REPORTAGE: Le centre de développement intégré de la filière avicole à Chelghoum Laïd : Quand la compétence prime

image Mise en service à l’occasion de la visite présidentielle 2004 dans la wilaya de Mila, l’unité avicole groupe Boussouf affiche des ambitions pour le moins que l’on puisse dire réalistes. « Doucement mais sûrement », semble nous dire son PDG, monsieur Malik Boussouf. Un vétérinaire avec 27 ans de service et qui s’est progressivement reconverti en fabriquant d’aliment pour volaille ; plus ambitieux encore, il compte produire de l’aliment pour bétail, et plus encore, développer son premier créneau au point d’être producteur, éleveur et distributeur.

Et pourtant, cette jeune entreprise n’a que trois d’activité. Trois années où le savoir-faire s’est manifesté par des résultats concluants.

« Au départ, nous importions des produits vétérinaires. Puis l’idée nous est venue pour développer notre créneau. Alors, nous avons acheté un petit terrain de 2 hectares et nous avons construit la première chaine », nous déclare M.Boussouf.

Cette première chaine dont le coût avoisine les 32,2 millions de DA, et d’une capacité de 10 tonnes/heure en poudre et 5 tonnes/heure en granulé, a été renforcée par une seconde plus performante. Celle-ci produit actuellement 150 tonnes/jour dont 90% constitués de granulé.

La filière alimentaire

Cette unité s’est donnée comme vocation première, avant même d’entamer la filière de l’élevage, la production de l’aliment pour le poulet de chair, la poule pondeuse et la dinde : du démarrage à l’abattage. Parce qu’il y a 3 genres d’aliments pour le poulet de chair et la dinde ; il y a le démarrage, la croissance et la finition et la formule change à chaque fois. Prochainement, avec l’avènement de la 3ème unité, l’objectif étant de produire un aliment pour les grands animaux, c’est-à-dire, la vache laitière, le bovin et l’ovin. Un produit qui n’existe pas actuellement en Algérie. Un produit qui, évidemment contribuera à coup sûr en matière de performance laitière. A ce sujet, M.Boussouf, spécialiste en la matière, est affirmatif : « Nous sommes en 2007, et l’éleveur continue à donner du son au bétail ce qui n’a aucun apport protéique, et, en contrepartie, il attend de bonnes performances de la vache. Donc, notre but est de produire un aliment qui va remplacer l’alimentation printanière telle que l’herbe. Au printemps, par exemple, la vache peut donner jusqu’à 20, 25 litres/jour, alors qu’en hiver, elle ne peut dépasser les 5 litres/jour. De par ce nouvel apport, nous allons créer un substitut de l’alimentation printanière en aliment granulé. Sa composition va comprendre la mélasse, des vitamines et d’autres composantes, c’est toute une formule à respecter. »

Autre exemple cité, celui du poulet de chair : « D’habitude, les 1000 sujets consomment pas moins de 60 à 70 quintaux, pour une période d’élevage allant de 60 à 75 jours. Actuellement, avec notre aliment, il peut atteindre un poids variant de 2,6kg à 3 kg, pour une consommation de 50 quintaux d’aliments en 50jours. Donc, l’éleveur va gagner du temps, comme il peut mettre en place une autre bande. Il va gagner, également, 15 quintaux d’aliments/ pour 1000 sujets. »

Par ailleurs, cette nouvelle unité permettra également d’accroître le nombre de postes d’emploi. Si actuellement, on compte 80 postes d’emploi permanents, ce nombre atteindre les 140 postes ; alors que celui des emplois indirects avoisinera les 700 à 800 postes.

La dinde en perspective

Dans ce registre, l’unité dispose également de quatre incubateurs d’une capacité de 28.800 œufs/21 jours et de deux éclosoirs avec un total de six chariots. Ce couvoir dont le montant avoisine les 15,5 millions de DA sera renforcé par un second couvoir pour la production du poussin dinde avec une capacité d’incubation de 16.848 œufs/27jours.

