Visiter Tam, la revisiter, cela n’atténue en rien cet état d’âme d’un hôte en quête de sensations fortes. Cette ville capitale de l’Ahaggar est dominée par les Monts du Hoggar et celui d’Adrienne, témoins d’un secret ancestral, et qui semblent veiller scrupuleusement sur un patrimoine millénaire.
Cette région qui était autrefois le terroir du nomadisme allait connaître au fil du temps une stabilité. Cela avait commencé, d’abord, vers 1855 avec l’initiative de Ahmed AG Hadj Bakri, second de l’Amenokal, lorsqu’il avait décidé de ramener des agriculteurs de Touat( Adrar) à Adlès. Son objectif était de mettre fin à cette dépendance alimentaire en assurant une production céréalière constante. A ce titre la région d’Abalessa, témoigne encore de la culture de l’orge et du blé dans la petite plaine jouxtant le tombeau de la reine Tin Hinan. Certains témoignages renforcent cet état de fait. A commencer par l’explorateur français Duveyrier qui, en 1861 affirme qu’il n’y avait que deux villages dans la région : Adlès et Tadork. Dans le même registre, Charles Foucault qui a vécu en ermitage sur le mont de l’Assekrem signeme que c’est en 1902, suite à la bataille de Tit opposant des touaregs aux forces coloniales, que cette région qui ne se constituait que d’une vingtaine de tente, a été baptisée Tamanrasset.
C’est ainsi qu’est née Tam au cœur du Hoggar dans le Sahara central. Sa wilaya s’étend sur une superficie de 557 906 km2 environ, soit le quart du territoire national. Située à l’extrême sud du pays, elle est limitée par les wilayas de Ghardaïa au nord, Ouargla au nord-est, Illizi à l’est, Adrar à l’ouest, le Mali au Sud et le Niger au sud-ouest. Sa région appelée communément « ville rouge » a su par la magie de ses paysages convaincre des milliers de visiteurs à y élire domicile à longueur d’année. Selon les statistiques de la Direction du tourisme, plus d’une cinquantaine de nationalités visitent les différents sites du Tidikelt à l’Ahaggar annuellement.
Qu’y-a-t-il à découvrir ?
D’abord, une petite planète qui s’étale sur une région montagneuse surplombée par le massif de l’Atakor (le crâne) qui comprend le mont Tahat (3 303 m d’altitude) considéré comme le plus haut sommet du Hoggar, suivi du sommet légendaire Lamane (2 760 m) et enfin du fameux Assekrem (2 728m) tant convoité pour la vue qu’il offre, au coucher du soleil comme à son lever.
Une planète qui a de tout temps été synonyme d’évasion, de grands espaces d’aventures, au point où pour imprimer définitivement cette image dans l’esprit des hommes, l’on est arrivé à lui fournir un personnage-héros : «L’homme bleu» (appelé ainsi, à cause du Taguehmoust, ces quelques mètres de percale d’un bleu indigo protégeant et masquant le visage). Ainsi, tout au long du voyage, peut-on également découvrir cette variété de paysages, un coktail panoramique des plus envoûtants. Certains systèmes montagneux se présentent comme des dômes immenses, d’autres comme d’énormes dents de chiens aux arêtes vives, alors que les massifs volcaniques offrent l’aspect de cratères démantelés, d’aiguilles pointant vers le ciel, d’éperons ou de champs de lave. A ces monts pittoresques s’ajoute cette variété florale à travers laquelle on a recensé plus de 300 espèces végétales d’origines différentes (tropicale, méditerranéenne, cosmopolite, etc.).
Cette flore spontanée constitue une ressource naturelle et pastorale pour la faune domestique et sauvage. Elle est également utilisée en médecine traditionnelle, pour les usages domestiques, dans l’artisanat — notamment la vannerie — et l’habitat.
Cette végétation de toute première importance pour les troupeaux des nomades, est conjuguée notamment à une faune assez variée.
