Chronique : Pétrole « noyé »

Dans le cadre de la prise de distance du « Donald » avec ses activités entrepreneuriales, le président américain a fermé quatre sociétés liées à l’Arabie saoudite. Ce n’est peut-être rien… comme ça pouvait présager d’un prochain changement de direction de la politique étrangère des Etats-Unis.

Un intéressant article OilPrice semble aller dans ce sens. Intitulé Les relations américano-saoudiennes tournent-elles au vinaigre ?, il revient sur la visite du prince héritier et ministre de la Défense Bin Salman à Washington le 14 mars. Comme souvent, les déclarations grandiloquentes – « Un grand succès », « Un moment historique » – étaient destinées au grand public et il a fallu attendre quelques jours pour commencer à comprendre les dessous de la rencontre. L’euphorie saoudienne contraste avec la relative froideur américaine selon des sources de la Maison Blanche.

Se jouait également sur le Potomac la prolongation de la lutte wahhabito-pharaonique entre Bin Salman et Sisi, le président égyptien. Ces deux poids lourds du Moyen-Orient, autrefois fidèles piliers du système impérial, sont maintenant en désaccord sur à peu près tout, particulièrement dans le dossier syrien. Ça aussi, c’était dans les tuyaux comme l’expliquaient certains observateurs en novembre dernier : « Et puisque l’on parle de manoeuvres internationales, autre coup de tonnerre : des chasseurs égyptiens seraient arrivés en Syrie ! C’est ce que rapporte un journal libanais mais aussi certains sites rebelles. Est-ce vraiment une surprise ? Depuis la chute des Frères musulmans de Morsi, Le Caire s’est rangé sans ambiguïté du côté syro-russe, ce qui a d’ailleurs provoqué des vagues dans les relations egypto-saoudiennes. Le fossé s’agrandit chaque jour un peu plus et, il y a quelques semaines, Riyad a même suspendu ses livraisons de pétrole à l’Egypte qui se tourne toujours plus vers l’Iran. »

En Syrie, de hauts pontes étoilés égyptiens avaient rendu une petite visite à leurs confrères russes à Tartous le mois dernier : « les exercices militaires conjoints russo-égyptiens, là encore une première du genre. Sans remonter à Nasser, Le Caire et Moscou sont en harmonie depuis plusieurs années (on se rappelle la visite pharaonesque de Poutine début 2015) et partagent la même position sur le dossier syrien. Le net rafraîchissement des relations entre l’Egypte et les Etats-Unis après 2013 a, loi des vases communicants oblige, pleinement profité à Moscou et l’on parle même maintenant d’une possible base russe en Egypte (Sisi a démenti mais…)

Suite presque logique, l’aviation pharaonique arrive en Syrie pour, selon le journal libanais, « participer aux opérations contre l’Etat Islamique tout en fournissant un soutien logistique à l’armée de l’air syrienne ».

Sans surprise, le Donald a, par inclination personnelle et réalisme, joué la carte Sisi qu’il a appelé dès son premier jour dans le bureau Ovale le 23 janvier et avec lequel les contacts sont excellents. Là comme ailleurs, nous assistons à un lent mais inexorable réalignement tectonique vers le centre de gravité qu’est devenue la Russie. Tous les chemins mènent à la troisième Rome…

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