Dans ce contexte, le groupe est en train de développer son propre élevage avec une moyenne actuelle de 50.000 sujets tous les 50 à 60 jours. à court terme (2008-2009) l’objectif du groupe vise une moyenne de 300.000 sujets d’élevage ; la création de batteries de poules pondeuses de 280.000 sujets, et de sa propre « repro-chair » (reproduction du poulet de chair). Une stratégie qui mettra fin à l’achat de l’œuf du poussin de chair et qui sera ponctuée par la réalisation de son propre abattoir.

Outre le poulet de chair, un autre projet sera consacré à l’élevage de la dinde. La BIG 6, une des souches de renommée internationale ayant déjà fait ses preuves en Algérie, et qui peut atteindre les 20 à 22 kg..

Cette initiative, vise selon monsieur Boussouf, deux objectifs. D’une part, à mettre fin à l’importation du dindonneau vivant soumis à des risques de mortalité au cours du voyage. Et d’autre part, à éviter la fréquence des déplacements vers l’étranger et l’autonomie productive vis –à-vis des firmes étrangères

Ainsi, dans un avenir proche, le train des ambitions de cette filière s’étendra selon monsieur Faouzi Anik, le gérant, à un élevage d’environ 400.000sujets. Actuellement, le groupe est en concertation avec des italiens et des ukrainiens pour la création de nouveaux hangars prototypes permettant la multiplication du volume de production, selon des techniques de pointes.

Et les prix ?

Enfin pour clôturer ce circuit, le groupe compte notamment réaliser sa propre unité d’abattage ; ce qui aura un impact assez significatif sur le prix du poulet et de la dinde, voire même sur le consommateur. Car, si ce prix est, actuellement, parfois élevé, c’est qu’il est régulé par le diktat des abattoirs. Ces derniers, imposent leur diktat aux producteurs et au consommateur. L’explication qui nous est donnée par les deux premiers responsables du groupe est la suivante : « Le problème se situe au niveau des abattoirs. Ils achètent le poulet à 90DA, alors que si l’éleveur ne le vend pas à 100 ou 110 DA il est perdant. Donc, même si le marché du poulet chute à 80 DA, au niveau de l’abattoir il est généralement maintenu à 160 ou 170 DA. Le poulet revient en général à 110DA, alors que le prix réel dépend des aléas de la production, des mentalités, de la période (par exemple des fêtes) et de beaucoup de facteurs. »

Et la solution ? Selon ces deux spécialistes de la question, elle demeure tributaire de la mise en place d’une organisation des aviculteurs.

« Car, ils sont livrés à eux-mêmes. Ils ne trouvent pas d’interlocuteurs pour exposer leurs problèmes ».

Donc, l’organisation des éleveurs peut influencer sur les prix parce que ce sont eux finalement qui négocient avec l’abattoir. A cela, faudrait-il encore ajouter le rôle des services de contrôle pour mettre fin aux couvoirs et aux abattoirs clandestins qui influent énormément, et sur la qualité du poulet et sur son prix. A cet effet, dire M. Boussouf : « Ces gens mélangent n’importe quoi, ce qui ce répercute sur la production elle-même. Au bout de 80 jours le poulet n’arrive même pas à atteindre les 2 kg, et l’éleveur est perdant sur toute la ligne. L’Etat doit contrôler la composition du produit. Il ya une formule à respecter et il faut jouer le jeu. Pour nos produits on les envoie chaque mois aux laboratoires Roches pour des analyses. Donc, à défaut de traçabilité, le produit normalement devrait faire l’objet de sanctions.»

Des mesures préventives qui s’imposent afin de prémunir le consommateur contre les maladies et le diktat des prix. La balle est dans le camp des pouvoirs publics.

Reportage réalisé par Chérif Abdedaïm (La Nouvelle République)

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