Belloum Aïssa, un artiste qui se consume dans l’indifférence

l'artiste Aïssa Belloum "Loin d’être un amusement de bons à rien ou un passe temps pour débiles, le monde artistique est une réalité infiniment présente", écrivait Belloum Aïssa dans ses réflexions. Une sentence dirions-nous qui réponds, à bien des égards, à ce regard porté sur ces artistes "errants" dans la solitude de la création, et ostracisés par une société loin de l’univers esthétique.

Et pourtant, l’artiste rétorque:" La peinture est comme une peau qui habille, protège, embellit du simple objet aux choses gigantesques." La société ne le perçoit pas sous cet angle; sinon, comment expliquer cette indifférence manifestée à l’égard de l’art et des artistes.

Aïssa est un "crayon d’or". Ce fils de Biskra, à l’allure d’un Rodin, replié derrière ses méditations et ses lectures, scrute à longueur de journées ce monde qui se meut devant lui au centre ville. Ces dessins exposés cinq jours sur sept près de la Maison de la Culture Rédha Houhou de Biskra, font l’objet de quelques visites curieuses, en dépit d’un talent que tentent de refléter ces quelques traits patiemment fixés sur des cartons. Les heures de travail pour faire un portrait à la mesure de la perfection, ne semblent pas ennuyer Aïssa. Le dessin est une partie de son existence. Il l’a côtoyé tout étant à l’école primaire. Son premier dictionnaire Larousse illustré lui a ouvert la voie du rêve. Les belles illustrations, les portraits des grands hommes ( artistes, écrivains, etc), les cartes de géographies, les drapeau, les plantes, les oiseaux et un tas d’autres figures ont fait partie de ses premier modèles. Ils n’ont pas échappé à son crayon, ni à ses aquarelles. Parallèlement aux arts plastiques, il fut vorace en matière de lecture. Rien ne lui a échappé: littérature, économie, philosophie, etc. Ses références discursives sont souvent imprégnés ou achevées par des citations d’Alain, Baudelaire, Maupassant ou encore, Tolstoï.

Il est dit que les artistes sont des errants. Certains se sont réfugiés dans leurs ateliers à l’ombre de la société. Ce n’est pas les cas de Aïssa qui a choisi de rassembler plus d’une vingtaine d’artistes de Biskra, et ce, après avoir été instructeur en 1967. Grâce à sa lutte permanente, il a réussi à sensibiliser un pan de la société à cet art généralement abrité par les salles d’exposition. Presque tous les plasticiens de Biskra ont vécu à ses côtés ces expositions permanentes à ciel ouvert près de la Maison de la Culture. Ce qui a motivé plusieurs artistes des maisons de culture des villes avoisinantes, des associations, des élèves des collèges environnants à exposer leurs travaux, dans les salles d’exposition de la Maison de la culture. Une opérette picturale, pourrions-nous avancer, qui s’est soldée par la réalisation du mémorial des martyrs en quatre fresques en céramique, représentant un livre ouvert. Cette initiative fut suivie par la création de l’école régionale des beaux-arts de Biskra. Autres réalisation, 24 peintures murales décorant le jardin du 1er novembre de Biskra. Heureux d’avoir été le pionnier de cette famille artistique, il se dit prêt à poursuivre sa voie, si, néanmoins, l’occasion lui est donnée. Car, en son état actuel, il ne survit que grâce à quelques miettes du filet social (3000DA), et les portraits commandés par des particuliers, alors qu’il pourrait être employé autrement et faire bénéficier beaucoup de jeunes de son expérience.

Dans son eucharistie, il projette également d’écrire quelques essais, nouvelles,, poèmes, dont il garde minutieusement les ébauches, après avoir vécu une expérience enrichissante en matière d’écriture auprès d’un professeur parisien (écrivain, journaliste et ethnologue). "Les diplôme ne reflètent pas forcément la compétence" pense Aïssa qui se trouve à chaque demande d’emploi contrarié par ce critère.

En dépit de ces frustrations, il est reste imprégné de cette " fureur de vivre" de Nicholas Ray; ou encore de la peau de chagrin de Balzac qu’il souhaite concrétiser à travers une panoplie de dessins.

Enfin, un artiste qui se consume en marge de la société et dans l’indifférence totale. Un cas que les pouvoir publics pourraient aider dans le sens où il pourrait être d’un bon apport artistique pour la formation des jeunes.

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