est une excellente question. A-t-on les moyens de nous faire entendre ? Comment ?
Deux cibles pour parvenir à faire valoir nos récriminations.
– Sensibiliser la masse.
– Faire appel à la fibre professionnelle des journalistes.
Sensibiliser la masse pour atteindre la fibre professionnelle des journalistes.
Viser la direction des médias est une lutte qui risque d’être perdue d’avance.
Il faut plutôt viser ceux qui portent les armes médiatiques (caméras, micros, plumes).
La direction des médias (ceux qui ont les $$$), contrôle avant tout la diffusion. Elle choisit ce qui passe et ce qui ne passe pas. Elle peut aussi licencier les soldats médiatiques récalcitrants. Par contre, sans ces précieux soldats médiatiques dociles (parfois de grands noms !) leur contrôle de la diffusion devient caduc. De plus, un déserteur des «mainstreams» dénonçant les dérives de son ex-employeur (médias de renom) deviendrait un atout fantastique pour redonner du lustre à l’information véritable et un souffle important au moribond 4e pouvoir. Pour parvenir efficacement à réactiver la fibre et l’éthique professionnelle des journalistes, il faut que ceux-ci soient interpellés par de nombreux citoyens. Il faut donc parvenir à sensibiliser la masse. A-t-on les moyens de se faire entendre ? Les moyens pour dénoncer cette mauvaise qualité de l’information paraissent bien minces ! « Mauvaise qualité » de l’information qui, dans certains cas, s’avère de la propagande idéologique flagrante. La première étape consiste à prendre clairement conscience de ces manquements inadmissibles [3].
La deuxième étape consiste à les dénoncer, et ce, avec des exemples édifiants afin de prouver ces forfaitures. Par quels moyens ? Bien sûr les sites alternatifs acceptent les articles dénonçant de façon éloquente ces dérives notables de l’information. Mais le lectorat de ces sites est généralement déjà sensibilisé à ce grave problème.
Il faut rejoindre les gens qui ne consomment que du titre et des «Unes». Ces gens dont l’opinion repose sur les 5 minutes du bulletin télévisuel du soir. Rejoindre ces gens est un défi de taille. On ne parle pas des médias «de masse» pour rien. Tous les politiciens véreux ont des liens étroits avec ces outils de conditionnement populaire et ce n’est pas « innocent ». Les masses médias sont de puissants outils et le citoyen peut difficilement s’en servir. (Le terme «outils» m’apparaît faible il serait plus adéquat de parler «d’armes»!) Il y a tout de même quelques brèches (très contrôlées). Plusieurs mass-médias offrent des sections commentaires. Dans la plupart des cas, on tente de maintenir cette section de discussion citoyenne à un niveau très bas. Un peu comme les lignes ouvertes des radio-poubelles.
En utilisant ces brèches offertes par les «mainstreams», on peut tenter d’aiguiller le «lectorat mass-média» vers les médias alternatifs et ainsi sensibiliser « la masse » de certaines dérives clairement observées. Sur ces blogs «mainstreams», on peut aussi tenter de passer outre la censure et publier des invitations à la réflexion sur des points flagrants de mauvaise information. Rédiger quelques mots bien appuyés par des documents édifiants et tenter de se faire publier.
Mais, le contrôle est sévère et la censure régulière. Le discours trop éloquent est rapidement ciblé et censuré. Mais parfois on parvient à émettre des observations éloquentes et on peut ainsi réussir à sensibiliser quelques personnes afin de contrer l’arme «mainstream» aiguillant le jugement populaire. Même censurées, nos dénonciations ne sont pas totalement perdues. Il est bon de faire savoir à ces manipulateurs de l’opinion de masse que nous ne sommes pas dupes malgré leurs efforts déployés. Les moyens au Québec? Notre Société Radio-Canada (SRC) qui nous offre un ombudsman. Bien que cette instance soit juge et partie malgré que l’on soutienne le contraire, elle offre tout de même un outil de protestation. («L’ombudsman est complètement indépendant(e) de la direction et du personnel de la programmation de Radio-Canada. Il/elle relève directement du président-directeur général de la Société et, par l’entremise de ce dernier, il/elle rend des comptes au Conseil d’administration.» [4] )
Dans ma lutte très personnelle pour l’obtention d’une information de qualité, j’ai eu recours plusieurs fois à l’ombudsman de Radio-Canada. Peu de mes requêtes ont été retenues et de celles examinées, peu de réprimandes ont été obtenues, quelques aveux tout au plus. [5]
Finalement, en résumé, il faut démontrer clairement que nous ne sommes pas dupes en mettant en lumière par tous les moyens ces méfaits journalistiques. Parallèlement, il faut tout mettre en œuvre pour restaurer le 4e pouvoir au service du citoyen en faisant appel au professionnalisme latent de chaque journaliste respectant son noble métier, l’information et les citoyens.
