PARUTION « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres. L’Islam; otage du wahhabisme », de René Naba

Par Chérif Abdedaïm, le 28 octobre 2013

COUVERTURE DU LIVRE DE RENE NABA

René Naba, journaliste, essayiste, vient de signer son quatorzième essai titré « L’Arabie saoudite, un royaume des ténèbres. L’Islam; otage du wahhabisme ». Dans cet essai (288 pages), paru aux éditions Golias, René Naba décrypte la théopolitique d’une monarchie rétrograde, tentant d’imposer sa doctrine par une démarche machiavélique. Si ce ne sont pas les fatwas à la carte, les marchés juteux (à l’image des contrats d’armement, générateurs de juteuses rétro commissions) ou encore des alliances «contre-nature» et leurs ambivalences, c’est la diplomatie à double standard. Un double parler qui trahit les desseins cachés des pétromonarchies. Et pour cause, l’Islam, religion unificatrice est déviée de sa vocation première pour se rétrécir dans le sanctuaire wahhabite. Cela va sans dire que les autres courants (chiites, sunnites, alaouites, etc) deviennent de facto objet d’une éradication tous azimuts quitte à s’allier avec le diable.

En matière de fatwa, René Naba dresse une nosographie exhaustive dans le chapitre 3 avec notamment l’asservissement de la femme (Prison dorée, problématique de la femme au volant), la légitimation du viol Place Tahrir au Caire, la pédophilie (cas du dignitaire du Golfe qui a violé et tué sa fille), la fatwa nécrophile ou «la copulation de l’adieu», l’allaitement de l’adulte «Ird’ah al Kabir», etc.

Des fatwas qui reflètent, en fait, cette pathologie étrangère aux préceptes islamiques et que les défenseurs du wahhabisme tentent d’instaurer bon gré mal gré.

Or, la cause commune de la nation arabo-musulmane est ainsi dépravée, bradée, sacrifiée sur l’autel de la turpitude par les pétromonarques (solidaires par « réflexe de survie »); et pour preuve : la cause palestinienne. Les ennemis de la nation arabe occupent désormais le rang d’alliés stratégiques (une servitude volontaire en somme) alors que ceux qui ont foi en une nation arabe, telle que perçue par Nasser, sont combattus, à coups de pétrodollars.

Dans cette atmosphère, où l’obscurantisme prime sur l’illumination, beaucoup de vérités sont mises sur la scène analytique par René Naba dont la perspicacité et la profondeur de ses analyses demeurent à bien des égards de véritables références pour les chercheurs ; tant la prolifération et les détails dont regorge l’ouvrage répondent aux différents questionnements que pourrait se poser le commun des lecteurs en matière de géopolitique ou de géostratégie.

Aussi, quelques facteurs méritent d’être mis en évidence tels que « l’inculture comme garant de la survie dynastique, la sacralité des dictatures monarchiques arabes, le système monarchique comme le meilleur gardien des intérêts occidentaux ».

A propos de l’inculture, René Naba nous dit : « Sur fond de rigorisme infantilisant, de confusion mentale, de mégalomanie, de sénilité, d’analphabétisme, de corruption et de veulerie, la pathologie du leadership arabe apparait ainsi comme un des handicaps majeurs au décollage du Monde arabe. »

Pour ce qui est de la sacralité des dictatures monarchiques arabes, un rai jette toute la lumière « deux piliers de la diplomatie souterraine pro-israélienne », en l’occurrence les rois Hassan II et Hussein de Jordanie.

Une collaboration qui n’a fait que s’amplifier pour aboutir à une défense sans scrupule des intérêts occidentaux. L’exemple illustrant les propos de l’auteur est assez édifiant : « les monarchies arabes disposent d’une majorité de blocage au sein de la Ligue arabe –Huit monarchies et deux confettis d’Empire Djibouti et les Iles Comores- réussissant le tour de force, toute honte bue, à ordonner l’expulsion de l’Organisation pan arabe de la Syrie, un pays du champ de bataille qui aura livré avec l’Egypte et pour le compte des Arabes quatre guerres contre Israël. »

Cela dit, l’ouvrage pose également la problématique d’un monde arabo-musulman qui se désagrège face aux visées hégémoniques de l’Occident.

Outre les clivages d’ordre politique, les desseins et le jeu sournois auquel se livrent ces monarchies, la politisation de l’Islam, otage du wahhabisme, René Naba remet à l’ordre du jour cette conception d’un Islam politique dépouillant, en fait, cette religion de toute sa substance spirituelle.

Que faire ? Question jadis posée par Lénine dans son fameux essai politique. Face à cette situation, René Naba propose, sans esquive aucune, une « purge du non-dit », des solutions d’une teneur consistante pourvu qu’elles soient adoptées dans le sens où chaque acteur de la scène arabo-musulmane joue son rôle sans duplicité pour la défense et la réalisation commune d’un rêve si cher à Nasser : le panarabisme.

Pour rappel, René Naba, ancien responsable du Monde arabe musulman au service diplomatique de l‘AFP, animateur du blog www.renenaba.com, est l’auteur des ouvrages suivants: «Média et démocratie, la captation de l’imaginaire un enjeu du XXI me siècle» Golias Novembre 2012, «Les révolutions arabes et la malédiction de Camp David» Bachari 2011, Hariri de père en fils, hommes d’affaires, premiers ministres» Harmattan 2011.

Chérif Abdedaïm

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