A propos du soufisme (IV)

Par Chérif Abdedaïm

« TON ESPRIT S’EST EMMÊLÉ À MON ESPRIT, COMME L’AMBRE S’ALLIE AU MUSC ODORANT. » DISAIT MANSOUR EL HALLADJ DANS SON ÉTAT EXTATIQUE. UN VERS QUI RÉSUME LA QUÊTE DE CES DERWICHES QU’ON APPELLE LES « FOUS » DE DIEU.

Le Chawq ou la voie des soufis Chez les soufis (mystiques musulmans) le chawq est un désir essentiel de la Face de Dieu, et c’est le premier pas sur le sentier qu’ils vont s’efforcer de suivre. « Le chawq (ou la nostalgie) consiste à se laisser subjuguer par la pensée de ce qu’on voudrait avoir, à se trouver contraint d’en endurer la perte, et à le rechercher avec fougue. » disait Abdou Allah El Ansari. Elle est le fait du commun des gens, et dans la voie du privilégié, elle est une déficience. En effet, on a le chawq de ce qui est absent et celui qui l’éprouve est présent, alors que dans la voie du privilégié, il consiste à être absent, Dieu étant présent. « Le chawq informe d’un éloignement, indique une absence et porte les regards vers une saisie. « Et Il est avec vous où que vous soyez. » (Coran LVII, 4) Dans son livre des étapes des itinérants vers Dieu, et s’appuyant sur les versets coraniques (Coran XXIX, 5) « Celui qui espère la rencontre de Dieu (le trouvera), car le terme de Dieu va certes venir. » El Ansari reprend sa définition du chawq par l’élan impétueux du cœur vers quelque chose d’absent. Selon la voie de cette communauté (soufie), la déficience du chawq est considérable. Cette voie n’a de base que la contemplation. Elle comporte chez El Ansari, trois degrés. Le premier degré est le chawq de l’homme pieux pour le Paradis, afin que celui qui craint soit en sécurité, que celui qui est triste soit dans la joie, et que celui qui espère s’empare (de l’objet de son espérance). Le second degré est un chawq envers Dieu, semé par l’amour qui croît sur les rives du bienfait (divins) : le cœur du serviteur s’attache à ses Saints Attributs et en conçoit l’ardent désir de voir les délicatesses de Sa générosité, les signes de Sa bonté et les marques de Sa faveur. Un tel chawq, pense El Ansari, se trouve tempéré par les bontés (de Dieu), perturbé par les joies et combattu par la patience. Quant au troisième degré, « c’est un feu allumé par la pureté de l’amour, qui rend la vie amère, qui prive de (tout) soulagement, et que n’éloigne aucune consolation en deçà de la Rencontre. » La méditation du Coran, du Hadith et des paroles des saints La méditation du Coran, que le fidèle doit lire comme une Parole révélée à l’instant, à lui-même, aura pour fin de lui faire atteindre une unité intérieure : les soufis ont très souvent parlé de la nécessité de parvenir à une intégration de toutes les puissances de la psyché. Cette langue du Coran, dont nulle traduction ne peut rendre la puissance incantatoire, constitue le seul miracle (I’djaz) revendiqué par la religion musulmane. A cet effet, un maître y déclare que la lecture du Livre sacré agit sur le cœur même qui ne le comprend pas, à la façon d’un remède dont le malade ignore la nature et ayant, toutefois, une action plus efficace quand on en pénètre le sens. Dans ce contexte, disait Djalal Eddine Erroumi, l’un des plus grands poètes mystiques de l’Islam: « Dans le cœur passe une image : « retourne vers Ta Source. Le cœur s’enfuit de tous côtés, loin du monde des couleurs et des parfums, en criant : Où donc est la Source ? Et en déchirant ses vêtements par amour. » L’âme aspire désormais à se connaître dans sa vérité supra consciente, car « Celui qui se connaît, connaît son Seigneur », selon une célèbre tradition prophétique méditée par tous les soufis. Mais comment pourrait-elle se voir dans un miroir oxydé par la rouille du péché, troublé par la volubilité du mental ? C’est alors que va débuter l’ascèse. Qu’est-ce que l’ascèse ? Pour El Ansari, (dans les « cent terrains ») Dieu a dit : « En celle-ci sont des hommes qui aiment à se purifier. » (Coran, IX, 108). L’ascèse a trois fondements : l’ascèse des actions en prenant garde, l’ascèse des paroles en les contrôlant et l’ascèse des mœurs en les adoucissant. La première, celle des actions, consiste à suivre la science, manger licite et invoquer Dieu, continuellement. La seconde, celle des paroles, consiste à lire le Coran, ne pas cesser de s’excuser « Istigh’far » (à propos des fautes commises) et donner de bon conseils aux gens. Quant à la troisième, celle des mœurs, elle consiste à faire preuve d’humilité, de générosité du cœur et de patience. (A suivre)

CHÉRIF ABDEDAÏM

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