[3] Déformation de la réalité et des discours:
Exemple 1 –
Les contenus incriminants lorsque dénoncés sont rapidement éliminés:
La dénonciation immédiate suite à la nouvelle AFP:
http://www.youtube.com/watch?v=LMzHKebH6aY
AFP modifie sa nouvelle:
http://www.youtube.com/watch?v=hCxTICJT2AM
Dénonciation suite à la "correction" «partielle» faite par AFP
http://www.youtube.com/watch?v=JgVKjBjyw6I&feature=related
Invitation à voir complètement:
Discours intégral de Chávez et Ahmadinejad lors de leur rencontre à Caracas.
http://www.youtube.com/watch?v=6WhSf969R1A&feature=related
( À noter:
Lorsque les documents vidéo sont trop « révélateurs », ils disparaissent régulièrement.
Il est conseillé de les enregistrer sur son disque dur parce qu’il est possible que vous vous demandiez un jour si vous aviez rêvé, le document ayant disparu comme s’il n’avait jamais existé ! Pour exemple, la première adresse de cet exemple 1. )
Exemple 2 – Résumé de la première audience de Laurent Gbagbo à La Haye:
Comparution intégrale à voir complètement pour évaluer le résumé CyberPresse qui suit:
http://www.youtube.com/watch?v=mxW1XB0pJvc
Autre lien:
http://www.youtube.com/watch?v=YZZ3cnoMro4&feature=related
Résumé CyberPresse:
[4] http://blogues.radio-canada.ca/ombudsman/mandat
[5] http://www.legrandsoir.info/Honduras-l-ombudsman-de-Radio-Canada-rend-sa-decision.html
Autre exemple:
Monsieur Sylvain Racine, suite à l’étude de l’information concernant la folie du H1N1, a porté plainte à l’ombudsman de Radio-Canada:
Survol de la situation:
http://www.vigile.net/Radio-Canada-reseau-d-information
Rapport de l’Ombudsman de Radio-Canada:
http://www.radio-canada.ca/apropos/lib/v3.1/pdf/R%C3%A9vision%20D%C3%A9couverte%20H1N1.pdf
La NR/ Certains observateurs voient dans ces « révoltes arabes » la main cachée israélienne via les États-Unis; qu’en pensez-vous ?
La main cachée « israélienne »! Israélienne ! La main est cachée… elle peut être de n’importe qui cette main ! Chose sûre cependant, il y a des mains cachées et elles sont puissantes. Pensons à des dossiers comme le 11 septembre 2001, un dossier dont il ne faut surtout pas parler si l’on veut rester « crédible ». Ou alors si l’on en parle il ne faut faire référence qu’à la main cachée islamiste et le grand complot Al-Qaïda ! Autre point.
Parler de la main cachée israélienne qu’elle soit active ou pas dans ce printemps arabe ne pardonnerait pas. Quiconque désigne un peu trop Israël dans quoi que ce soit se voit automatiquement traité d’antisémite et dans bien des cas est poursuivi pour diffamation, atteinte à la réputation ou même pour propos raciste. Israël est intouchable.
Il existe tout de même certains textes assez courageux, pour exemple, celui de John Mearsheimer et Stephen Walt, «Le lobby israélien» ! Bien rédigé, bien documenté et, ma foi, assez troublant ! [6]
Concernant précisément le «printemps arabe», on entend souvent dire qu’Israël tirerait certaines ficelles. Il est impossible de démontrer une telle chose. Ni pour Israël, ni pour la CIA, ni pour la France et même pour le petit Canada du grand Stephen Harper qui, en passant, a le plus grand respect pour les politiques sionistes d’Israël.
Certaines puissances sont reconnues pour avoir souvent les mains cachées très actives dans certains conflits pouvant modifier les cartes du jeu géopolitique. Pensons à USAID ou la NED ou encore la CIA ou le MOSSAD qui ont les reins solides pour « aider » par différents moyens des groupes locaux.
