REPORTAGE : ADRAR, un Havre de paix et de méditation

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Havre de paix et de méditation. Telle serait l’épithète propice à cette merveilleuse région située au sud ouest algérien. Drapée d’une cape rouge tirant parfois vers un mauve chaleureux, la wilaya d’Adrar vous accueille déjà à Timimoune, région du Gourara, qualifiée d’ensorcelante oasis rouge à travers les énormes dunes délimitant la lisière sud du Grand Erg Occidental. Face à la grande porte de la ville de Timimoune, un grand panneau en béton vous indique les distances à parcourir pour atteindre Niamey (à 2025km), Bamako (à 2685km) ou enfin Reggane (à 355km

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Outre la région du Gourara, la province d’Adrar renferme également trois autres importantes régions. Le Touat caractérisé par un interminable chapelet de Ksour allant de Tsabit à Reggane. Le Tidikelt, qui prend naissance à Aoulef et s’étend jusqu’à Aïn Salah. Et enfin, le vide désertique que les touaregs appellent Tanezrouft qui s’étend jusqu’à la frontière malienne, à près de 2600km.

Avec ses 427.968km2, cette grande province constituée de 11 daïra et de 28 communes, est considérée comme la plus grande wilaya du pays avec Tamanrasset. Peuplée de près de 430.000 habitants, la wilaya d’Adrar, a été le fief de plusieurs civilisations. La rudesse de son climat n’a été nullement un handicap aux populations qui l’ont fréquentée depuis la nuit des temps.

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Repères historiques

A commencer par la période antique qui, selon les estimations des archéologues, s’appuyant sur de nombreuses stations de silex, de tumulus, etc, avait déjà abritée certaines populations. Les premières données historiques ont été rapportées par Homère qui allègue déjà aux « visages noirs » (Ethiopici) ou encore Hérodote qui évoque les mares touatiennes bordées de villages habités par ces hommes noirs de petite taille ».

D’autres précisions ont été également rapportées par les Romains sur le nombre de villages qui existait à l’époque. Parmi les 17 villages cités par Ptolémée : Doudoum ( Deldoul), Toukabat (Tsabit) ou encore Bunta ( Bouda). Dans ce contexte, il décrit les premières peuplades berbères, Gétules, etc.

Au cours de la période médiévale, le Touat ou le Tigourarine comme le désigne Ibn Khaldoun, jouera jouer un rôle relativement important de par sa position géographique. Non seulement, il va servir de relai commercial vers l’Afrique Noir, mais aussi il constituera un refuge pour toutes les tribus menacées au cours des événements qui vont secouer le Maghreb musulman. Ce qui de facto provoquera une grande série de migrations. Boramiques, Zénètes, Hilaliens vont successivement ainsi se relayés.

Cet assortiment de populations d’origines diverse et de création de nouvelles Oasis va se poursuivre jusqu’en 1900 où il sera bloqué par la colonisation. Pour rappel, les Forces françaises ont pénétré dans cette région fin décembre 1899. Sur un plan économique, cette région a connu une grande prospérité dans la mesure où elle est devenue un grand carrefour commercial avec notamment la mise en valeur de la région de Tamentit.

Cela dit, cette mixtion de populations hétéroclites va enfanter une richesse culturelle exceptionnelle et diversifiée.

De l’eau sous les Ksours

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Ce qui fait la fierté des habitants de cette région, ce sont ces foggaras et ces Ksours qui estampillent toute la région. Ainsi, plus de 1500 kilomètres de galeries souterraines traversent le sous sol et drainent cette eau précieuse à travers ces immenses étendues sablonneuses, en apparence sous le joug d’un soleil ardent. Un océan de dunes clairsemé d’émeraude-oasis qui vous plonge dans un rêve qui n’a cessé de fasciner les hommes depuis la nuit des temps. L’eau soutirée du plateau de Tademaït par les foggaras nourrit une multitude de palmeraies qui composent les centaines d’Oasis.

