Portrait d’un artiste : Hocine Derbal, l’homme de tous les défis

Hocine Derbal devant quelques fresques

« Comme partout ailleurs, il existe des gens doués en dépit de leur manque d’instruction ». Tels sont les propos de Hocine Derbal, un artisan, un artiste formé par la pauvreté comme tient-il à nous confier. Cet enfant de Sidi Mérouane (W. de Mila) a été adopté dès son jeune âge par les ateliers du Bardo (à Constantine) où il a appris la dinanderie. Un métier qu’il a raffiné au fil des ans et surtout après son retour au berceau natal.

Non content d’avoir parfaitement maîtrisé son métier, il s’élance dans l’art des fresques et des grands projets. La panoplie des œuvres exposées à chaque occasion, révèle la touche d’un artiste formé par la dureté de la vie. Un artiste dont l’œuvre se caractérise par des touches multidimensionnelles accumulée au cours de 51 ans d’expérience au contact du cuivre. Ustensiles, portrait, paysages, bref des œuvres qui dénotent d’une recherche féconde qui dépasse le cadre artisanal. Une touche, une expression où le symbole essentiel est le renouveau ; montrant ainsi que le métal n’a pas besoin de force pour être maté, au contraire, il s’adapte à la délicate estampille et aux aspirations de l’artiste. Hocine ne se contente pas de miniatures, ni de formes réelles, il se lance également dans la réalisation des œuvres monumentales: tel le couscoussier géant (3m40/1m70) exposé à l’hôtel Sheraton. Une œuvre réalisée en 2 mois et demi au milieu de la rue sous les youyous de femmes de Sidi Mérouane. Un couscousier d’une capacité de 1,5qx de couscous, 400kg de viande et 1,20qx de légumes. Ou encore ses deux dernières œuvres réalisées pour l’hôtel de la wilaya de Mila, en l’occurrence une fresque du barrage Beni Haroun (7,20m/2,60m) et celle de Aïn Lebled représentant le vieux Mila(3,m60/2,50m). Un mélange de bronze, cuivre et argent mêlé au bois rouge.

Des ambitions projetées, peut-être, sur cette masse de cuivre, mais saines quant aux aspirations de l’artiste qui, toujours en quête de perfection, estime que la recherche n’a pas de limites. Notre artiste ne manque pas de projets aussi impressionnants les uns que les autres et qu’il ne veut pas encore révéler avant leur réalisation. Hocine l’homme des défis, comme se plaisent à l’appeler ses amis, a été primé à plusieurs occasions : médaille d’or respectivement à l’occasion du salon Méditerranéen de l’artisanat (Annaba 1985-1986) et du salon de l’artisanat en 1999, médaille de bronze à l’occasion des jeux Africains de 1979. Parallèlement à cela, il a eu également l’occasion de représenter l’Algérie en Italie, en France, en Allemagne et aux Emirats Arabes unies. « J’ai été élevé dans la pauvreté, sans instruction », nous révèle-t-il. Conditions qui ont fait de lui le maître, voire le « père » de plus d’une trentaine d’apprentis. Tous ont eu la chance d’acquérir ce métier en compagnie du maître.

Un défi de plus, son amour pour son pays. Comme tout algérien touché dans sa chair par les déboires des années noires, il a eu l’idée d’entamer la marche pour la réconciliation nationale en septembre 2005, Mila-Alger, en 9 jours. Pari réussi pour un quinquagénaire à la mesure de ses ambitions.

Cela dit, en 2011, Hocine récidive avec un projet de grande envergure qui à coup sûr ne manquerait pas de l’inclure dans le Guinness.

Cette fois, il vient de réaliser 16 fresques d’une longueur totale de 72m60/ 3m. Un record en la matière qui était détenu par un syrien avec 50m/2m40 retraçant 900 ans d’histoire de la Syrie. Dans ces œuvres, Hocine a retracé l’histoire de la wilaya de Mila : époques romaine,

islamique, coloniale, indépendance pour aboutir enfin à la préoccupation actuelle, celle du développement local.

Dans ces 16 œuvres de dimensions variables (allant de 4m95 à 9m60 / 2m95 ) où se conjuguent des messages iconique et linguistique, l’artiste, sans hésitation aucune, est allé à la recherche d’une œuvre, unique en son genre, afin de perpétuer l’histoire de cette région.

Pour la réalisation de ce projet, il lui a fallu utiliser 1,800 tonne de cuivre, 270 kg de bronze et 8 kg d’argent. Le poids de chaque fresque avoisine les 3,2 tonnes, alors que son transport nécessite une vingtaine de personnes.

Durant 7 mois de recherche, avec le concours de 13 ouvriers spécialisés, il a travaillé sans relâche au point d’avoir frisé l’hospitalisation. « Pour moi, c’est un honneur de se sacrifier pour son pays. », nous dira-t-il dans un élan patriotique. Relever d’autres défis ? Hocine est prêts à reconduire cette expérience dans d’autres wilaya.

D’après notre interlocuteur, cette œuvre sera inaugurée le 1er novembre à Aïn Sayah ( à Mila), un nouveau pôle touristique et historique en voie de réalisation.

Chérif Abdedaïm

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