[6] Première partie:
http://www.ism-france.org/analyses/Le-Lobby-Israelien-article-4470
Deuxième partie
http://www.ism-france.org/analyses/Le-Lobby-Israelien-suite–article-4471
Résumé:
http://www.vigile.net/Le-lobby-Israelien-par-John
La NR/ Pourrait-on envisager un jour ces soulèvements que connaît le monde arabe en Europe ? Si oui, quels en seraient les éléments déclencheurs : sociaux, économiques ou politiques ?
Mais qu’observe-t-on en Europe depuis quelques années ? [7] Toutes ces manifestations en Grèce, France, Angleterre, Irlande, Belgique, Espagne, Italie, Allemagne, Portugal.
Et en Amérique: le mouvement Occupy aux États-Unis et au Canada ainsi que le mouvement des Indignés au Québec.
Ces mouvements citoyens surgissent d’un ras-le-bol similaire à celui des citoyens des pays arabes. Les éléments déclencheurs sont un savant mélange des trois ingrédients mentionnés, soit l’économie qui engraisse les riches en faisant payer la classe moyenne et les pauvres, les injustices sociales qui en découlent et cette politique en habit démocratique, où le citoyen « ordinaire » n’a plus voix au chapitre.
Bien sûr, les médias mettent l’accent sur les «DICTATEURS», mais en fait, ce sont les conditions de vie qui se détériorent.
Dans nos pays occidentaux, malgré une détérioration notable de nos conditions de vie, nous avons encore suffisamment de confort et de restant de « démocratie » pour favoriser une certaine indifférence (le confort et l’indifférence). Par contre dans un pays comme la Tunisie ou ailleurs dans les pays du Maghreb (situation que vous connaissez beaucoup mieux que moi) si les conditions déjà précaires se détériorent, alors là on peut décider de s’immoler en pleine rue ! La difficulté de survivre devient insupportable et donne le courage d’affronter massivement n’importe quel gouvernement aussi répressif soit-il.
Mais, il y a printemps arabe et printemps arabe ! Ces manifestations populaires en Tunisie puis en Égypte ont désarçonné pour un temps les tireurs de ficelles. Nos analystes médiatiques habitués à nous livrer la bonne parole ont été déstabilisés. Ils ont été obligés, par l’ampleur du mouvement, à donner raison aux manifestants (ce qui ne fut pas le cas au Bahreïn, en Arabie Saoudite, en Europe et en Amérique). Par contre, on a récupéré assez rapidement cette saute d’humeur populaire.
En mettant l’accent sur les spectaculaires renversements des « DICTATEURS » (Ben Ali et Moubarak) on a pu en douce mettre en place de nouveaux pions cupides et dociles tout en faisant oublier tout le restant des réelles revendications des manifestants, soit un système économique et politique plus « humain ». On réclame partout que l’économie soit mise au service des Êtres Humains et que l’on cesse d’asservir les gens pour assouvir les prêtres de l’église économique capitaliste.
Mohamed Bouazizi ne s’est pas immolé pour obtenir la démission de Ben Ali, mais bien pour protester contre la confiscation par les autorités de son stand de vente de fruits et légumes [8]. Les gens sont sortis dans la rue pour protester contre cette injustice sociale. Injustice sociale devenue insupportable à cause de cette économie inflationniste qui fait payer les pauvres et de cet excès d’autoritarisme du gouvernement tunisien. Un ras-le-bol poussant à la révolte pacifique et «déterminée».
Les tireurs de ficelles ont rapidement compris que le changement de pion s’imposait. Ils ont donc opté pour le renvoi spectaculaire de Ben Ali et ont tout mis en œuvre pour n’éclairer que le « DICTATEUR » en nous faisant oublier le reste des réelles revendications de la rue. Même scénario en Égypte. Les médias mettent l’accent sur la répression de différents gouvernements. Une répression bien réelle, mais cette «focalisation» sur les «DICTATEURS» permet de changer les pions sans changer le système. Les populations arabes qui réclament des changements, réclament-elles un changement de pion ou un changement de système ?
Les Arabes demandent-ils de la démocratie de surface « made in USA » ou s’ils demandent comme les Européens et les Américains plus de respect, plus de dignité par un meilleur partage de la richesse mondiale ?
