Entretien : Hadj Salah Rahmani et Hamdi Benani à La Nouvelle République : « L’enseignement de la musique andalouse doit être intégré aux programmes scolaires. »

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Salah Rahmani

En marge de la cinquième édition du festival des Aïssaoua organisé à Mila, La Nouvelle République a saisi l’occasion pour dresser un état des lieux avec deux grandes figures du Malouf ; écoutons les :

 

LNR/ Pouvez-vous nous dresser un état des lieux de la musique Malouf actuellement ?

Salah Rahmani : Je crois qu’une relève existe. De bon instrumentistes et chanteurs, que ce soit à Constantine, Annaba, Skikda ou ailleurs ; toutefois, il me semble que nos jeunes ont tendance à privilégier l’aspect commercial que l’art lui-même. Pour ce qui est de nos anciennes générations, les chouyoukh nous avaient inculquaient cet amour de l’art avant toute autre considération. Actuellement les représentations ont changé.

Hamdi Benani : En ce qui me concerne je suis convaincu que le Malouf va plutôt mieux qu’avant. Avant c’était Constantine, Annaba, Souk Ahras, Guelma, Sétif ; à part ces grandes villes on ne trouve pas cette pratique ailleurs. Maintenant, ce genre a pris une dimension nationale, voire même internationale.

LNR : Certains pensent que le Raï ou les autres genres modernes ont investi le terrain et que la place du Malouf est désormais compromise ; qu’en pensez-vous ?

Salah Rahmani : A mon avis, si ces genres ont investi le terrain, c’est parce qu’ils ont trouvé un vide dû en partie au programme diffusés que ce soit à la radio ou à la télévision. On a tendance à privilégier la chanson égyptienne ou autre par rapport à notre patrimoine qui est notre âme même. Je préfère qu’une attention particulière soit donnée à la chanson Kabyle, Chaoui, folklorique ou autre que de faire entendre à nos jeunes un patrimoine qui n’est pas le leur et qui jeutement in flue sur ce déracinement si l’on peut dire.

Hamdi Benani : Certains pensent que le raï ou la chanson moderne viennent détrôner le Malouf, je ne le pense pas ; d’abord, parce que c’est un genre qui est enraciné dans notre culture, un genre qui a des piliers qu’on ne saurait nier ; et ensuite, parce qu’il a été également propulsé, médiatisé ici et ailleurs. C’est-à-dire sur le plan international. Ce qu’il faudrait toutefois, prévoir, c’est d’alléger les Nouba qui pour la plupart peuvent durer jusqu’à une heure quarante cinq minutes. Pour ne pas ennuyer nos auditeurs, il faut les faire goûter à cet art, vivre et faire vivre le spectateur. Il y a aussi manière et manière. Tout dépend donc du chanteur lui-même.

LNR : Quelle stratégie faudrait-il justement adopter pour la préservation de notre patrimoine ?

Salah Rahmani : A mon avis, il faut travailler dans deux directions. D’une part, développer les conservatoires et enseigner scientifiquement ce trésor ancestral à nos jeunes génération, et d’autre part, intégrer l’enseignement de cette musique de façon officielle au niveau de l’école algérienne, du moment où nos jeunes écoliers ont une matière intitulée l’éducation musicale. Si vous les questionnez sur des poètes tels que Benmssaïb, Ben Debbah, Benkhellouf, etc, ils ne les connaissent pas, alors que paradoxalement ils vous citent des chanteurs occidentaux qui n’ont aucune relation avec notre patrimoine. Notre patrimoine est notre âme, donc, il ne faut pas le sacrifier.

Hamdi Benani : Je crois que l’école a un très grand rôle à jouer. Le ministère de la Culture en collaboration avec celui de l’Education doivent prendre acte de cela et profiter justement de l’enseignement de l’éducation musical afin de préserver ce patrimoine ancestral.

A cela j’ajouterais que la médiatisation a notamment un grand rôle à jouer dans la perpétuation de cette tradition. Passer des concerts régulièrement que ce soit à la radio ou à la télévision serait l’une des solutions pour faire aimer ce genre ; toutefois, l’heure d’écoute est très importante. Si vous passez un concert à minuit, vous avez peu de chance à ce qu’il soit suivi par une jeune enfant de 10 ans, par exemple. Pour cela, il faut choisir des moments appropriés.

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LNR : Un dernier mot…

Salah Rahmani : Actuellement je suis en train de travailler sur un livre sur la musique andalouse afin d’éclairer nos jeunes sur ce riche patrimoine et par la même occasion corriger certaines erreurs jusque là admises comme des vérités. Par exemple, on a toujours attribué nos genre musicaux dans le cadre de la musique andalouse à des écoles telle que Séville, Cordoue ou Grenade. Je dis que cela est faux. Certes les textes sont andalous, par contre la musique a été forgée dans notre terroir ; C’est grâce aux différent maîtres de confréries Aïssaouia, Rahmania et Tayebia que des Sanâa ont été mise en place, au 15, 16 et 17ème siècles, et adaptées aux textes. Enfin, je remercie La Nouvelle République de s’être intéressé à ce sujet qui mérite une grande attention.

Hamdi Benani : Pour ma part, je viens de publier ma biographie. Ce livre vient de sortir avec le concours de l’ONDA aux éditions Nassim. Il est intitulé : « Hamdi Benani : un ange blanc dans un ciel bleu ou la vie en rose ». C’est un recueil de 152 pages dans lequel les lecteurs trouveront tout mon parcours de 1954 jusqu’à ce jour, ainsi que mes contacts avec les chouyoukh, etc. Et puisque La Nouvelle République m’a donné cette occasion, pour laquelle je la remercie amplement, je tiens à informer le large public que ce livre sera présenté dans l’émission de Youcef Sayah, « Expression livre » le mardi 18 mai, ainsi qu’une vente dédicace sera organisée au théâtre régional de Annaba le 19 mai prochain.

Entretien réalisé par Chérif Abdedaïm (La Nouvelle République 15 mai 2010)

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