Toute cette fraîcheur insoupçonnée circule sous l’œil bienveillant des Ksours ou villages fortifiés, conçus sous forme de Casbah géantes. De véritables citadelles ceintes d’énormes remparts en argile ocre, souvent en ruines et utilisé autrefois par les autochtones pour se défendre contre les pillards et les razzias.

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Autres fiertés patrimoniales

A l’instar d’autres régions du Sud algérien, la wilaya d’Adrar se distingue par son potentiel bibliothécaire appelé communément les Khizanat. Sceaux de célèbres personnages (érudits, jurisconsultes), ces petites bibliothèques, renfermant des milliers de manuscrits, ont fait l’objet récemment d’un recensement en vue d’une éventuelle restauration », nous déclare monsieur Mahdi Tittafi, ex. directeur de la culture d’Adrar. Cette pléiade d’intellectuels a notamment contribué à la création de nombreux centres religieux et culturels, dont les Zaouia qui ont rayonné pendant plusieurs siècles sur une partie du Maghreb et de l’Afrique Sub-Saharienne. Ainsi, ont-ils laissé un legs de rares connaissances qui ne demande qu’à être exploité.

Randonnée à Tamantit

Au cours de notre court séjour, nous avons visité la région de Tamantit située à une vingtaine de kilomètre du chef lieu d’Adrar. Le vieux Ksar qui perdure tel un archipel défiant le temps, demeure aussi impressionnant que par le passé. SA nouvelle mosquée côtoie son dédale de ruelles. Tel un labyrinthe, ce site vous offre une autre perception de l’espace. Un espace révélateur du rapprochement des populations qui y sont passées. Une solidarité transpirée par ses vieux murs à moitié effondrés. A l’époque les relations interpersonnelles, nous dit-on, n’avaient pas à en pâtir, vu que la micro-société était régie par des lois rigoureuses où chaque individu jouait pleinement son rôle. Les sphères personnelles se fondaient dans la sphère collective. Dans cet univers, certaines palmeraies, égayées par les éternelles foggaras, brisaient la monotonie du quotidien. Une atmosphère inspiratrice de poésie et de divertissements du Baroud ou de la Haddra. Cette danse religieuse commune aux différentes régions saharienne, accompagnée de chants mystiques dédiés aux grands maîtres des confréries est généralement organisée à une période précise de l’année.

En autres moyens d’expression lyrique l’Halil, genre Zénet chanté à travers tout le Gourara. C’est l’expression artistique la plus populaire et la plus raffinée de tout le Sud algérien.

N’oublions pas également, le Tbal, spécifique à la région du Tidikelt et au Touat ; le Karabou, ou danse des esclaves, ou encore le Sara (danse des bâtons) et la Berzana (danse religieuse).

Dans ce cocktail socio-culturel, l’hospitalité des gens du sud a été et reste toujours de rigueur. Vous ne pouvez pas passez par là sans que quelqu’une ne vous invite à être son commensal.

Après notre visite du Ksar de Tmassakht et de sa grotte souterraine, nous prenons la direction de Taberkat où nous étions invités, en compagnie de notre ami et poète Abdelkader Abid, à partager un couscous au cœur d’une somptueuse palmeraie.

Sur la route notre regard flotte avec le vide à travers ces kilomètres de sables où le pourpre impose sa texture à cette immense toile inspirant de sublimes strophes. Dans cette paix des profondeurs, vous apercevez de temps à autre un vieux Ksar qui surgit des sables tel un mirage qui, par magie, enfante le réel.

Et pourtant, à première vue, la région semblait désolée sous un soleil de plomb et un léger vent de sable de février. Qui aurait soupçonné ce que cachaient les façades pourpres de cette bourgade  où nous étions accueillis chaleureusement? En effet, il ne faut jamais se fier aux apparences. Le Sahara, toujours aussi capricieux, garde encore jalousement ses secrets.

Reportage réalisé par Chérif Abdedaïm, La Nouvelle République du 6 mars 2012

www.lnr-dz.com/pdf/journal/journal_du_2012-03-06/lnr.pdf

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