Entretien avec Malik Boussouf, PDG du centre de développement intégré de la filière avicole : « Les services de contrôle doivent jouer leur rôle »

portrait de Malik Boussouf PDG Vétérinaire de formation depuis 27 ans, Malik Boussouf, PDG du groupe, a choisi l’investissement dans un créneau qu’il affectionne. Apporter son savoir-faire afin de développer une filière gérée jusqu‘à présent de façon anarchique, demeure l’un des ses objectifs. Ecoutons-le :

LNR: Monsieur Boussouf, comment avez-vous eu l’idée de créer cette entreprise ?

Au départ, nous avons commencé par l’importation des produits vétérinaires. En 1998, nous avons eu l’idée de passer à la production. Nous avons acheté un terrain de 2 ha dans la zone industrielle de Chelghoum Laïd, puis, en 2004, nous sommes entrés en production. Cela a coïncidé avec la de la visite du président de la République à notre unité. Nous avons, donc, été, les premiers à produire un aliment en granulé (ou en émietté), avec une formule qui nous a été donnée par les laboratoires Roche Ascor/Chimia. Nous sommes arrivés en 50 jours à avoir un poulet avoisinant les 2kg 800. Nous sommes aussi les premiers à incorporer de l’huile végétale et les vitamines. Ce faisant, nous avons constaté que les résultats étaient probants ne serait-ce que pour les aviculteurs, ce qui nous a encouragé à monter une seconde unité, plus productive, et actuellement nous sommes en train de monter une troisième unité pour répondre aux besoins du marché. En matière de crédit, nous avons entamé la première unité avec 75% de notre apport personnel. Alors que pour les 2ème et 3ème unités, nous nous sommes basés sur nos propres fonds. En quelque sorte, nous avons réinvesti nos bénéfices pour développer et améliorer notre production et nos prestations.

En matière de personnel, nous avons créé 80 postes d’emploi permanents et environ 400 postes indirects.

LNR: En quoi consiste votre production actuelle ?

Actuellement, nous produisons l’aliment pour le poulet de chair, la poule pondeuse et la dinde ; du démarrage à l’abattage. Parce qu’il y a 3 genres d’aliments pour le poulet de chair et la dinde ; il y a le démarrage, la croissance et la finition et la formule change à chaque fois. Prochainement, avec l’avènement de la 3ème unité, nous allons notamment produire un aliment pour les grands animaux, c’est-à-dire, la vache laitière, le bovin et l’ovin. Quelque chose qui n’existe pas en Algérie. Nous sommes en 2007, et l’éleveur continue à donner du son au bétail ce qui n’a aucun apport protéique, et, en contrepartie, il attend de bonnes performances de la vache. Donc, notre but est de produire un aliment qui va remplacer l’alimentation printanière telle que l’herbe. Au printemps, par exemple, la vache peut donner jusqu’à 20, 25 litres/jour, alors qu’en hiver, elle ne peut dépasser les 5 litres/jour. De par ce nouvel apport, nous allons créer un substitut de l’alimentation printanière en aliment granulé. Sa composition va comprendre la mélasse, des vitamines et d’autres composantes, c’est toute une formule à respecter. A titre d’exemple, je citerai le poulet de chair. D’habitude, les 1000 sujets consomment pas moins de 60 à 70 quintaux, pour une période d’élevage allant de 60 à 75 jours. Actuellement, avec notre aliment, il peut atteindre un poids variant de 2,6kg à 3 kg, pour une consommation de 50 quintaux d’aliments en 50jours. Donc, l’éleveur va gagner du temps, comme il peut mettre en place une autre bande. Il va gagner, également, 15 quintaux d’aliments/ pour 1000 sujets.

Sur un autre plan, nous envisageons de développer notre propre élevage. Actuellement, nous avons une moyenne de 50.000 sujets en élevage tous les 50 à 60 jours. Nous venons d’acquérir des terrains un peu partout dans la wilaya de Mila pour étendre justement ce type d’élevage.

Donc, à court terme (2008-2009) notre objectif est d’arriver à 300.000 sujets d’élevage ; d’avoir des batteries de poules pondeuses de 280.000 sujets, et notre « repro-chair » (reproduction du poulet de chair), parce qu’actuellement nous achetons l’œuf du poussin de chair chez l’Etat. Nous voulons, donc, produire notre propre poussin- chair, et achever notre projet par un abattoir avicole ; c’est-à-dire du poussin à l’aliment, à la chair. Nous disposons d’incubateurs d’une capacité 115.200 poussins. Chaque semaine nous avons une éclosion de 22.000 poussins environ. Le procédé consiste à mettre l’œuf dans l’incubateur pendant une durée de 18 jours, puis 3 jours dans l’éclosoir. Nous gardons, en fin de compte ce dont nous avons besoin pour notre propre élevage et nous vendons l’excédent.

LNR: N’envisagez-vous pas également la production de la dinde ?

