ENTRETIEN AVEC ZIAD MEDOUKH: « Brandir le drapeau algérien est très symbolique pour les jeunes palestiniens »

Par Chérif Abdedaïm, le 26 novembre 2015

Dans la continuité de notre dossier « Palestine », nous avons posé quelques questions à Ziad Medoukh, docteur et écrivain palestinien, directeur de l’Institut de français à l’université d’Al Aqsa à Ghaza

La Nouvelle République/L’agitation gronde de plus belle en Palestine avec pour conséquence, des dizaines de morts et de blessés. D’une part qu’est-ce qui motive ces jeunes Palestinien ? Et d’autres part, cette épuration ethnique « en mode ralenti », peut-elle être enrayée ?

Ziad Medoukh/    Depuis plus de 40 jours, et au début de mois d’octobre dernier, les jeunes palestiniens en Cisjordanie, dans la bande de Ghaza, et dans la ville de Jérusalem, sont descendus dans la rue pour exprimer leur colère, ils affrontent les soldats israéliens et les colons armés par des pierres et leur poitrines nues

Les raisons de ce soulèvement populaire sont : les attaques permanentes de la part des soldats et des colons israéliens contre les civils palestiniens, les provocations israéliennes à travers des visites sur les lieux saint, notamment dans la ville de Jérusalem, les assassinats des palestiniens innocents et brûler des enfants palestiniens par des colons israéliens.

La génération Oslo se révolte, les jeunes qui sont nés dans les années 1994 et 1995, et après 20 ans d’Oslo, ils n’ont rien réalisé, ni rêves, ni avenir, c’est le désespoir total qui règne,  sans oublier l’échec de processus de paix, et le silence complice de la communauté internationale, l’absence de perspectives chez les jeunes, le blocus sur Ghaza, l’impunité d’Israël, et l’attitude de ce gouvernement d’extrême droite qui refuse de relancer les négociations de paix.

Les jeunes palestiniens sont de plus en plus déterminés, après 40 jours, et malgré la mort de plus de 80 palestiniens, parmi eux 20 qui ont moins de 16 ans, 5 femmes, et la blessure de plus de 3000 palestiniens, et l’arrestation de 2500, la révolte se poursuit.

La Nouvelle République / Cette troisième Intifada (des couteaux après les pierres) semble se distinguer des précédentes par deux faits nouveaux. D’une part, la spontanéité des jeunes Palestiniens qui semblent décidés à prendre les choses en mains faisant fi des éternelles règles adoptées par les partis politiques. Et d’autre part, le brandissement du drapeau algérien. Dans ce sens, quelle lecture peut-on avancer ?

Ziad Medoukh /    Oui, les jeunes palestiniens sont déterminés et motivés, ils poursuivent leurs affrontements avec les soldats et les colons israéliens, ils développent des moyens de résistance efficaces, en dehors des attentats par des couteaux, et ceci loin des partis politiques, qui observent et essayent de profiter de ces événements, mais le dernier mot dans ce soulèvement revient aux jeunes qui sont en train d’imposer  leur point de vue sur le terrain, et pas dans les principes et les slogans politiques.

Brandir le drapeau algérien est très symbolique pour les jeunes palestiniens, en fait les jeunes palestiniens voulaient envoyer trois messages :

–         D’abord que l’Algérie, est parmi les rares pays arabes qui soutiennent la cause palestinienne au niveau officiel et populaire.

–         Que l’Algérie, qui a résisté pendant plus de 132 ans contre la colonisation française, est un modèle de résistance pour nous Palestiniens.

–         C’est un appel à la solidarité arabe et musulmane, via un pays qui a des principes et qui défend des causes et des valeurs comme l’Algérie, un pays qui est loin de la Palestine géographiquement, mais qui est proche par la mobilisation et le soutien sans intérêts, ni pression.

La Nouvelle République /A chaque révolte palestinienne, les alliés d’Israël utilisent la ligue arabe pour « calmer les esprits » avec une succession de rounds de négociations, de feuilles de routes qui depuis belles lurettes n’ont été que des mirages à l’image des promesses coloniales en Algérie. Suite à cette nouvelle Intifada on ressasse le même discours : réunion de la Ligue arabe pour étudier une éventuelle sortie de crise. Pensez-vous que ces jeunes vont se conformer aux décisions qui seraient prises par les décideurs Palestiniens conformément à celles qui seraient avancées au cours d’un éventuel sommet de la Ligue arabe ?

