Chronique : le grand perdant

Par Chérif Abdedaïm, le 5 décembre 2016

N’en déplaise aux médias propagandistes, il n’y a jamais eu de guerre civile en Syrie. Dès les premiers mois de ce qui fut faussement présenté comme un Printemps arabe, la machine de guerre américaine était en effet à l’œuvre, à travers ses canaux habituels de Riyad notamment et, à l’époque en tous cas, d’Ankara. Deux mois après le début des troubles, les premières cargaisons d’armes et de mercenaires arrivaient ainsi dans le pays, sous le contrôle de la CIA.

Pourquoi ? Bien évidemment pour les ressources, comme toujours. Déjà en délicatesse avec la Russie de Vladimir Poutine, l’Empire et ses suppôts du Golfe voulaient en effet faire transiter le précieux produit de leurs gisements de gaz par une Syrie débarrassée de Bachar al-Assad et donc asservie, le passage par l’Irak chiite étant par ailleurs impossible. Un projet comme d’habitude merveilleux sur le papier à en-tête de Langley, mais qui a rapidement tourné au fiasco et ouvert une boîte de Pandore d’où sont sortis tous les appétits régionaux les plus divergents.

Aujourd’hui, la chute imminente d’Alep pourrait signifier en quelque sorte le début du début de la fin de la guerre en Syrie. Bien sûr, il faudra des mois pour réduire entièrement Daesh et, dans le Nord du Pays, le bras de fer entre Ankara et les Kurdes ira à son terme. Enfin, Moscou et Damas devront encore s’entendre sur le périmètre syrien à reconquérir réellement, soit le pays entier, soit la Syrie utile. Mais d’ores et déjà, il est certain que l’Empire US est le grand perdant de cette monstrueuse passe d’armes.

Sa nouvelle équipée meurtrière au Moyen-Orient a en effet abouti à l’exact opposé de tout ce qui a constitué l’axe de sa politique belliciste, ces quinze dernières années : à savoir contrôler les routes énergétiques et empêcher la constitution de cet arc chiite qui commence en Afghanistan, se poursuit à travers l’Iran, traverse l’Irak – devenu désormais chiite par la grâce d’une autre intervention éclairée de l’Empire –, se prolonge dans les centres de pouvoir syriens pour aboutir au Hezbollah libanais – avec éventuellement une extension amicale au Hamas palestinien, d’ailleurs.

Et comme si cela ne suffisait pas, ce puissant arc est désormais totalement tourné vers… la Russie de Vladimir Poutine, en qui il a trouvé un allié responsable et fiable.

En résumé, toutes les dernières interventions de l’Empire US dans la région ont conduit à son éviction pure et simple du Moyen-Orient, en provoquant au passage une crise migratoire favorisant l’éclatement de l’Europe pro-US et la dissémination du terrorisme international.Le fiasco est total, fascinant même. L’Empire US s’effondre ainsi de lui-même, par overdose. Reste à espérer que Trump arrive sain et sauf à la Maison Blanche pour acter de cette redistribution des cartes. Le temps des grands massacres US pourrait alors avoir une toute petite chance de prendre fin.

Chérif Abdedaïm

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