C’est l’une de nos perspectives de production. Avant nous importons la dinde vivante : le dindonneau d’un jour. Actuellement, nous avons importé des machines et nous avons signé un contrat avec les italiens, pour la production de la dinde. La BIG 6 qui est une souche de renommée internationale et qui a fait ses preuves en Algérie. C’est une dinde qui peut atteindre un poids de 20, 22 kg. Au lieu d’importer la dinde vivante d’un jour, en courant le risque de mortalité, ce qui constitue une perte sèche à nos dépens, nous avons opté pour le développement de cette filière chez nous. Dans ce sens, nous allons l’incuber et développer le poussin dindonneau reproducteur de l’œuf, c’est ce qu’on appelle les parentaux. Ce qui sur un autre plan nous permettra d’éviter les déplacements hebdomadaire, comme nous garantirons notre indépendance vis-à-vis des firmes étrangères.

LNR: Quel est votre rayon de distribution, actuel ?

A l heure actuelle, nous couvrons presque toutes les wilayas de l’Est algérien (Tebessa, Béjaïa, Sétif, Batna, etc). Nous avons des clients à Tamanrasset. Toutefois, faudrait-il remarquer que si l’on dépasse un certain seuil, l’aliment deviendra cher vu les coûts du transport qui vont se répercuter sur l’éleveur et le consommateur par la même occasion.

N’oublions pas que pour la matière de base, comme le maïs et le Soja qui ne sont malheureusement pas produit en Algérie, nous les achetons chez un importateur ; pour les vitamines on les achète chez les laboratoires Roche. L’huile végétale, le sel et le son sont achetés sur le marché local.

Donc, pour pouvoir gérer rigoureusement cette situation, nous avons opté pour une politique de coopération à même d’encourager les éleveurs.

LNR: Pouvez-vous précisez davantage ?

Nous considérons nos clients comme des partenaires, faisant partie intégrante de notre société. Nous leur offrons des facilités de payement à même de les encourager à produire en en quantité et en qualité . Nous leur accordons des crédits sans condition avec tous les risques que nous supportons. Ils prennent le produit à crédit, une fois leur production (c’est-à-dire, le poulet) vendue, ils viennent s’acquitter de leurs dettes, après 50 à 60 jours. Par la même occasion, nous leur assurons une assistance technique de par un suivi avec nos vétérinaires (conseils, vulgarisation, etc)

Notre but est de garantir un produit sain. Pour nous c’est la traçabilité du produit ; du poussin à l’aliment à l’élevage qui prime. La marque du produit Boussouf garantira au moins au consommateur un produit sain ; ce n’est pas un produit comme ceux qu’on trouve sur le marché, où les gens fabriquent une alimentation qui n’obéit à aucune norme scientifique, d’une façon anarchique et qui de surcroît se répercute sur la qualité du poulet et le consommateur.

LNR: Comment expliquez-vous la hausse du prix du poulet, à l’heure actuelle ?

Le problème se situe au niveau des abattoirs. Ils achètent le poulet à 90DA, alors que si l’éleveur ne le vend pas à 100 ou 110 DA il est perdant. Donc, même si le marché du poulet chute à 80 DA, au niveau de l’abattoir il est généralement maintenu à 160 ou 170 DA. Le poulet revient en général à 110DA, alors que le prix réel dépend des aléas de la production, des mentalités, de la période (par exemple des fêtes) et de beaucoup de facteurs.

LNR: Quelle solution, d’après-vous, pourrait mettre fin à cette problématique ?

Pour notre part, nous pourrons éventuellement influencer cette diminution notamment avec la mise en place prochaine de notre propre abattoir. Toutefois, les aviculteurs doivent s’organiser, car, ils sont livrés à eux-mêmes. Ils ne trouvent pas d’interlocuteurs pour exposer leurs problèmes.

En l’absence de règles de jeu, le diktat est imposé par celui qui détient l’abattoir. Donc, l’organisation des éleveurs peut influencer sur les prix parce que ce sont eux finalement qui négocient avec l’abattoir. Les seuls qui jouaient réellement leurs rôles c’étaient les abattoirs de l’Etat, mais maintenant la plupart d’entre eux sont fermés, ce qui a permis aux opérateurs privés d’imposer leur diktat. N’oublions pas qu’il y a également certains abattoirs et couvoirs qui travaillent au noir et qui ne sont pas agréés. Et là, la balle est dans le camp des services de contrôle qui, en principe, doivent demander la traçabilité du produit, les factures, etc. La formule de l’aliment c’est toute une science. Ces gens mélangent n’importe quoi, ce qui ce répercute sur la production elle-même. Au bout de 80 jours le poulet n’arrive même pas à atteindre les 2 kg, et l’éleveur est perdant sur toute la ligne. L’Etat doit contrôler la composition du produit. Il ya une formule à respecter et il faut jouer le jeu. Pour nos produits on les envoie chaque mois aux laboratoires Roches pour des analyses.

LNR/Un dernier mot…

Ce que je souhaite c’est qu’il y ait une organisation des aviculteurs dont la plupart sont des ignorants, et que tout le monde joue son rôle ce qui se répercutera sur toute la filière producteur-consommateur.

Entretien réalisé par Chérif Abdedaïm (La Nouvelle République)

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