[8] 2010, un espoir est né…
2010 aura tout de même été une année où l’espoir est devenu permis. Il n’y a qu’à voir les multiples manifestations à travers l’Europe (Grèce [1], France [2], Angleterre [3], l’Irlande [4], Belgique [5], Espagne [6], Italie [7], Allemagne [8], Portugal [9]).
http://www.legrandsoir.info/2010-finit-2011-commence.html
La NR/ L’attitude de l’Europe à l’égard des événements qui secouent le monde arabe montre que la pensée stratégique occidentale demeure guidée par des considérations colonialistes et reste sous l’emprise des États-Unis. D’après vous les Européens ne se précipitent-ils pas vers un suicide politique ?
Suicide politique ? Les Européens ? Pas seulement les Européens. Suicide politique ou plutôt est-ce le sauvage système capitaliste qui s’écroule ?
À court terme et concernant la France, je crois que l’on peut dire que le président français, Nicolas Sarkozy pose des gestes suicidaires. La population française n’est sûrement pas aveugle devant ce retour au colonialisme flagrant (pensons, entre autres, à la triste Côte-d’Ivoire!) Notre système « démocratique » étant ce qu’il est, il est toujours possible que Nicolas Sarkozy soit réélu. Bush l’a déjà été et ici au Canada, Stephen Harper vient de l’être. Au Québec, notre premier ministre qui n’est pas vraiment très populaire l’a aussi été. La puissance de l’outil, que dis-je, de «l’arme» médiatique peut s’avérer surprenante.
Non, je crois que le terme suicide est inadéquat. Je crois plutôt que les puissances qui dominent le monde (comme l’Europe dominait et tente de dominer encore l’Afrique) ont poussé à la limite du possible leur domination. La brutalité utilisée (armée française en Côte-d’Ivoire, l’impériale et puissante OTAN en Libye et ailleurs) pousse à la révolte. On doit massacrer des populations entières pour parvenir à maintenir la domination. C’est la guerre des drones et des avions inatteignables contre des masses de population.
Non seulement les gouvernements européens sont en panique, mais tous les gouvernements capitalistes occidentaux dérivent vers une sorte de fascisme mondiale.
Les armes remplacent de plus en plus les urnes. Les urnes sont utilisées et considérées lorsque les tireurs de ficelles peuvent s’assurer de leur résultat.
La NR/ D’une part, la France met de la pression sur l’ONU notamment avec les récentes déclarations d’Alain Juppé qui a fustigé le « silence » des Nations-Unies en le qualifiant de « scandale ». D’autre part, elle a proposé une intervention sur une base prétendument humanitaire. Cela dit, on se retrouve dans la même situation qui a précédé l’intervention en Libye. D’après vous, cela serait-il faisable en Syrie compte tenu qu’on n’est pas dans les mêmes conditions ?
Peut-on bombarder la Syrie et assassiner son président aussi facilement qu’on l’a fait pour la Libye ? Non. Par contre, on emploie exactement la même recette que pour la Libye (recette aussi assez semblable à celle utilisée pour déloger Gbagbo (heureusement, il a eu la vie sauve) et placer un pion docile et surtout servile). L’arme médiatique est allègrement employée. La première étape consiste à bien faire haïr celui que l’on souhaite éliminer. Le mensonge répété constamment sert à obtenir le consentement populaire pour commettre des atrocités. (Un mensonge répété plusieurs fois avec insistance, assurance et constance finit par se transformer en « vérité » (sic) dans l’esprit des gens.)
Les atrocités commises comme celles de Côte-d’Ivoire et surtout celles contre la Libye sont qualifiées «d’humanitaires» ! (Des mois de bombardements massifs!)
Le cas syrien semble plafonner à cette étape: la préalable et intense campagne de haine contre celui à éliminer. Depuis déjà dix mois, cette campagne de haine contre le gouvernement Assad bat son plein. On nous sert quotidiennement du «DICTATEUR SANGUINAIRE TUEUR D’ENFANTS».
Je crois que l’opinion publique est prête depuis un bon moment. On pourrait passer à l’étape suivante, l’obtention du feu vert onusien pour le bombardement.Mais, il y a des os dans la moulinette ! De gros os comme la Chine et surtout la Russie. Il y a aussi l’expérience libyenne qui malgré que l’on crie réussite, demeure un échec épouvantable. Le black-out médiatique «mainstream» total concernant la Libye asservie est éloquent.
