A propos du soufisme (V)

Par Chérif Abdedaïm

LES DIFFÉRENTES ÉCOLES DU SOUFISME RECOMMANDENT LA PRATIQUE DE LA PAUVRETÉ, MÊME SI LA LOI CORANIQUE NE PRÉSENTE JAMAIS DE CONDAMNATION DES RICHESSES ; CELLES-CI SONT BONNES DANS LA MESURE OÙ CELUI QUI EN DISPOSE RECONNAÎT QUE TOUS LES BIENS DU MONDE APPARTIENNENT À DIEU ET QU’IL N’EN EST QUE LE DÉPOSITAIRE ET LE GÉRANT.

Cependant, le Coran lui-même informe des dangers que peut faire courir l’attachement aux biens terrestres pour celui qui veut parvenir au salut et connaître les joies paradisiaques lors du Jugement de Dieu. Reconnaissant, ainsi, les dangers de la richesse, le soufisme recommande la pauvreté volontaire, tout en ne réduisant pas les membres des communautés à la mendicité, puisqu’il leur est fait obligation de travailler pour subvenir à leurs besoins élémentaires. Mais la pauvreté permet à l’esprit de se libérer davantage des soucis du monde pour qu’il puisse mieux parvenir à l’authentique contemplation, en se consacrant davantage aux exercices spirituels. « Ton Esprit s’est emmêlé à mon esprit, comme l’ambre s’allie au musc odorant. » disait Mansour El Halladj dans son état extatique. Un vers qui résume la quête de ces derwiches qu’on appelle les « fous » de Dieu. Abou Hanifa, dit le grand imam, et qui se nommait proprement No’mane Ibn Thabit, est né en l’an 80 (699-700) et mourut à Baghdad le 15 redjeb 150 (767-768). C’était un flambeau de la Loi écrite, une lumière de la voie de la religion, une mer de toutes sortes de sciences, un guide des fidèles, un soufi et un ami du Prophète (QSSSL). Abou Hanifa de Koufa, que Dieu se complaise en lui, possédait à fond la science du droit et de la vie spirituelle. Pour la libéralité, il n’avait pas son pareil. Anas Ibn Malek raconta au sujet de l’Envoyé (QSSSL) qu’un jour celui-ci dit : «Parmi mes fidèles, un homme surgira dont le nom sera Abu Hanifa et le surnom No’mane Ibn Thabit. Il sera le flambeau de mes fidèles.» Abou Youcef disait : «Durant dix-neuf ans j’ai servi Abou Hanifa et, pendant ces dix-neuf ans, il fit toujours la prière du matin sans avoir besoin de renouveler la purification qu’il avait faite à la prière du coucher. » Imam Echafiî disait : « Dans la science de la jurisprudence, les savants du monde entier sont les disciples d’Abu Hanifa. » Celui-ci avait connu plusieurs compagnons du Prophète (QSSSL) et avait des liens avec eux, aussi bien qu’avec Djâafar Essadik et de nombreux docteurs. Dans la suite, lorsqu’il se rendit au tombeau de l’Envoyé (QSSSL), Abou Hanifa s’écria : «Salut à toi Seigneur des envoyés ! » Une voix, sortant du tombeau, lui répondit : «Salut à toi, imam des musulmans !» Abou Hanifa se tenait toujours dans la solitude. Une nuit, il rêva qu’il pénétrait dans le tombeau de l’Envoyé (QSSSL), et qu’il opérait un triage entre ses ossements. Dans son saisissement il s’éveilla brusquement. Comme il avait fait part de ce songe à un des compagnons, celui-ci lui dit : « Il te sera accordé une grande part de la science de l’Envoyé (QSSSL), en sorte que tu trancheras beaucoup de questions. » Une nuit Abou Hanifa vit en songe l’Envoyé (QSSSL) qui lui dit : « Ô Abou Hani-fa ! Dieu t’a créé pour ressusciter mes traditions en les mettant au jour ; pourquoi rester confiné dans une solitude dont tu ne sors pas ? » Chaque nuit, Abou Hanifa accomplissait une prière de trois cents rikâts. Un jour, comme il passait devant une femme, celle-ci dit à ses compagnes : «Voilà un homme qui, chaque nuit, fait une prière de cinq cents rikâts.» A partir de ce moment, Abou Hanifa, ne voulant pas qu’on donnât un démenti à ces femmes, fit chaque nuit une prière de cinq cent rikâts. Une autre fois, des enfants qui jouaient, l’ayant vu passer, dirent : « Voilà un homme qui, chaque nuit, fait une prière de mille rikâts.» Et, dès lors, il fit effectivement chaque nuit, une prière de mille rikâts. Par suite de ses actes de dévotion continuels, ses genoux étaient devenus comme ceux d’un chameau. Le Cheïkh Daoud Ettaî disait : «Trente années de suite, je fus dans l’intimité d’Abou Hanifa et, durant tout ce temps, je ne le vis jamais s’asseoir tête nue ou pieds nus. Un jour je lui disais : Ô imam ! Est-ce que tu ne pourrais pas, quand tu es seul, t’asseoir en allongeant les pieds ? Et lui de me répondre : Il faut toujours avoir une tenue convenable sous le regard du Seigneur Très Haut.» On raconte qu’un jour voyant un enfant patauger dans la vase, Abou Hanifa lui cria : «Prends garde de tomber ! – Et quand je tomberais, répondit l’enfant, je tomberais seul et il n’y aurait pas grand mal ; mais prends garde de tomber toi-même, car tous les musulmans tomberaient avec toi et auraient bien de la peine à se relever.» Profondément touché par ces paroles, Abou Hanifa versa d’abondantes larmes et, s’adressant à ses compagnons : « Si, dans une question quelconque, dit-il, votre cœur vous suggère une solution meilleure que celle que je vous propose, n’hésitez pas, agissez en conséquence et ne tenez nul compte de mon opinion.» C’est ainsi qu’il pratiquait la justice, même à ses dépens. (Suite et fin)

C. A.

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