Reportage : SAÏDA : Randonnée dans la ville des eaux

saida Deux heures du matin. Une nuit calme. Un ciel sombre. Saïda couve, non seulement, ses 340.000 habitants, mais aussi une foultitude de trésors que la clarté matinale tente de révéler aux randonneurs, toutes tendances confondues.

Cette wilaya située à l’ouest du pays jouxte les wilaya de Mascara au nord, El Bayadh au sud, Sidi Bel Abbès à l’Ouest, et enfin Tiaret à l’est.

D’une superficie de 6631 km2, elle regroupe 6 daïra et 16 communes. Ces espaces forestiers, constitués en grande partie de pins d’Alep et des boulots verts, couvrent 23,5% de la superficie totale.

De par ses atouts touristiques convoités par des centaines de touristes à longueur d’années (sites naturels exceptionnels, abondance des sources d’eau minérale, richesse floristique et faunistique, sites archéologiques dont certains datent de la préhistoire) et ses valeurs ancestrales, Saïda demeure une source de beauté et de splendeur depuis la plus haute antiquité.

SUR LES PAS DE L’EMIR

Comme en témoignent certains vestiges, cette région recèle plusieurs estampilles. Par son passé glorieux, elle témoignage encore du passage de plusieurs civilisations. Depuis le VII siècle avant J.C. avec le royaume berbère « Mauritanienne Tigitane » dont la capitale était Tanger, au passage de Massinissa en 203 avant J.C, au IIIè siècle après J.C. avec l’occupation romaine de Lima Septime Sévère, Saïda était convoitée pour ses différents atouts. Devenue musulmane au VIII siècle, la région , après une transition avec les Beni Hillal fut intégrée au royaume de Tahert. Ce fut une période faste qui vit le développement des activités littéraires et scientifiques.

Au XV siècle, se succédèrent, ensuite, les dynasties Almoravide, Almohade et Zianide de Tlemcen, puis ce fut au tour des Turc de se manifester et de faire de la région une puissance Aghalik, placée sous l’autorité du Bey de Mascara.

Lors de l’invasion coloniale (prise d’Oran et de Mers El Kébir en janvier 1831 et celle de Macara en 1835), l’Emir Abdelkader se replia sur Saïda et en fit sa base militaire (Vieux Saïda). Le 22 octobre 1841, l’occupant français s’empare de la ville de Saïda après une farouche résistance menée par les troupes de l’Emir sous le commandement de son premier lieutenant l’Agha Mustapha Ben Tamin. Quant à l’Emir, il se replia dans la région de Hassasna d’où il lançait ses attaques contre les troupes du général Lamur et du colonel Jarry. Ainsi, parmi la vingtaine de principales batailles menées par l’Emir et ses troupes, il y a lieu de relever celles de Djida( Juin 1843), Aïn Manaâ (24 août et 12 septembre 1843), Tirssine (22 septembre (1843), El Khelaïfa, Djebel Lakhdar,etc.

UN BAIN A AÏN SKHOUNA

Arrivés à Aïn Skhouna, nous sommes accueillis par la troupe folklorique El Anouar et ses danses Alaouites. Hospitalité coutumière oblige, chacun se propose de nous expliquer les vertus de la source thermale qui constitue la fierté des habitants de cette commune. Après un Hammam, notre délégation a eu l’honneur à une modeste réception organisée par l’association El Anouar. Rfis, pain et autres mets de la région nous sont servis avec le thé à la menthe dans une atmosphère fraternelle marquée par l’humilité et la simplicité.

Ce Hammam dont les vertus thérapeutiques sont assez connues connaîtra prochainement l’implantation d’un hôpital dans le cadre du projet d’extension de cette zone touristique.

Autre invitation, celle qui nous fut adressée par M. Zoui Med El Hadi, le cheikh (Mekadem) de la Zaouïa Ouled Sid Echikh, située à 6 km de Aïn Skhouna. Monsieur Mohamed El Hadi est un descendant du cheikh Bouâmama. Sur les lieux il nous a gratifiés par la présentation exclusive de quelques objets personnels du cheikh Bouâmama (dont la Belgha) ainsi que d’une qacida composée en son honneur, et reprise en chœur par quelques Khouan de la Zaouïa, autour de quelques assiettes de beurre et de miel.

Cette visite s’achève par une petite randonnée dans les grottes souterraines situées à quelques mètres du mausolée. Ce fut, selon le cheikh, un lieu d’apprentissage du Coran, et de retraite aux ascètes.

DES ATOUTS A DEVELOPPER

Entre vie spirituelle et source de vie, Saïda dispose également d’autres sources thermales dont Hammam Rabi, situé à 11km du chef lieu, et Hammam Sidi Aïssa qui renferment notamment des eaux sulfurées connus pour leurs vertus curatives. En sus de ces trois sources thermales, il faut également compter 8 sources d’eau minérale. Et ce n’est pas par hasard que Saïda a été choisie en 2005 pour abriter une rencontre nationale autour du thème » le thermalisme, un tout pour le développement social et économique ». Qui ne connaît l’eau minérale « Saïda », bonne pour la digestion et recommandée dans affections rénales, dont les bouteilles sont sur toutes les tables ? A cela faudrait-il ajouter celles de Tifrit ( en référence aux cascades de Tifrit ), Takhemart, Zkaret, Faydh , Ermel, El Hamia et Oued Babour.

Parmi les autres atouts qui en font la fierté de cette wilaya, le vieux Saïda. Un site panoramique traversé par l’Oued Saïda et aménagé en forêt récréative. Un paysage constitué de grandes falaises, de montagne boisées et verdoyantes. On y trouve des grottes et des abris préhistoriques, des vestiges d’une civilisation ancienne sur ce plateau de Tidernatine et des ruines du campement de l’Emir Abdelkader.

Aïn El Hadjar (à 9km), c’est une station expérimentale d’agriculture constituée d’un cadre de verdure attrayant et de plusieurs sources. On y trouve également des vestiges antiques, des grottes et abris dans la localité de Sidi Maâmar et plusieurs sites favorables à la prospection.

Aïn Zerga (à 7km sur la RN94) ou « source bleue » comme on la surnomme, puisqu’elle traverse une grotte souterraine de plus de 300m, le tout sous un couvert végétal diversifié et des falaises et des ruines sur le plateau du site.

Enfin, en matière hydrique, l’hôte de Saïda pourra également contempler les cascades de Tifrit (situées à 30km du chef lieu), ainsi que la vallée cultivée aux pentes boisées de chênes, des grottes avec des gravures sur le djebel Keskes, et des vestiges d’une ancienne civilisation.

Ainsi, et incontestablement, l’avenir de Saïda est dans ses eaux et ses stations thermales, d’où l’impérieuse nécessité de développer toutes les infrastructures nécessaires.

Reportage réalisé par Chérif Abdedaïm (La Nouvelle République février 2009)

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