Ziad Medoukh /    Je pense que les jeunes palestiniens courageux et déterminés ont perdu la confiance en ces institutions arabes et internationales qui ne font rien pour arrêter les crimes israéliens contre notre peuple occupé, et le fait de poursuivre leur soulèvement qui entre son deuxième mois, montre que les jeunes qui gèrent belle et bien cette révolte contre l’oppression et contre l’injustice, ne vont pas céder sauf avec du changement et une victoire sur le terrain comme le retrait israélien de quelques villes palestiniennes en Cisjordanie, ou la libération des prisonniers, voire le départ des colons de nos villes et villages occupés et encerclés.

Le principe de ces jeunes : pas de retour en arrière quelques soient les pertes et malgré les complots.

La Nouvelle République / La première Intifada date de décembre 1987 et a duré six ans. La deuxième explosait en 2000 pour se terminer en 2005. Vus les facteurs évoqués dans vos réponses précédentes, cette nouvelle Intifada serait-elle la bonne ou pourrait-elle s’estomper dans la durée ?

Ziad Medoukh /    Ce soulèvement populaire n’est pas encore arrivé à une vraie Intifada, car les deux premières Intifadas étaient bien organisées, avec une unité nationale, ce qui n’est pas le cas dans ce soulèvement.

La poursuite de ce soulèvement, sa continuité dans la durée, et son efficacité dépend des éléments suivants :

–         La capacité des jeunes à assurer la continuité de leurs actions sur le terrain

–         L’intervention des partis politiques palestiniens pour soutenir ou pour arrêter ce soulèvement.

–         Les représailles israéliennes, et la réaction israélienne face à ce soulèvement

–         La réaction de la communauté internationale : est ce qu’elle va proposer des solutions et va faire pression sur les autorités israéliennes pour arrêter ses crimes contre les Palestiniens et relancer le processus de paix ?

–         La réaction des factions militaires palestiniennes de rester silencieuses ou des mener des attentats militaires contre les soldats et les colons israéliens

–         L’entente entre le Fath et le Hamas, les deux partis rivaux en Palestine, la fin de la division et arriver à une unité nationale en Palestine, et se mettre d’accord sur une forme de résistance unique contre les mesures atroces de l’occupation israélienne.

La Nouvelle République / Actuellement, l’Esplanade des Mosquées est devenue inaccessible aux Palestiniens, mais l’armée, épaulée par les colons s’est déployée un peu partout pour provoquer des affrontements, tandis que les commerçants de la vieille ville de Jérusalem sont agressés en permanence par des Juifs dits « extrémistes » quand il y a une grosse bavure mais qui ont en réalité carte blanche pour commettre leurs exactions. Dans ce contexte précis, ne pensez-vous pas que Netanyahou a donné un coup de pouce à cet embrasement rapide de la situation en Palestine ?

Ziad Medoukh /    Toutes les mesures de ce gouvernement israélien d’extrême droite présidée par Netanyahu envers les Palestiniens, et pas seulement sur l’esplanade de la mosquée Al-Aqsa et dans la ville sainte de Jérusalem, montrent que ce gouvernement vise à provoquer les Palestiniens et rendre leur vie en souffrance permanente, comme le mur d’apartheid en Cisjordanie, le blocus sur Ghaza, les barrages militaires, la colonisation, la non-application de tous les accords de paix signés, et la négligence de toutes les résolutions internationales. Ce gouvernement se comporte comme une puissance politiques, économique et militaire, sans aucune réaction officielle de l’extérieur.

Netanyahu encourage la violence, ils se moque des tous les dirigeants internationaux, il veut humilier le peuple palestinien, même en rendant son peuple israélien vivre dans la peur et l’insécurité.

La Nouvelle République /Face au Congrès Sioniste mondial, le premier ministre israélien a osé déclarer qu’ « Hitler ne voulait pas exterminer les juifs » affirmant que c’est le grand mufti de Jérusalem de l’époque qui avait poussé ce dernier à commettre l’Holocauste. Quelle lecture d’après-vous peut-on faire de cette déclaration ?

Ziad Medoukh /    Netanyahu est un grand menteur, ils est connu par ses mensonges à tout le monde, et en premier lieu à son peuple, il n’ a rien amené ni paix ni sécurité, mais personne n’ose le critiquer, car cet état soit disant d’Israël est un état hors la loi, et bénéficie d’une impunité totale.

D’ailleurs Netanyahu, a créé ces mensonges en accusant le Mufti de la Palestine à l’époque Cheik Amin Al Husseini d’être le responsable des massacres des juifs, mais la réponse allemande à ses mensonges, et la réaction internationale, l’ a poussé à revenir à ses déclarations sur l’Holocauste. 

Entretien réalisé par Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République du 26 novembre 2015

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