Saoudi Beddiaf, un virtuose à la piscine

photo saoudi

Biskra. 14h. Le téléphone sonne. On lui demande de composer une chanson patriotique pour clôturer la semaine des arts et des cultures populaires de Mila (à Biskra). Il ne rechigne pas. En présence des jeunes chanteurs Mahmoud et Mohamed, il compose sa mélodie polyphonique. Une valse sur le mode Sahli qui sera présentée à l’heure indiquée, et avec succès. C’est ainsi que Beddiaf Boussaoud, alias Saoudi, persiste et signe.

A peine la quarantaine, il a déjà, à son actif, plusieurs compositions dont la dernière opérette diffusée en première par la nouvelle station régionale de radio Mila. Ce mélomane dans la peau chevronné avait caressé les premières touches de l’accordéon à l’âge de 11 ans à Constantine. Depuis, il a côtoyé la crème des musiciens constantinois. En 1983, il faisait déjà partie de l’orchestre pilote de la RTA de Constantine sous la direction du maitre Salim Benabdelhafid. Comme il a eu l’insigne honneur de monter sur scène en compagnie de grandes vedettes de la musique andalouse, chaâbi et autres, à l’instar de Med Tahar Fergani, Sid Ali Driss,, Youcef Boukhantache, etc.

Puis, les exigences professionnelles l’on incité à quitter sa ville natale pour s’installer à Mila comme greffier. Une carrière qu’il a vite abandonnée comme un poisson qui voulait regagner son milieu aquatique, en l’occurrence, la musique.

Il avait alors, occupé un poste comme animateur culturel bénévole, au FAJ de Mila. Ses compétences lui ont valu une nomination en tant qu’agent polyvalent. Et c’est à la Maison de jeunes Abdelhak Benhammouda, qu’il se consacrera à la formation des jeunes mélomanes. Plusieurs promotions de jeunes talents sortiront de son école. Ses participations tant au niveau locale qu’au niveau régional, depuis 1994 jusqu’à l’année 2008, ont été couronnées par plusieurs prix. A la Maison de jeunes, il avait à sa charge 75 adhérents avec lesquels il avait constitué différents groupes de musique moderne, et différentes chorales. Actuellement, il est sollicité par la Maison de la Culture de Mila, pour encadrer le groupe pilote qui se trouve à l’état embryonnaire, et dont la mission consistera à reprétsenter la wilaya aux différentes manifestations culturelles.

En matière de styles, Saoudi nage dans tous les océans (moderne, andalous, chaâbi, etc), aucune difficulté à manier les touches de son clavier, ni de créer de nouvelles mélodies. Il fait partie de cette race de virtuoses qui ne se contentent pas d’interpréter mais de créer, et dont la jeunesse a amplement besoin dans ce domaine.

Toutefois, il y a quatre mois, il se retrouve à la piscine de Mila comme agent polyvalent où il endure ses rudes journées dans l’ennui. La nouvelle direction de la jeunesse et des sports de Mila, l’a ainsi, voulu. Pour quelles raisons? Saoudi lui même l’ignore. En dépit des correspondances adressées à son chef hiérarchique le (DJS), aucune réponse ne lui est parvenue. Cette situation mérite quand même certains questionnements. D’abord, un talent de cette trempe et qui a fait ses preuves auprès des jeunes, n’est-il pas brimé dans ce nouveau cadre, en passant ses journées à contempler les eaux d’une une piscine à longueur de journée? Quelle est sa rentabilité dans un tel lieu? Cette affectation "arbitraire" saurait-elle refléter les instructions ministérielles quant à la prise en charge efficientes des jeunes afin de résorber le chômage, de les préserver des fléaux sociaux, et ce, déjà, par le choix d’un encadrement compétents? Un cas parmi tant d’autres dénotant de l’insouciance, serions-nous tenté de dire, de certains responsables, en dépit des moyens colossaux impartis par l’Etat. Voilà, un talent qui risque d’être noyé dans une piscine alors que beaucoup de jeunes ont besoin de sa riche expérience. Une question qui devrait interpeler les responsables concernés.

Chérif Abdedaïm

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