Dernier hommage à Assia Djebbar

Par Chérif Abdedaïm, le 14 février 2015

Après le dernier hommage rendu à Assia Djebbar mercredi dernier à Paris au funérarium des Batignolles, le corps de la défunte est arrivé à Alger où il a été inhumé vendredi au cimetière de Cherchell.

Un autre hommage lui sera rendu par, l’Académie française, lors de son audience du 19 février, à la mémoire de la défunte qui occupait le siège n° 5, par une minute de silence et par un discours qui sera prononcé par l’écrivaine Danièle Sallenave, directrice du bureau de l’Académie française.

Dans sa lettre de condoléances adressée à la famille de la défunte, le président de la République Abdelaziz Bouteflika a souligné que « La romancière a laissé derrière elle un long parcours jalonné de succès durant lequel elle effleura, avec sa plume, le summum de l’art et de la littérature auxquels elle a rendu gracieusement leurs lettres de noblesse ». « Un reflet gracieux et éloquent de l’image de l’Algérie » a-t-il ajouté à propos de cette authentique algérienne qui n’a cessé de mettre en exergue la situation des femmes et les traditions de son pays, l’Algérie, dans ses œuvres littéraires.

Que dire de cette femme qui estampillé les tablettes de la littérature contemporaine ? Romancière, essayiste, nouvelliste, scénariste, Assia Djebbar demeure l’une de figures de proue de la littérature algérienne. Ayant occupé d’importants postes au sein d’instances mondialement reconnues, elle fut également membre des Académies royale belge et française.

A travers son œuvre, nombre de critiques ont souligné un franc-parler bousculant les conventions établies, « car elle ne se limitait pas à la place habituellement assignée à une écrivain femme et de surcroît à un écrivain femme représentant à elle seule les cultures berbère, arabe, musulmane et française», relève Amel Chaouati, présidente du Cercle des Amis d’Assia Djebar.

Pour Anne Brigitte Kern, qui a travaillé aux Editions des femmes et qui a accompagné Assia Djebar dans plusieurs de ses projets littéraires, elle a fait référence à la problématique développée par l’intellectuelle dans son œuvre, à savoir que «les femmes ne peuvent regarder à égalité avec les hommes dans la mesure où les hommes sont dehors et les femmes dedans». «Assia, c’est un regard», «un regard vers l’autre», «vers le monde». «Un regard qui n’est pas intrusif, pudique, qui lui permet de regarder les autres sans les agresser».

« Mes soeurs ». Ce sont ces femmes victimes d’un machisme caractérisé auxquelles elle tend la voix et la parole. Ces femmes de son peuple qu’elle évoquait dans son discours devant ses pairs de l’Académie française le 22 juin 2006 quand elle affirmait : «J’ai retrouvé une unité intérieure grâce à cette parole préservée de mes sœurs, à leur pudeur qui ne se sait pas, si bien que le son d’origine s’est mis à fermenter au cœur même du français de mon écriture. Ainsi armée ou réconciliée, j’ai pris tout à fait le large» disait-elle également.

Grande voix de l’émancipation des femmes musulmanes et du dialogue des cultures, l’écrivaine algérienne Assia Djebar demeure cette éternelle rebelle à toutes les formes de pouvoir quand ils signifient domination des cœurs et des esprits.

http://lnr-dz.com/index.php?page=details&id=40642

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