Le cas de la Libye fut pour une importante partie de la population un enseignement notable. L’hypocrisie a été ainsi mise en lumière. Aujourd’hui, une bonne partie de la population a pris conscience des mensonges qu’on leur sert sur le plateau de l’humanitaire, des droits humains, de la liberté et de la démocratie. Cette conscience populaire ainsi que la raideur des autres puissances qui voient cette marche vers la domination mondiale totale se diriger vers leur territoire font en sorte que la deuxième étape est beaucoup plus difficile à enclencher.
Si la folie des faucons est mise à exécution (bombardements «humanitaires» de la Syrie), le conflit risque d’être plus violent et de déborder des frontières syriennes. Les muscles militaires de la Syrie sont supérieurs à la Libye de Kadhafi qui était moribonde militairement. De plus, le positionnement géostratégique de la Syrie au Proche-Orient est nettement plus important que la relativement lointaine Libye.
Les raisons d’invasion de ces Pays ne sont pas les mêmes. Kadhafi a été assassiné pour éviter une sorte d’effet Chávez en Afrique. Tandis que pour la Syrie, on veut éliminer Assad pour faciliter le positionnement militaire dans l’optique d’une occupation élargie du Moyen-Orient. Il est évident qu’ici, Israël doit avoir la main cachée plutôt active. C’est «sa» région et ce sont «ses» (sic) territoires !
La NR/ Dans la guerre libyenne, certains observateurs ont souligné le rôle des services secrets occidentaux dans la préparation de l’insurrection ; en Syrie, on fait allusion aux escadrons de la mort. Cela supposerait-il qu’une attaque contre la Syrie est imminente ?
Parallèlement à l’intense campagne de propagande haineuse faite avec l’arme médiatique, on organise aussi différents groupes souvent très hétéroclites (comme en Libye) pour parvenir à déstabiliser au maximum le pays en semant la violence menant au chaos.
Par contre, comme je le disais dans ma réponse précédente, l’attaque est difficile à enclencher. De plus, certains joueurs s’invitent sur l’échiquier. L’Iran fait de la diversion et la flotte de guerre russe fait du tourisme dans la région.
Les tensions réelles ou médiatiques au sujet du détroit d’Ormuz changent probablement les stratégies militaires (mais là, les stratégies militaires… ouf, c’est bien loin d’être mon domaine!). Superficiellement on pourrait dire que les Iraniens mêlent les cartes militaires, mais le militaire est tellement bien informé par rapport à nous qu’ils peuvent sans doute prévoir le comportement iranien. Peut-être ont-ils fait en sorte d’obtenir ce divertissement iranien.
Peut-être aussi, les Iraniens ont décidé d’abandonner leur image «low profile» pour passer à des allures plus déterminées. La détermination iranienne est probablement soutenue par des muscles (russes et chinois) auxquelles l’Iran a pu s’allier. Notre monde a bien peu d’outils pour savoir ce qui se passe dans le monde du «Top Secret», là où les 007 de la CIA, du MOSSAD, de la DGES, etc. agissent. Vers où allons-nous ? Je crois que c’est vers la guerre [9]. Je ne sais pas quand et j’espère me tromper, mais notre monde a basculé dans un monde où les valeurs humaines sont piétinées et où les règles du savoir-vivre, même celles de la guerre (conventions de Genève) n’existent plus.
Je ne crois pas que l’attaque de la Syrie soit imminente pour les raisons dites précédemment, mais je crois que ceux qui veulent prendre le contrôle de la Syrie ne reculeront pas. Je crois que nous nous dirigeons vers un autre massacre, mais quand ?
[9] http://www.legrandsoir.info/2012-vers-ou-allons-nous.html
La NR/ « Au Proche-Orient, le régime syrien n’arrange pas les Occidentaux? » diront certains observateurs. Partagez-vous cet avis? Si oui, quel régime les arrangerait-il et dans l’intérêt de qui, d’après vous?
Il faut préciser dans quel sens le régime syrien n’arrange pas les Occidentaux.
Je crois que le régime syrien n’arrange pas Israël non plus. C’est le moins que l’on puisse dire. Début janvier on notait que «Le ministre israélien de la Défense Ehud Barak a pronostiqué devant la Commission des Affaires étrangères de la Knesset la chute imminente de Bachar el-Assad.» [10] Assad dérange Israël depuis des années avec ses pourparlers de Paix et de restitution du Golan. Assad est aussi peu enclin à se lier d’amitié avec les pions de Washington en Irak. Assad est un peu trop ami avec les militants palestiniens. En plus, Assad est « nationaliste », c’est un péché mortel dans la religion du libre-échange néolibéral.
