Allo, c’est moi !
-Qui, çà !
-Le « Marre » de la contrée désolée.
-Ah, pardon, monsieur le « Marre ». A ma connaissance, c’est vous qui avez rompu le contact. Vous souvenez-vous de notre dernier entretien, lorsque vous nous avez sevré du dernier mot ?
-Ecoutez, il s’agit d’une panne téléphonique.
-Ok. Et que désirez-vous ?
– C’est juste pour vous informer que j’ai débuté ma « con-pagne ». Vous pouvez d’ors et déjà l’annoncer dans votre prochaine édition.
-Puisque l’occasion se présente, pouvez-vous nous accorder un petit entretien ?
Un court silence, on sent sa tachycardie au bout du fil. Ces gens là ont peur de la presse.
-Ok. Mais, juste un tout petit mot. Comme vous le savez, en « con-pagne », le temps est d’or.
-On ne savait pas que vous étiez « poète ». Voilà, un atout à ne pas négliger.
-Ecoutez, on ne va pas dévoiler tous nos atouts, mais pour l’instant ce que je voudrais dire aux « sous-toyens » de la contrée désolée, c’est que l’effort prioritaire en faveur du statut précaire des exclus, interpelle le « Si-toyen » que je suis et nous oblige tous à aller de l’avant dans la voie d’un processus allant vers plus d’égalité.
-Ah, que c’est beau !
-Laissez-moi, poursuivre SVP ! Donc, je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille pour clamer haut et fort que le particularisme dû à notre désolation inavouée a pour conséquence obligatoire l’urgente nécessité d’un avenir s’orientant vers plus de progrès et plus de justice.
-C’est fort !
-Bon, si vous m’interrompez une fois de plus, je raccroche. Donc, j’ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler ?) défendu l’idée que la nécessité de répondre à votre inquiétude journalière, que vous soyez jeunes ou âgés, doit nous amener au choix réellement impératif d’un avenir incertain. Euh, pardon, CERTAIN !
Par ailleurs, c’est en toute connaissance de cause que je peux affirmer aujourd’hui que l’acuité des problèmes de la vie quotidienne interpelle le « Si-toyen » que je suis. Et c’est en toute conscience que je déclare, avec conviction, que l’aspiration plus que légitime de chacun au progrès social, conforte mon désir incontestable d’aller dans le sens d’un projet, porteur de véritables espoirs, notamment pour les plus démunis.
-C’est ce qu’on appelle la langue de bois, vous ne trouvez pas ?
Ca y est, il a raccroché…
Quelle frustration ! Et nous qui avions corrigé toutes ses fautes d’orthographe…
Chérif Abdedaïm
C’est la « Con- pagne » !
Du poste de président de quartier, un pauvre rêveur louche sur la présidence de la ville. Et c’est la « con- pagne » ! Alors, dans un état pitoyable poster oblige, il pose pour des caricaturistes à l’image d’un cancre à l’air sympathique. Peu importe la manière, l’habit fait le moine dans un musée longeant les murs, les petits coins et même les visages ; Course courte ; Hélas ! Cadence infernale, dans la mélasse. Des slogans « sages » et nuancés pour la circonstance, dans un dada de folles idées. L’impatience revient au trot, comme une séduisante marguerite guettant l’inventaire des électeurs, dans un sommeil énigmatique. Rituels et cauchemars, problématique blanche après une grande nuit. Et c’est le moment de chaque grave signature dans un orage folklorique et de théâtrales conceptions, de progressions en régressions, chargées, parfois maniées, sans scrupule et dans un portefeuille doré. C’est la « con- pagne » ! Drôles d’impulsions que de se répéter sur une tribune de secrets révélés. Quel gâchis ! Et quelle gaucherie ! Des yeux sans couleur et aux terribles leurres, feignant de s’intéresser à chaque page dont l’histoire en fait usage. Et c’est la « con- pagne » ! D’étranges « costumes » vêtus de manteaux d’une rare étoffe, se baladant dans la pénombre des ruelles affamées, consolant de vieux SDF, édentés, déshérités et endurant les rudes épreuves ; promettant à ces perdus de les couvrir de compliments, le jour venu ; et en public, et ce, pour avoir résisté aux chaudes nuits des pluies et vents. Bref ! Une pluie de discours changeant parfois de tonalités, exprimant la désillusion des pensées perdues, nostalgiques, improvisées à l’occasion, contre quelques voix. Sacrée « con -pagne » !
Chérif Abdedaïm