A cet effet, citons les gazelles dorça, les mouflons, les guépards, les chacals, les fennecs, les chats sauvages et une grande variété d’oiseaux. Des richesses enfin que le visiteur commence à découvrir dès son arrivée à In Salah, dans le Tidikelt.
Les merveilles du Tidikelt
A 650 km au nord de Tamanraset, In Salah se pavane dans le Tidikelt, offrant une étendue d’ergs, cachant jalousement ses secrets au premier abord.
Cependant, ses nombreux sites et gisements, aussi riches que variés, témoignent de l’évolution du Sahara central sur toutes ses facettes (climatiques, géomorphologiques et humaines). Ainsi, à 15 km au nord-est d’In Salah, dans un paysage lunaire défiant toute imagination, se dresse le rocher de la demoiselle. On y trouve aussi des pierres bleues façonnées, semble-t-il, très curieusement par une demoiselle portant une grande coiffure.
A l’ouest de la ville, dans la région d’Inghar (à 72km) la forêt de bois pétrifié défie les lois de la nature avec ses arbres silicifiés et dont certains atteignent les 40m de long.
Certains avancent qu’ils dateraient de 60 à 80 millions d’années ; d’autres prétendent 200 millions d’années. Reste l’apport d’études scientifiques à même d’étayer rationnellement les mystères de ce berceau de multiples civilisations dont témoignent les sites paléo-inférieurs, paléo-moyens, néolithiques, rupestres et proto-historiques.
Dans ce contexte, et outre la forêt de bois pétrifié, la région d’In Salah offre également un véritable musée à ciel ouvert. Ainsi, peut-on notamment découvrir des fossiles marins de l’ère primaire (Déronien, 395-345 millions d’années), des vers de mer, des moulages d’oursins, de cétacés marins (141-65 millions d’années), etc.
Ces fossiles attestent bien que la région a vécu autrefois dans une luxuriance «amazonienne» et sous un climat beaucoup moins rude que celui qu’elle connaît actuellement.
Il y a quelques huit mille ans, l’actuel désert était parsemé de lacs et l’Ahaggar-Tidikelt avait le privilège d’abriter une flore venue des bords de la Méditerranée, poussée par les pluies fraîches. Contradictoirement, la faune était «éthiopienne» et ce n’est pas le moindre paradoxe que d’imaginer un chasseur guettant un hippopotame, à l’abri d’un tilleul poussé au bord d’un lac de l’Immidir ! Là où l’eau se fait de plus en plus rare (il ne tombe annuellement dans l’Ahaggar que quelques centimètres de pluie). Une coquille de mollusque subfossile, celle lalimicolaire de Chudeau, révèle qu’au début du néolithique, la région recevait un minimum de cinquante centimètres de précipitations.
En effet, ces restes marins trouvés un peu partout à travers le Tidikelt, nous apprennent qu’il existait autrefois des mers en ces endroits du Sahara algérien.
En attendant la réglementation qui devrait fixer les sites à étudier et les sites autorisés à la visite, la région du Tidikelt reste un espace dénudé, dévoré par le soleil, où tout se consume depuis des siècles dans une incandescence immobile. Une beauté des lieux et la bonté de cet «homme du désert», authentique mais méconnu, dans le prolongement du Sahara et le recommencement de la civilisation.
Et pourtant, si l’on parcourt les 650 km reliant In Salah à Tamanrasset, on est découragé par l’état de délabrement de la route. Un problème de taille qui a nécessité la mobilisation d’un milliard de dollars pour la réhabilitation de cette route nationale et dont les travaux se font progressivement dans l’attente de jours meilleurs.
Au fief des civilisations
Connue pour son patrimoine archéologique, architectural, artistique et naturel susceptible d’être exploité non seulement sur le plan touristique mais aussi sur le plan social, économique et culturel, la région de l’Ahaggar demeure notamment l’un des plus beaux déserts du monde. Certains parlent d’une planète à part, d’un autre monde fait de lumières et de couleurs, où la pureté de l’air et le silence immense vous grisent, où l’impression de liberté vous enivre.