On constate par ces quelques graves défauts (sic) (et il en d’autres) que Assad n’est pas tout à fait l’individu qui arrange ni les Occidentaux et ni Israël.
Il est clair que comme en Libye ou comme en Côte-d’Ivoire ou comme au Honduras et finalement comme partout, on aimerait bien remplacer ce président «nationaliste» déplaisant par un pion servile et docile qui marcherait selon les règles du FMI et de la BM tout en offrant son territoire aux bases protectrices et humanitaires des États-Unis ou encore de l’OTAN ce qui est assez semblable !
Les régimes qui arrangent le mieux les shérifs du monde du « bien », ce sont les « démocratures ». Ces dictatures en somptueux habits de démocratie qui vont voter cravate au cou et sourire aux lèvres, tout fier de poser devant l’urne qui pour eux ne livrera pas de secret. Ces « démocratures » qui utilisent les urnes quand ils sont sûrs du résultat de celles-ci. Ces « démocratures » qui ont des constitutions interdisant un deuxième mandat afin d’éviter d’être pris par un type comme Zelaya qui un coup élu devient moins docile et trop «nationaliste». Voilà le type de régime que l’on souhaite mettre en place en Syrie. Et comme la charia a été réhabilité et est devenue « modérée », les régimes religieux islamistes s’ils sont dociles et serviles, sont les bienvenus. La religion est un des bons outils pour contrôler l’humeur des populations. Ces régimes islamistes maintenant « modérés » peuvent eux aussi utiliser les urnes. La cravate occidentale n’est plus autant requise. (Pour exemple, Karzaï respectable sans cravate, car plus utile avec son image exotique et plus « crédible » (pour donner l’image d’être au service des Afghans et non au service de l’Occident).
[10] http://www.voltairenet.org/IMG/pdf/20120103_Revue_de_presse_22.pdf
La NR/ En Libye, quelques mois à peine du début de l’insurrection, on annonçait 6000 morts. En Syrie, on annonce déjà 5000 morts, n’assiste-t-on pas au même scénario de média-mensonges pour justifier une intervention militaire ?
Exactement. Il faut être aveugle ou avoir la tête profondément dans les sables bitumineux de notre (sic) Alberta pour ne pas voir cette réalité qui crève les yeux.
Les 6000 victimes des bombardements de Kadhafi aux commandes de ses avions de chasse sont aussi difficiles à trouver que les armes de destructions massives de Saddam et que les 5000 manifestants «pacifiques» tués en pleine rue par Assad avec des chars, des mitraillettes et bien sûr des snippers jouissants à tirer comme ça à la volée sur des hommes, des femmes et surtout des enfants. Oui, Assad tue des enfants pour s’accrocher au pouvoir ! Les mensonges même grossiers («viagra de Kadhafi» pour ne nommer que celui-là) font leur petit bonhomme de chemin dans le cerveau des braves gens. La répétition, la répétition, répétition… C’est une des clefs fondamentales de la propagande et du lavage de cerveau. Des méthodes toujours employées avec la même ardeur.
Toujours assez efficace, comme si les gens n’apprenaient jamais ! Mais lentement, on apprend. Le lavage de cerveau consiste à obtenir le consentement populaire pouvant permettre toutes les atrocités «humanitaires». Humanitaires ! [11]
[11] http://www.legrandsoir.info/Apres-avoir-ete-magnifiquement-conditionne-Une-autre-guerre-juste.html
La NR/ Apparemment, beaucoup de médias sont devenus un moyen de propagande et non d’information ; qu’en pensez-vous ?
Que pensez de AFP qui résume le discours humoristique d’Hugo Chávez qui, en compagnie d’Ahmadinejad sur le balcon de Miraflores, se moque sarcastiquement de ce que vont dire les médias ? [3] Chávez qui aime bien en mettre, se lance alors dans cette description apocalyptique d’une attaque que lui et Ahmadinejad lanceraient contre Washington. Avec geste grandiose à l’appui, il lance ses missiles humoristiques vers Washington. AFP utilise immédiatement des extraits de ce discours en s’appliquant à ne conserver que le sérieux des attaques. Le discours de dénonciation humoristique de la «propagande des médias» devient alors dans la bouche de la grosse locomotive AFP un discours belliqueux et menaçant. À voir le résumé AFP on court tous se réfugier dans nos sous-sols et on commande immédiatement un abri nucléaire parce que Chávez envisage même d’utiliser la bombe atomique que son chum iranien est en train de mettre au point.
