Un portrait pour la « con-pagne »

En prévision de la « con-pagne » électorale, chaque « con-didat » joue sur ses cordes charismatiques. L’un de nos « fallacieux » prétendant à la « députarte » s’est adressé à un artiste pour lui « confectionner » un portrait à même de jouer sur les petites faiblesses de l’électorat.

-Fais-moi un portrait, dit-il à l’artiste.

– Ok ! Mon ami, je vais t’arranger le portrait comme il se doit.

– Un portrait à trois faces, insiste-t-il.

– Et quel style ? »

– Peu importe, pourvu que je sois à la Une !

– Aucun problème ; tu le seras.

Le « mannequin » à deux pièces pose en mettant du cœur.

-Mais, qu’a-t-il celui-là ? Il me semble qu’il ne s’est jamais regardé dans un miroir, soliloque l’artiste.

Costume tabac, chemise orange, cravate violette, en sus du Gel dont il a inondé ses cheveux boursouflés et dressés en dépit de la souffrance du sèche-cheveux. Son portable brandi comme dans les spots publicitaires; quant au parfum, c’est l’exhalaison jusqu’à la rue. Ainsi, sourire vague, à l’image d’une taupe en état d’ébriété, il s’immobilise au point de perdre la respiration.

-Mais, détends-toi mon ami, on ne va quand même pas te fusiller. Et puis, cette attitude de condamné à mort, ne me plaît pas trop. Je suis un artiste et non un soldat sur le point d’exécuter un prisonnier.

-Comme ça, ça va ? »

-Il commence à me faire perdre patience, ce sac à bouffe, se dit l’artiste et puis, il reprend :

-Puisque tu y tiens, c’est bon !

L’artiste se met au travail.

-Eh, l’artiste, est-ce qu’on peut voir ?

–Non, pas encore ; je suis concentré sur les trois étages.

-C’est un portrait ou un immeuble ?

-Plus qu’un immeuble, si l’on y prête attention.

Trois heures plus tard, les trois portraits sont achevés. Comme convenu, une vue de face et les deux autres, de profils droit et gauche, à l’image d’un repris de justice fiché à la police. Découvrons-les !

-Mais, qu’as-tu fais, l’artiste ? Tu n’as dessiné que le ventre de ton « mannequin » !

-Ecoutez, avec une tête enfoncée dans les épaules, à l’image d’un ours en pleine hibernation, que voulez-vous que je dessine ; sinon, le ventre qui est, à mon avis, le seul point saillant.

Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République, (avril 2007)

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