Il n’y a pas que du sable et des dunes comme pourraient penser les néophytes, le visiteur est surpris par la variété permanente des paysages, plaines inimaginables, plateaux, falaises déchiquetées, montagnes inattendues, oueds où surgissent des tâches de verdure, gueltas verdoyantes, oasis, ksours. Des couleurs sans cesse changeantes du sol et des roches et tous les décors qui harcèlent votre imagination : ergs, regs, hamadas, tassilis.
Autour de l’Ahaggar, en couronne discontinue, on trouve les Tassilis, où se mêlent roches et sables; les plus connus sont : les Tassilis N’Ahaggar (à 300km au sud-est de Tam) et N’Ajjers (à 600 km au nord-est de Tam).
Au cours de son long cheminement à travers les siècles, le Hoggar a toujours été une étape importante pour les caravanes commerciales qui sillonnaient le Sahara. Les voyageurs et historiens arabes du Moyen-Age, nous renseignent également sur le mode de vie des habitants du Sahara à la fois pasteurs-nomades et guerriers.
Aussi, la présence humaine dans cette région remonte de 600 000 à 1 000 000 d’années, âge attribué par les découvertes réalisées au niveau de la région du Tassili et du Tidikelt. Les vestiges matériels sont de toute façon peu nombreux. Et c’est au Sahara où le climat était humide que la civilisation devait connaître son apogée comme l’attestent les impressionnantes et fascinantes peintures et gravures rupestres du Tassili et du Hoggar.
Les vestiges trouvés jusqu’alors, constitués d’objets de la vie courante d’autrefois et par d’extraordinaires peintures et gravures datant de 600 à 5400 avant J.C, font apparaître quatre grandes périodes :
La période bubaline
(de -6600 à -4000) ou le néolithique ancien. Avec un climat d’abord chaud et humide évoluant vers un climat chaud et sec. C’est l’époque archaïque.
La période des pasteurs bovidiens (de -4000 à
-2500) ou le néolithique moyen et final avec un climat chaud et sec de type méditerranéen assez arrosé en montagne. C’est l’époque bovidienne (période du bœuf domestiqué).
La période cabaline (de
-2500 à l’ère protohistorique : notre ère) Le climat sahélien sec remplaçant progressivement un climat méditerranéen sec. C’est la période équidienne (période à chars et à cavalerie)
Du Ve au VIIe siècle avant J.C, l’Ahaggar connut une ouverture des routes commerciales avec l’Afrique subtropicale en faisant le carrefour d’échange entre l’emprise romaine et l’Afrique noire.
La période du chameau
(-300) climat désertique actuel, c’est la période caméline.
Du haut de l’Assekrem
Situé à 80 km au nord de Tamanrasset, l’Assekrem demeure un lieu très prisé par les visiteurs de tous bords. Son secret ? L’un des plus beaux couchers de soleil au monde. Chaque soir, les touristes affluent, appareils photos en bandoulière pour tenter d’éterniser à jamais cette cérémonie solaire et cette superbe vue panoramique sur les vastes plateaux de l’Atakor.
En sa moitié orientale, loge l’énorme culot volcanique d’Iharene (Pic Laperrine), la source thermale de Tahabort et les cascades d’eau d’lmlaoulaouène. Au pied de l’Ahonahamt, on y trouve un tombeau néolithique et des gravures rupestres réparties sur une dizaine de sites. Sur le versant occidental se dresse le majestueux Mont Lamène (2 760m) constitué de faisceaux coniques jaillissant du sol et s’étirant vers le ciel. Un paysage dont l’allure tourmentée et contrastée étonne toujours le voyageur le plus blasé. Un spectacle étonnant, où sillonnent des artères entaillant les flancs des volcans, se regroupant en chenaux envahis par des sables blonds et allant capricieusement se perdre dans les lacs morts au pourtour de l’Ahaggar. Enfin, un paysage lunaire qui vous arrache des serres de la civilisation du béton. De quoi ramener l’homme à sa vraie nature.
Reportage réalisé par Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République du15 janvier 2009)