À écouter AFP on envoie rapidement son fils s’enrôler pour défendre la démocratie et tuer au plus vite ce fou furieux qui menace «le monde libre».
Oui, bien évidemment les médias sont devenus des organes de propagande qui ne respectent plus la plus élémentaire des éthiques journalistiques. Nous sommes bien loin des dénonciations médiatiques de la guerre du Vietnam. De nos jours les journalistes sont dans le même lit que l’armée (embedded). Nous sommes bien loin du Watergate.
Le 4e pouvoir a disparu? Pas complètement, il reste tout de même le pouvoir de la presse alternative, mais malheureusement elle demeure « alternative » !
J’ai œuvré pendant près de deux décennies aux services de l’information de Radio-Canada. J’ai travaillé en lien très étroit avec plusieurs de ces grands journalistes radio-canadiens qui aujourd’hui ne semblent plus être l’ombre de ce qu’ils ont été. Leur discours suit le discours unique et ils ferment les yeux sur la réalité, même sur place avec l’odeur du cadavre qui les entoure. C’est un réel mystère pour moi. Je ne comprends pas comment des professionnels peuvent ainsi renier leur noble métier. Comment peuvent-ils ainsi démontrer autant de mépris pour l’information et autant d’irrespect pour leurs concitoyens dont ils ont « le devoir » de bien «informer». [11]
[3] Déformation de la réalité et des discours:
Exemple 1 –
Dénonciation suite à la "correction" «partielle» faite par AFP
http://www.youtube.com/watch?v=JgVKjBjyw6I&feature=related
Invitation à voir complètement:
Discours intégral de Chávez et Ahmadinejad lors de leur rencontre à Caracas.
http://www.youtube.com/watch?v=6WhSf969R1A&feature=related
Exemple 2 – Résumé de la première audience de Laurent Gbagbo à La Haye:
Comparution intégrale à voir complètement pour évaluer le résumé CyberPresse qui suit:
http://www.youtube.com/watch?v=mxW1XB0pJvc
Résumé CyberPresse:
[11] http://www.vigile.net/Le-mystere-des-journalistes
La NR/ Certains estiment qu’on assiste à une recolonisation de l’Afrique et du monde arabe au nom de ces supposées guerres humanitaires ; êtes-vous de cet avis ?
Colonisation. Recolonisation.Afrique.Monde arabe .Guerres «humanitaires».
Recolonisation de l’Afrique ? Je crois qu’il est préférable de parler de continuation de l’exploitation de l’Afrique. L’Afrique n’a jamais cessé d’être exploitée. Jamais.
Pour preuve sa pauvreté endémique. Incroyable tant de pauvreté dans un continent ayant tant de richesse. Il est clair que l’Afrique et bien sûr les Africains et les Africaines se font littéralement voler et exploiter. Tous ceux qui ont voulu faire cesser, ne serait-ce qu’un tout petit peu (comme Gbagbo) cette exploitation et ce vol des richesses africaines ont été assassinés ou mis hors d’état de nuire. L’Occident a éduqué des rois nègres [12] pour que leurs intérêts soient accessibles et protégés. Le livre «Noir Canada» d’Alain Deneault [13] nous décrit superbement cette exploitation actuelle de l’Afrique. Les exploiteurs en plus de n’avoir aucune considération ni pour l’Afrique, ni pour les Africains et ni même pour la vie humaine, sont très puissants. En effet le livre de M. Deneault a dû être retiré de la circulation. Vous pouvez étudier toute cette saga judiciaire en fouillant sur internet.
L’Afrique est exploitée, la colonisation a simplement « évoluée ». L’Afrique n’a jamais cessé d’être exploitée. La guerre de la Côte-d’Ivoire et surtout celle contre Kadhafi avait pour but de maintenir l’exploitation de l’Afrique. Les exploiteurs ont craint de la perdre comme ils ont perdu l’Amérique latine qui a une histoire tout à fait semblable.
(Esclavagisme en moins). Concernant le monde arabe, on change de créneau.
Nous entrons dans des considérations beaucoup plus complexes de contrôle mondial de l’énergie et de positionnement contre les autres grandes puissances potentielles et c’est sans parler de l’ingrédient sioniste. Pour moi, les guerres du Moyen-Orient (et prochainement Proche-Orient) n’ont pas les mêmes objectifs et les mêmes enjeux.
Par contre, la « trouvaille » de la «guerre humanitaire (sic)» et l’enfourchement du cheval de Troie des droits humains, de la démocratie et de la liberté sont utilisés exactement de la même façon. Cette recette d’ingérence et d’invasion est efficace dans toutes les circonstances.
[12] Georges Langlois dans son livre « À quoi sert l’Histoire nous fait une excellente description de cette créature modelée par les prédateurs occidentaux.
Roi nègre définition Wikipédia:
Un « roi nègre » désigne un potentat africain, peu enclin à appliquer les règles de la démocratie libérale, pratiquant la corruption, le clientélisme, le népotisme, les trafics divers et variés ; usant parfois de violences physiques à l’encontre de ses opposants et détracteurs.
[13] http://www.ecosociete.org/t117.php
La NR/ Au cas où la Syrie serait attaquée, jusqu’où les Russes pourraient-ils la soutenir ? D’après vous, s’engageraient-ils militairement quitte à provoquer une 3e guerre mondiale ?
Comme je le soulignais précédemment, mes connaissances en militaires sont nulles. Je n’ai aucune idée de jusqu’où les Russes pourraient aller.
Je crois que par ses mouvements de porte-avions et de navire de guerre, la Russie tend à démontrer une volonté de ne pas laisser faire une autre prise de contrôle par la réduite et auto proclamée «communauté internationale». Nous basculons lentement dans une guerre froide (aussi bien qu’elle reste froide) où l’équilibre de la terreur devrait calmer les assoiffés de sang et les prédateurs insatiables. J’ai dit en début d’année que nous nous dirigions vers de nouvelles guerres encore plus atroces que celles de 2011, mais j’ai aussi dit que je souhaitais ardemment me tromper. [9] Qui donc peut prévoir l’avenir?
Personnellement j’ai peur qu’on se dirige vers un conflit mondial. Mais ce sentiment est très émotif et n’est nullement basé sur des considérations militaires qui m’échappent totalement. Les militaires sont méthodiques, calculateurs et stratégiques. Les généraux, ceux qui contrôlent les robots programmés pour obéir sans poser de questions et surtout sans réfléchir par eux-mêmes, sont des joueurs d’échec calmes et possédant de grandes facultés. Ils tiennent compte d’une multitude de paramètres qui va de la météo à la capacité des forces adverses en passant par les liens pouvant se faire. Ils ont généralement plusieurs scénarios pour mettre en scène le «théâtre» de leurs opérations ayant toujours, bien entendu, un nom d’opération des plus puérils qui soient.
Une troisième guerre mondiale est-elle possible ? C’est à espérer que non, parce que voyez-vous la technologie n’est plus celle de 14-18 ou de 39-45. Nous sommes à l’ère des drones et de la tuerie faite du salon. Le temps des baïonnettes, des tranchées et des champs de bataille est révolu. La technologie a énormément changé, mais la stupidité humaine ne semble pas avoir été grandement modifiée ! C’est un peu alarmant !
La NR/ D’après vous cette campagne anti-iranienne est-elle légitime selon le droit international ?
Non. Absolument pas. Les pays sont-ils encore souverains ? L’ingérence des pays comme les États-Unis est devenue un fléau qui s’accentue.
L’Iran, ce pays qui n’a jamais attaqué qui que ce soit (en tout cas récemment, mes connaissances historiques sont peut-être déficientes concernant des attaques de l’Iran, mais à ma connaissance, à part la prise de l’ambassade US, ils n’ont jamais attaqué personnes depuis plusieurs décennies) a totalement le droit de développé la même technologie que plusieurs pays utilisent déjà. (Cela dit, sans vouloir faire la promotion de l’énergie nucléaire!). L’Iran réagit aux attaques, aux provocations et aux embargos de toutes sortes bien plus qu’elle ne menace.
ENTRETIEN REALISE PAR CHERIF ABDEDAIM, La Nouvelle République du samedi 21 Janvier 2012